Pays à vendre, roman à rebrousse-poil d’André Bucher

Pays à vendre, André Bucher, éditions Sabine Wespieser (poche)

« J’étais privé dans la région parisienne dans les fameuses années 1960. À cette époque je pataugeais comme bien des privés dans la semoule habituelle. Fugueurs jamais retrouvés, surveillances fastidieuses, problèmes immobiliers, histoires d’adultère, extorsions de fonds, filatures, etc. – pas de quoi pavoiser.

Si bien qu’en 1971, j’ai atterri avec une toute petite valise à la porte des Alpes. Sisteron, une ville laborieuse de commerçants, où seules la citadelle, cette grande dame noire, et les montagnes environnantes, de belles dames blanches, semblaient attester que les gens du coin pouvaient avoir de temps à autre un peu d’imagination et quelque chose de plus. On cherche aussi, nous autres, le grand secret. »

Pays à vendre d’André Bucher : un air de roman noir

« Ce roman à rebrousse-poil retrace la fin d’une époque où il était encore permis de rêver et la manière dont une génération a pris position face aux valeurs telles que le désir, l’amitié, le travail et l’argent, l’honneur, l’amour et la fidélité. Avec, en toile de fond, les signes avant-coureurs déjà dévastateurs de la mondialisation, du tourisme de masse et du cynisme des investisseurs. »

André Bucher

Embrouilles immobilières couvertes par les politiques locaux, meurtres, disparitions, Baker mène l’enquête. Dans sa propre ferme, il organise la résistance : en camp retranché avec son carré de fidèles, filles et garçons partageant une joyeuse communauté, il résiste, comme le dernier des Mohicans, aux intimidations des maffieux, qui, eux, ne plaisantent pas.

Quand, dans les années quatre-vingt, André Bucher s’est mis à écrire, il s’est retourné vers ses années beatnik et libertaires. Nils Baker, privé au grand cœur sous ses dehors d’ours mal léché, a quitté Paris pour venir s’installer dans les Alpes-de-Haute-Provence, sur une terre qu’il cultive entre deux affaires locales. Une terre qui n’est pas à vendre malgré l’arrivée des investisseurs attirés par les promesses touristiques de la région.

L’aventure, plutôt cocasse, tourne bientôt à la tragédie. L’enquête laisse place alors à un vrai roman dont les personnages, comme toujours chez André Bucher, trouvent dans la nature et sa magie païenne une ultime consolation.

Les premiers romans d’André Bucher ont été publiés aux éditions Sabine Wespieser.

Conversation avec le romancier autour de son livre

Pays à vendre, André Bucher, éditions Sabine Wespieser

« – À propos des lieux réels, des lieux imaginaires, dans Pays à vendre, vous parlez d’un lac, est-ce une façon de qualifier la retenue collinaire qui existe réellement au-dessus de chez vous, ou est-ce que le lac, à l’identique de l’ours, dénote un regret de ne pas avoir une immensité d’eau à proximité ?

Exact. J’ai recours à l’extrapolation. Elle révèle sans doute un regret ou un manque. Je savais très bien que je ne pouvais pas installer un lac là-haut. J’ai construit une retenue pour le côté pratique et écologique d’arroser par gravité une quinzaine d’hectares. Seulement je ne pouvais pas trouver un site équivalent pouvant me permettre de transformer ma retenue collinaire en lac. Ce n’est jamais qu’un gros étang. Cela s’explique de par cette fascination depuis tout petit pour les livres de Jack London, pour l’Amérique et les grands lacs. Je me soucie peu de cette question d’échelle. La poésie catapulte, pulvérise la notion d’échelle, donc je m’en sors avec la littérature.

En même temps dans Pays à vendre, Sisteron est cité et pour un lecteur qui connaît l’endroit où vous habitez, la ferme, le lavoir, les chênes, l’escalier de pierre grise et moussue, la route-chemin pour monter à la ferme, tout ça, il se repère. Dans le récit on remarque des repères qui correspondent…

Pour la vallée, oui c’est évident, mais si tu veux, le point déclencheur concerne cette embrouille survenue dans ce coin, à proximité du lac de Moustier Sainte-Marie. Par conséquent je ne suis pas obligé de coller à la réalité de ce point de vue-là. »

Benoît Pupier et André Bucher, « Confidences de l’oreille blanche », Revue critique de fixxion française contemporaine [En ligne], 11 | 2015, mis en ligne le 15 décembre 2015