Déneiger le ciel, roman d’André Bucher (Sabine Wespieser, 2007)

« Cette nuit lui paraissait être une porte. S’il la franchissait, il serait libre d’aller et venir n’importe où. Dans le présent, les souvenirs, partout, tant que ses jambes le soutiendraient. »
David a soixante ans et vit dans une ferme isolée, sur les hauteurs. Pour la première fois en vingt-six ans, il a décidé de ne pas déneiger la commune. Le soulagement est vite effacé par la culpabilité en ce 23 décembre glacial quand son vieil ami Pierre, inquiet de sentir venir la tempête, l’appelle à l’aide et qu’Antoine, son « fils de rechange », lui annonce qu’il est en rade à trente kilomètres de là. David n’y tient plus, son tracteur est en panne, il part à pied.
Commence alors pour lui une nuit hallucinée. Pour résister au froid qui l’anesthésie et à l’ivresse de la neige omniprésente, il se grise de ses souvenirs, chante et danse. Dans cette veille subconsciente au pays des ombres, là où la frontière entre ciel et terre a disparu, la nature déchaîne les sentiments de David comme les éléments, convoquant les fantômes du passé et les ombres du présent.
L’image de sa femme, tuée par un chauffard, celle de sa fille, venue lui annoncer son divorce, Muriel encore, qu’il voudrait savoir aimer, le fantôme de Martine, mystérieuse disparue que charrie la rivière… mènent autour de David un bal étrange.
En entraînant une fois de plus son lecteur dans ce décor qu’il décrit si bien, en disant l’errance nocturne d’un homme trouvant son chemin à travers la neige mais en proie à la détresse intérieure, André Bucher explore un univers âpre et poétique qui remet l’homme au cœur de la nature, et laisse la place aux croyances païennes et panthéistes.
Déneiger le ciel, prix Lire en Poche 2016

« La belle langue contemplative et mélancolique d’André Bucher »
« André Bucher déploie sa palette d’émotions, agite une plume descriptive dans un ciel peinture de la nature hivernale et des sentiments qu’elle transcende. On ressent fortement le froid, la solitude, l’isolement, puis, les pensées de David s’animent, magiques, vertiges. Les flocons de neige deviennent alors « petits chevaux engourdis par le froid », « papillons d’un jour » libérés par une plume aérienne et ensorcelée, chaque pas dans la neige délivrant les maux de son âme. »
La mare aux livres, 24 janvier 2022
« André Bucher est ce qu’on appelle un écrivain-paysan, et une figure du nature writing en France. Avec une poésie incomparable, il conte l’écoulement du temps et des saisons, l’enracinement aux lieux d’une vie, la magnificence de la nature et de ses lois, mais aussi l’amour, l’amitié, l’émotion à fleur de peau. Que je suis heureuse d’avoir découvert cet auteur avec ce petit roman qui renferme en une centaine de pages à peine un véritable bijou d’humanité et de tendresse. La plume est frappante de beauté et de précision, donnant une touche onirique aux pérégrinations d’une nuit de cet homme solitaire qui défend sa place au cœur de la montagne impitoyable. »
Charlotte Parlotte, 8 janvier 2021
« Vivre en montagne, l’hiver, à la merci de la neige, c’est le lot d’une partie de l’humanité, ce que le confort urbain fait largement oublier. Et ce roman pudique à l’écriture ciselée nous le rappelle, et ça ne se passe pas en Mongolie ou au Tibet, mais dans la vallée du Jabron à quelques kilomètres d’ici. Par une nuit neigeuse, David, dont le tracteur est en panne part sur la route à la rencontre de son ami qui vient prendre de ses nouvelles. Une route autant physique que mentale où celles et ceux qui l’ont entouré l’accompagnent. Un récit de nature writing à la française particulièrement réussi. »
Marc Gaucherand, libraire, Le Bleuet, Banon
« David, 60 ans, vit seul dans une ferme de Haute-Provence, depuis la mort de son épouse. À l’appel à l’aide d’un ami berger, il part dans la montagne enneigée pour une longue marche. Il doit résister au froid, à la fatigue, et les souvenirs le soutiennent, fantômes du passé, amis du présent. On retrouve la belle langue contemplative et mélancolique d’André Bucher, écrivain trop modeste et secret. Son lyrisme n’est jamais passéiste, sa poésie, toujours incarnée, et la nature qu’il décrit n’est pas un simple décor mais un personnage essentiel et sans fard. »
Christine Ferniot, Télérama, mercredi 28 octobre 2015

« Vingt-six hivers à déneiger les routes de sa commune… mais, pour la première fois, ce 23 décembre 2004, David passe la main. D’abord parce que son tracteur est en panne, ensuite parce qu’à 60 ans, il sent qu’il n’a peut-être plus tout à fait la force ni l’acuité de remplir cette mission. Alors que la neige tombe de plus en plus fort et que la nuit s’installe, il reçoit un appel de son « fils de rechange », qui, après deux ans d’absence, lui annonce qu’il entreprend, seul et à pied, la montée vers la ferme. David ne peut faire autrement que de partir à sa rencontre. Commence alors une nuit hors du commun, où la neige, le froid, le silence et l’obscurité attisent les braises des blessures mal cicatrisées et réveillent des fantômes qu’on croyait endormis. André Bucher raconte la solitude et l’amour d’un homme avec poésie et pudeur, sur fond de standards du blues. Ce que cherche David en traversant ainsi la neige et la nuit, lui-même ne le sait peut-être pas vraiment, mais son histoire nous laisse profondément émus. »
Marie Michaud, librairie Gibert Joseph, Poitiers