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André Bucher est un écrivain français, proche du nature writing américain. Il a été agriculteur biologique et planteur d’arbres. Il vivait dans la vallée du Jabron, aux confins de la Drôme et des Alpes de Haute-Provence. Le documentaire André Bucher, entre terre et ciel, réalisé par Benoît Pupier en 2013, explore son engagement écologique, son rapport à la nature, et son combat poétique et littéraire.
L’écrivain André Bucher à sa table de travail, 2011 © Benoît Pupier
Un écrivain-paysan enraciné dans son territoire
André Bucher a partagé sa vie entre écriture et agriculture biologique. Installé à la ferme de Grignon, sur les hauteurs de Montfroc, il cultive la terre et façonne des récits profondément inspirés par les grands espaces sauvages qu’il habite. Le documentaire offre une immersion dans cet univers singulier.

André Bucher biographie : cultiver la terre, cultiver les récits
Un parcours marqué par l’engagement citoyen et l’agroforesterie

Dans les années 1970, après avoir exercé, dans la pure tradition beatnik, divers métiers (routier, bûcheron, docker, ouvrier agricole ou berger) et parcouru le monde, André Bucher rejoint un groupe militant engagé dans l’agriculture biologique. Ensemble, ils défrichent et cultivent des terres difficiles, entre 1000 et 1500 mètres d’altitude. Sa ferme, qui s’étend sur 200 hectares, devient un modèle de biodiversité grâce au reboisement qu’il initie avec ses compagnons. Plus de 20000 arbres, incluant pins noirs, cèdres, et mélèzes, ont été plantés, laissant une empreinte durable sur le paysage.
« Je vis sur le versant sud, dans le haut de la vallée, sur une terre qui comprend 200 hectares de surface totale, dont 30 hectares défrichés et cultivables. Le reste est en landes, puis il faut compter 87 hectares de bois existants dont, principalement, des chênes, hêtres, sorbiers, frênes et érables. Seulement, il y avait pas mal d’endroits très érodés et des parcelles de forêt trop clairsemées, d’où l’idée de reboiser. La motivation première étant de pérenniser cet endroit en luttant aussi contre l’érosion, afin de constituer “un château d’eau” et d’absorber le CO2. »
Il a été membre du conseil municipal de Montfroc, président de l’association départementale de développement de l’agriculture biologique dans la Drôme, membre de l’association des fermiers drômois, assesseurs auprès du tribunal paritaire des baux ruraux… Il est l’initiateur avec sa femme Marie-Claude de la fameuse Foire Bio de Montfroc.
Être écrivain, un combat

Inspiré par Rimbaud, André Bucher a d’abord écrit des poèmes. Longtemps il écrit, la nuit, l’hiver. Ses premiers manuscrits sont refusés par les éditeurs. Ce n’est qu’en 2003 que Sabine Wespieser publie Le Pays qui vient de loin. Suivront des œuvres marquantes comme Le Cabaret des oiseaux, Déneiger le ciel. Il rejoint ensuite l’éditeur marseillais Yves Jolivet, aux éditions Le Mot et le Reste. Sa littérature, influencée par le nature writing américain, questionne le rapport de l’homme à la nature et explore des thèmes comme la résilience et la liberté.

Thèmes explorés dans l’œuvre d’André Bucher
La nature sauvage
Élément central de son écriture, la nature est traitée comme un personnage à part entière, vivante et incarnée. Le romancier disait qu’il écrivain dans la nature plutôt que sur la nature. Il convoque la wilderness américaine. Son travail littéraire est une écriture immersive de la nature sauvage.
Les grands espaces
Bucher s’inscrit dans la tradition du nature writing nord-américain pour la transformer. Il joue à élargir les dimensions de sa montagne, de sa vallée. Il rend hommage à ses lectures d’enfance, à Jack London.
L’écologie
Ses romans reflètent ses préoccupations environnementales, il aborde des sujets comme la défense d’une agriculture durable contre le modèle de l’agriculture intensive. Après avoir planté plus de 20000 arbres il entretenait sa forêt. C’était un écrivain-paysan engagé, planteur d’arbres et bûcheron.
Les relations humaines dans la ruralité
Ses récits explorent les liens entre les personnages, souvent dans des contextes ruraux ou isolés. L’auteur dépeint la vie dans des régions reculées. La vallée du Jabron, lieu réel, se dédouble en un pays de fiction.
La poésie du quotidien
Bucher mêle une écriture poétique à la description de la vie quotidienne, des saisons, des phénomènes météorologiques, à l’observation de la faune et de la flore. Un bestiaire habite ses livres.
La lutte et la résilience
Ses personnages affrontent souvent des défis liés à leur environnement ou à leur passé.
L’héritage et la transmission
Plusieurs de ses œuvres abordent les relations intergénérationnelles et la transmission.
Le refus de l’anthropocentrisme
Dans ses écrits, le romancier cherche à établir une forme d’égalité entre tous les éléments du cosmos : humains, animaux, plantes, arbres et même rochers. Cette vision holistique rappelle la conception du monde des Amérindiens, qui perçoivent une interconnexion profonde entre tous les êtres vivants et non-vivants.
Analyse du documentaire : agriculture et écriture se nourrissent mutuellement






Le film plonge le spectateur dans la vie quotidienne de l’écrivain, du poète, entre travail agricole, entretien de la forêt, bûcheronnage et processus créatif. Il montre comment agriculture et écriture s’entrelacent et se nourrissent mutuellement au rythme des saisons.
10 thèmes clés explorés dans le film
- Écriture et agriculture : la complémentarité entre ces deux activités dans la vie de Bucher.
- La vallée du Jabron : un territoire à la fois sublime et rude, qui imprègne profondément ses récits.
- Le combat écologique : engagements pour la biodiversité et critique de la PAC et du système agricole intensif.
- Les influences amérindiennes : références aux écrivains amérindiens, Louise Erdrich, James Welch, Luis Owens, David Treuer, Joseph Boyden, Linda Hogan, Richard Wagamese et aux croyances panthéistes dans son œuvre.
- Le nature writing : une adaptation française libre de ce genre littéraire américain, l’écrivain refusant de se laisser enfermer dans une étiquette. Il parle beaucoup d’écopoétique.
- La transmission intergénérationnelle : son fils Lionel a repris la ferme (maraîchage plein champs, céréales, lavande, ail, oignons, pommes de terre, courges, petit épeautre et farine…).
- La lutte contre les clichés littéraires : déconstruction de l’image de l’écrivain du terroir.
- Les conditions de création : les conditions pratiques du travail romanesque, écrire l’hiver et la nuit, dans le silence de la montagne ou le souffle du vent, loin des distractions, quand le travail paysan est en pause.
- La diversité forestière et l’agroforesterie : reboisement avec des essences variées, une initiative qui fera jurisprudence à l’ONF.
- La musique des mots : un travail précis sur le rythme et la sonorité de ses phrases, le travail sur la langue. Échos au blues, jazz et rock’n’roll.
Des critiques enthousiastes
« Un documentaire très intéressant qui permet de rencontrer André Bucher dans son lieu de vie, entre sa ferme et les paysages qui l’inspirent pour ses romans, dans la vallée du Jabron, dans les Alpes de Haute Provence. »
Florence Bellon, le blog des écrivains des Alpes de Haute Provence
« Le corpus de documentaires qu’analyse Fabien Gris, consacrés aux « écrivains à la campagne » (Pierre Michon, Philippe Jaccottet, Pierre Bergounioux, Mathieu Riboulet et André Bucher), est le plus emblématique de cette approche : ces films montrent à quel point leurs œuvres respectives sont « tributaires de ces lieux », elles « naissent de territoires et de paysages, y puisent et s’y adossent ». (p. 22) Cette insistance de la caméra sur l’environnement dans lequel se meuvent les écrivains permet de démanteler « l’image stéréotypée du lettré entièrement dévolu à sa page et son stylo » (p. 26) et de « ne pas découpler le travail d’écriture d’autres expériences, concrètes, de la terre » (p. 28). »
Manon Houtart , « Les écrivains & leurs œuvres au prisme de la caméra : quels gestes critiques ? », Acta fabula, vol. 22, n° 8, Notes de lecture, Octobre 2021
« Entièrement consacré au personnage attachant et singulier d’André Bucher, le film, malgré ses 128 minutes, ne m’a pas lassé un seul instant. J’ai été immergé dans les espaces sauvages avec un guide qui connait et commente chaque parcelle de son pays ; ce faisant, les cycles naturels prennent une dimension souvent ignorée des citadins et l’on comprend bien l’interaction entre les sources d’inspiration de l’écrivain, le pays dans lequel il habite et son besoin d’écrire. Celui qui vit « près du troupeau, mais un peu à l’écart » apparaît véritablement dans sa singularité d’homme à l’écoute du monde. Le film sonne juste et montre l’univers complexe d’André Bucher avec une véritable économie de moyens. Il donne véritablement envie de lire ses textes. »
Jean-Paul Gangloff, bibliothèque des musées de Strasbourg, membre de la commission de sélection d’Images en bibliothèques.
L’héritage littéraire d’André Bucher
Un modèle de vie en harmonie avec la nature
André Bucher incarne une alternative au modèle agricole dominant. À travers sa pratique de l’agriculture biologique et ses engagements écologiques, il prouve que vivre en équilibre avec son environnement est possible.
Une influence littéraire durable

André Bucher était un grand lecteur. Ses influences littéraires sont diverses. Il lisait les écrivains américains (William Faulkner, Jack London, Jim Harrison, Rick Bass, Richard Brautigan, Cormac McCarthy, Toni Morrison, Barbara Kingsolver…), les romanciers amérindiens (Louise Erdrich, Sherman Alexie…) mais pas seulement (Kawabata, Bashô, Tarjei Vesaas, Jon Kalman Stefansson, Baltouchis…). Pour la littérature française, il estimait Annie Ernaux, Patrick Modiano, Julien Gracq… C’est un écrivain de la nature, dans la nature. Loin de toute mode, oublié parfois par la critique parisienne. Ses récits, ancrés dans un territoire réel et imaginaire, abordent des questions universelles sur la place de l’homme dans le monde. Faune et flore étaient accueillis dans ses récits. Il travaillait une matière brute, une langue forte, organique. De jeunes écrivains français comme Laurine Roux, qui vit pas très loin de la vallée du Jabron, dans les Hautes-Alpes, l’ont lu.
Médiathèques, salons du livre, fêtes du livre, signatures dans les librairies indépendantes comme la librairie Le Bleuet à Banon, foire bio de Montfroc, André Bucher aimait rencontrer ses lectrices et ses lecteurs.
Un moment de partage
🎥 André Bucher, entre terre et ciel est plus qu’un portrait d’écrivain-paysan : il offre une réflexion sur notre rapport à la nature, à la liberté, et à la création. À travers ce film, Benoît Pupier donne à voir et à entendre un homme nourri de son territoire, nous invitant à repenser notre lien avec le vivant. C’est aussi un moment de vie, rempli d’humour, entre deux amis.
Pour prolonger la découverte d’André Bucher et de son territoire
Invité de la Grande Librairie par François Busnel
André Bucher était l’invité de François Busnel dans La Grande Librairie sur France 5, le 5 mai 2016 pour la sortie du récit A l’écart et la nouvelle publication de Fée d’hiver.
Chronique invitée sur Reporterre, le média de l’écologie
Présentation du roman Un court instant de grâce, où Bucher raconte la lutte d’une vallée contre une centrale à biomasse (on pense à la centrale de Gardanne), menée par Émilie, une femme forte et courageuse, symbole de résistance, profondément reliée à son environnement.
Entretien dans la Revue critique de fixxion française contemporaine
Dans Confidences de l’oreille blanche, André Bucher décrit son processus créatif, de l’importance des titres et des citations dans ses œuvres, sa conception de la nature comme personnage central de ses récits.
Entretien sur Literature.green
Dans Cultiver la convergence, il échange avec Davide Vago, universitaire italien, sur sa définition de la nature, l’unité de lieu dans ses romans, et l’importance de la saisonnalité comme principe narratif.
Portrait par Virginie Troussier dans Terre Sauvage
« Au revoir bûcheron charmant, j’ai tant aimé vous lire. » Dans son article André Bucher , conteur militant, Virginie Troussier rend hommage à l’écrivain, dont l’œuvre reflète son engagement écologique et sa profonde connexion avec les paysages qu’il habite, et qui disait : « S’il n’y a pas d’imaginaire, ces pays sauvages vont être désertés. Alors il faut conter des histoires. ».
Participation au festival Étonnants Voyageurs
En 2019, André Bucher a été invité au festival littéraire. Des lycéens ont lu le très beau roman La Vallée seule. Ils ont échangé avec l’auteur et l’ont interrogé sur le vieux cerf qui veille sur ce pays à l’écart du monde, mais résistant et solidaire.
Bibliographie d’André Bucher : romans, nouvelles, poèmes, essai de non-fiction












Tordre la douleur (Le Mot et le Reste, 2021)
Ce roman explore les méandres de la souffrance humaine et la quête de résilience face aux épreuves de la vie. Il fait écho à la crise des gilets jaunes.
Un court instant de grâce (Le Mot et le Reste, 2018)
André Bucher raconte la lutte d’une agricultrice contre l’implantation d’une centrale thermique, qui menace la vie des forêts. Il célèbre l’éveil des consciences et la communion avec la nature.
A l’écart, récit d’André Bucher (Le Mot et le Reste, 2016)
André Bucher quitte le roman et prend la parole. Il retrace son parcours d’écrivain-paysan. Il donne à entendre et à lire une géographie intime : écriture dans la nature plutôt qu’écrire sur la nature.
Engagement écologiste et agriculture bio, rencontre entre nature et humanité, influence de Jack London et Jim Harrison, parcours atypique de l’écrivain-paysan, résistance écologique et littéraire, tradition beatnik et nomade, nature writing, écrivain paysan engagé… Avec poésie et distance critique amusée il dessine un parcours singulier.
La Montagne de la dernière chance (Le Mot et le Reste, 2015 ; Libretto, 2022)
Le thème de la mémoire traverse ce roman, avec la fantaisie d’un couple pour échapper à une maladie dégénérative. Échapper ou jouer avec, pour la mettre à distance, l’accepter… C’est aussi l’histoire d’un canyon et de la démesure de Georges, un entrepreneur.
La Vallée seule (Le Mot et le Reste, 2013 ; poche 2018)
Bucher dépeint la vie de personnages attachants dans une vallée isolée, sous la protection symbolique d’un grand cerf, explorant les relations humaines et la solitude.
Fée d’hiver (Le Mot et le Reste, 2012 ; nouvelle édition 2016, poche 2019)
L’auteur détourne le roman noir vers un récit épuré où des voix-récits se rejoignent et se répondent, où la nature est un personnage. Il installe ses personnages dans un royaume intermédiaire, entre fait divers et conte de fée.
La Cascade aux miroirs (Denoël, 2009 ; Le Mot et le Reste, poche 2021)
C’est une histoire d’incendie et de vol d’identité, le parcours d’un homme confronté à son passé dans un cadre naturel envoûtant.
Déneiger le ciel (Sabine Wespieser éditeur, 2007 ; SW Poche, 2016)
Par une nuit de neige, David, dont le tracteur est en panne part sur la route à la rencontre d’un ami qui vient prendre de ses nouvelles. Le passé ressurgit. Cela devient alors une nuit d’introspection et de rêveries. Ce roman met en lumière la relation entre l’homme et la nature, et la recherche de sens dans un monde en constante évolution.
Le Cabaret des oiseaux (Sabine Wespieser éditeur, 2004)
Ce récit intime écrit à la première personne du singulier offre une réflexion sur la liberté et l’enfermement à travers des personnages en quête de renouveau, avec la nature comme toile de fond.
Pays à vendre (Sabine Wespieser éditeur, 2005 ; SW Poche 2018)
Ce roman aborde les thèmes de la spéculation foncière et de la préservation des terres rurales. C’est un vrai-faux roman noir, un western rural, un hommage à Brautigan et un clin d’oeil à l’esprit libertaire de 68.
Le pays qui vient de loin (Sabine Wespieser éditeur, 2003 ; Points, 2009 ; SW Poche, 2017)
Bucher interroge le lien père-fils. C’est un roman nourri du concret de la vie de paysan.