Trois fois la colère de Laurine Roux, dans la nature, au cœur du conte

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Trois fois la colère, roman de Laurine Roux est une ronde de vengeance dans un Moyen-Age âpre, brutal, guerrier, masculin où surgissent des humeurs, des élans charnels, des sidérations, des actes de résistance, des défis féminins. Cela se passerait dans un coin de montagnes des Alpes.

Un roman médiéval entre violence et poésie

Trois fois la colère et quatre pas de danse : Racine, Branche, Sève, Drageon seront les chapitres d’un récit qui retrace le cheminement des vies et des colères, remonte à l’origine du coup d’épée. Voici donc l’histoire de Miou, petite-fille d’Hugon de Bure, monstre prédateur et grand-père. Les personnages sont des fortes têtes, tous réclament qu’on raconte leur histoire ; on imagine l’écrivaine batailler avec eux pour garder la maîtrise romanesque, le rythme, qu’aucun ne s’échappe ou refuse de laisser la place aux autres. Ce sont Miou et Hugon de Bure ; mais aussi la Prodigue, l’accoucheuse, la sorcière, celle qui sait les secrets de Gala ; Ephraïm, Pietro, Guillaume, les frères du monastère ; Coupe-Chou, le barbare, le bourreau ; Reine de Bure qui organise le procès de Miou, sa fille… Qui sont ces trois enfants, ces triplés qui portent une tâche au cou ? Qui osera pénétrer dans les bois de Bénévent ? Qui est Mange-Ciel la simple d’esprit, l’enfant sauvage ?

La place de la nature dans l’écriture de Laurine Roux

Il y avait une sensualité du thorax dans Une immense sensation de calme, une histoire archaïque et minérale, comme un monde d’avant la parole, un cri silencieux. Ici aussi la matière littéraire gronde depuis l’intérieur du corps, irriguant les lignes de force romanesques. Et dans Trois fois la colère, la matière du conte s’imprègne à nouveau des respirations de la nature : eau, air, terre, feu. L’écriture de Laurine Roux n’observe pas la nature, elle l’habite. « Mange-Ciel pousse pareil au liseron. » « La forêt frissonne. » « Plus elle approche, plus le mouvement des montagnes lui devient familier – vague des marnes, incisives des falaises colletées d’éboulis. » « Éphraïm et Pietro ont fait office de professeurs en traçant des signes dans le sable, au bord de la cascade. » « Parfois, les soirs de bise, le vent transporte de ses parfums puissants. » « Les reliefs se dessèchent, tortillés de pierres. Ça sent l’incendie en dormance, avec des parfums de thym et de pin sucré. » « Au milieu de la cour, une tache de sang grumelle la terre battue. » « Une longue route se poursuit, avec son soleil implacable, qui vous plombe en enclume. » « Un soir de lune gibbeuse, un homme enveloppé d’une cape débarque au château. » « A travers la lucarne, la lune répand sa haute clarté. Rien de pâle ou de laiteux, une lueur coupante, qui détoure les angles et les lignes. » « Nuages, fouines, rameaux, lichens, ils sont tous frères. » Cette écriture de la nature, dans la nature, ancre le conte dans nos chemins réels, dans les forêts et la broussaille, l’épaisseur du bois et l’ombre d’un coin de rue. Au pied du château de Bure. Alors que les cloches annoncent une exécution.

Ici s’embrassent les humeurs, organiques, minérales, végétales, boueuses, nocturnes, lunaires, maléfiques, sanguine et vaillante pour Miou, bilieuse et colérique pour Hugon de Bure.

Trois fois la colère, Laurine Roux, Les Éditions du Sonneur

De Laurine Roux on lira aussi Le Sanctuaire (Éditions du Sonneur, 2020) : un récit survivaliste & poétique dans une cabane isolée.

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