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Le nature writing est un genre littéraire qui met la nature et la traversée des grands espaces sauvages (wilderness) au cœur de l’écriture.
En France, l’écrivain André Bucher a construit une œuvre forte et sensible. J’écris « dans la nature » plutôt que « sur la nature » disait-il. Il habitait une ferme à 1000 mètres d’altitude dans la vallée du Jabron (Drôme). Avec quelques autres il avait défriché pour cultiver la terre, tracé des pistes pour circuler à flanc de montagne. Il avait replanté plus de 20000 arbres à partir de l’existant.
Nature writing et wilderness : la traversée des grands espaces
Le nature writing est un genre littéraire qui met la nature et la traversée des grands espaces sauvages (wilderness) au cœur de l’écriture. Originaire des États-Unis, selon le sens commun, il explore la relation entre l’homme et son environnement (paysages, faune, flore), à travers des récits mêlant observations, introspection, réflexions philosophiques et engagement écologique. Il s’agit souvent d’un témoignage personnel ou d’une réflexion sur notre place dans le monde naturel.
Écrire la nature : André Bucher, écrivain français, paysan et planteur d’arbres
L’écrivain André Bucher est souvent présenté comme le représentant du nature writing en France. Il se méfiait et s’amusait des étiquettes. Il est notamment revenu sur ce sujet dans A l’écart. Habitué au roman il prend alors la parole dans ce récit pour retracer son parcours d’écrivain-paysan, pour se situer par rapport à ce genre littéraire, tracer son chemin littéraire. Il donne à entendre et à lire une géographie intime : écrire dans la nature plutôt qu’écrire sur la nature.
A l’écart : une réflexion d’André Bucher sur l’écologie et l’écriture de la nature

À l’écart est un récit où l’auteur développe un ensemble de thématiques qui circonscrivent son univers. André Bucher prend la parole et partage sa vision sur le rôle de l’écrivain-paysan, son rapport au temps et aux saisons, l’enracinement au lieu et le déracinement pas l’écriture. Qu’est-ce qu’écrire sur la vallée du Jabron et passer d’une expérience particulière à une vision plus globale ? André Bucher revient sur l’écologie actuelle, le rapport que ce précurseur de l’agriculture bio entretient avec la nature, le lien qu’il tisse entre ces paysages où il évolue et son imaginaire. À l’écart permet de mieux cerner son œuvre et porte au jour des questionnements actuels.
« De même qu’il existe une lutte à mener sur le langage, on peut être natif d’un pays, supposé enraciné – je préfère dire ancré – et le regarder mourir. On peut aussi venir d’ailleurs et en faire partie intégrante. On en revient à cette évocation des racines. Aériennes, souterraines, elles vous poussent ou vous retiennent. En soi, l’écriture propose un déracinement dans ce mélange permanent d’appartenance et d’exil. Ce qui explique mon obstination face à cet incessant flux et reflux, à vouloir planter, éclaircir, élaguer et non seulement abattre, mais remplacer, réparer même. Les arbres symbolisent la jonction, une symbiose adéquate entre ces pratiques. »
André Bucher, A l’écart, Le Mot et le Reste, 2016
Walden ou la Vie dans les bois
Henry David Thoreau rédige Walden ou la Vie dans les bois entre 1845 et 1847, après avoir passé deux ans dans une cabane qu’il a construite près de l’étang de Walden, dans le Massachusetts. Inspiré par les idées transcendantalistes et une quête de simplicité, il y explore la relation entre l’homme et la nature, tout en critiquant la société matérialiste de son époque. Ce récit mêle observations naturalistes, réflexions philosophiques, et expériences pratiques, invitant à une vie plus authentique et connectée à la nature. Walden est devenu une œuvre fondatrice du nature writing et une source d’inspiration pour les mouvements écologistes.
« Walden est pour Thoreau « l’œil de la terre », porte d’entrée vers le cosmos, une nature agrandie où l’être entre comme un témoin exalté du grand tout à l’œuvre autour de lui. Or, c’est bien là la posture romantique par excellence : comme Rousseau au lac de Bienne, comme Chateaubriand sur les eaux d’un fleuve américain, comme Tocqueville sur la rivière Saginaw, Thoreau sur son lac a l’impression de léviter « sur une eau aussi transparente et apparemment sans fond, parmi les reflets des nuages », il croit « flotter à travers les airs tel un ballon », si bien que les poissons lui semblent « voler » et « planer comme un groupe compact d’oiseaux qui seraient passé juste au-dessus de [lui], à droite et à gauche, leurs nageoires telles des voiles déployées autour d’eux ».
Sébastien Baudoin, « Les origines romantiques du nature writing, de Chateaubriand à Thoreau », intervention au séminaire « Vers une géographie littéraire – litarnature », 11 février 2022, Paris III Sorbonne

Thoreau est-il vraiment le père du nature writing ?
Aux origines du nature writing : un essai de Sébastien Baudoin aux éditions Le Mot et le Reste
Sébastien Baudoin argue que le nature writing ne commence pas avec Thoreau, mais puise ses origines chez des auteurs français comme Chateaubriand et Tocqueville, eux-mêmes influencés par le naturaliste William Bartram. Ces écrivains explorent la wilderness américaine, combinant descriptions naturalistes et poétiques, et expriment une fascination ambivalente pour la nature sauvage, oscillant entre émerveillement et danger. Leur écriture de la nature, marquée par une quête spirituelle et une réflexion sur la société, annonce le nature writing moderne.
« La deuxième partie, « S’ensauvager », s’interroge sur l’attrait des quatre écrivains pour la wilderness. Il s’explique par le fantasme d’un retour aux origines qui permet un retour sur soi (Thoreau), par le souhait de trouver une connexion divine avec la nature (Chateaubriand), ou par l’envie de mener une réflexion sur l’évolution de la société américaine (Tocqueville). En partant d’une étude étymologique du terme wilderness et en mentionnant les travaux de Roderick Frazier Nash, Sébastien Baudouin rappelle que la notion de sauvagerie est une construction sociale qui vise à montrer l’hégémonie de l’homme blanc sur les Amérindiens et à renforcer la supériorité des humains sur le non-humain. Il analyse ensuite la manière dont Bartram, Chateaubriand, Tocqueville et Thoreau considèrent la wilderness, et en particulier la tension qui l’anime, entre lieu dangereux et inhospitalier et territoire à la beauté saisissante qui mène à une élévation spirituelle. »
Claire Cazajous-Augé, maîtresse de conférences à l’université Toulouse Jean Jaurès, dans la revue Miranda, revue pluridisciplinaire du monde anglophone

Lawrence Buell et l’écocritique
Lawrence Buell a réalisé une étude fondamentale intitulée « The Environmental Imagination: Thoreau, Nature Writing, and the Formation of American Culture », publiée en 1995. Cette œuvre ambitieuse examine comment la littérature représente l’environnement naturel, en prenant Walden de Thoreau comme point de référence central. Buell y explore la place de la nature dans l’histoire de la pensée occidentale et les conséquences pour la recherche littéraire d’une approche plus écocentrique. Ce livre est devenu un ouvrage de référence dans le domaine de l’écocritique, établissant une nouvelle base pour la lecture de la littérature américaine sur la nature.
André Bucher et l’étiquette de nature writing
« Et l’étiquette de nature writing ?
Il faut la prendre encore et toujours pour une étiquette, c’est à la fois quelque chose d’assez ajusté avec quoi on peut être en accord et en même temps l’écrivain par définition débordera toujours les qualificatifs, les genres, les étiquettes. Il cherchera toujours à y échapper comme à se soustraire au temps.
Quelle est votre définition du nature writing ?
Jérémiades et rhapsodies. Il faut lire les travaux de Lawrence Buell sur l’écocritique.
Ce genre littéraire est-il uniquement associé aux écrivains américains ? Les grands espaces, il y en a en Sibérie, en Afrique. Alors que quand on parle du nature writing, on pense tout de suite aux Américains.
Ils ont exercé une sorte de fascination sur les lecteurs européens et français. Je pense à bon nombre de romanciers américains qui ne sont pas forcément prophètes dans leur pays, vu qu’en plus en Amérique le lecteur moyen se fait rare. Certains ont été découverts, ont émergé par l’attrait qu’ils exerçaient notamment en France. Je pense à Jim Harrison, à Rick Bass, qui finalement ont été, non pas découverts aux États-Unis ; leurs livres y ont paru, mais le lectorat français s’est enthousiasmé pour leurs romans et leur notoriété s’est accrue à la faveur de cet engouement. Par contrecoup ils sont devenus célèbres dans leur pays. Mais comme tu le remarques, les grands espaces ne sont pas l’apanage des États-Unis, même si cela s’avère une donnée fondamentale, ça et le rêve américain.
Si je parle du nature writing, c’est comme l’école du Montana, ce sont des références que la critique utilise souvent quand elle commente votre travail.
Là, ça ne dépend pas de mon regard ou de mes intentions, cela dépend de la perception des autres sur mon travail et sur le fait qu’on a toujours besoin de raccorder quelqu’un justement dans l’espace ou dans le temps avec une dimension culturelle. On va dire ça fait penser à… Si on ne dit pas Giono – ou plus rarement, d’ailleurs ce serait tout aussi exact, ou du moins pas plus inexact, je pense à Ramuz – voilà, quand on ne dit pas Giono ou Ramuz, on dit les romanciers américains, et moi, à ce moment je complète avec les écrivains amérindiens qui sont évidemment moins connus. Pour cause, tout s’explique toujours dans ce genre d’histoire, dans la connaissance culturelle rien n’est anodin. Si les écrivains amérindiens sont moins connus, c’est pour la bonne raison que leur peuple n’était plus qu’une minorité, or de 60 000 au XXe siècle ils sont à nouveau 600 000. Par conséquent il y a d’abord eu une mise à l’écart, une manière de considérer une ethnie comme finie, et donc moins d’attention, moins d’intérêt culturel. Ça, il faut le reconnaître et le porter au crédit de Jim Harrison, c’est lui qui a remis ces gens en selle, cette nation en perspective dans la mesure où il a commencé à s’intéresser à ces écrivains et qu’il les a fait connaître. »
Benoît Pupier et André Bucher, « Confidences de l’oreille blanche », Revue critique de fixxion française contemporaine [En ligne], 11 | 2015, mis en ligne le 15 décembre 2015
Jérémiadique et rhapsodique, les deux branches dans l’écriture de la nature
Si l’on examine les travaux d’universitaires américains tels que Lawrence Buell : ce que l’on désignera par écocritique, on distingue deux branches dans l’écriture de la nature :
L’une jerémiadique, comme le nom l’indique, qui concerne la prophétie, ce qui théorise et qu’on retrouve sous forme d’essais ;
L’autre, rhapsodique, autrement dit le chant, l’épopée, qui célèbre, orientée vers la poésie, le romanesque.
Dans la première figurent Emerson, Thoreau et Muir et plus récemment Aldo Léopold, Annie Dillard, Grey Owl, Terry Tempest Williams et Mary Austin. Côté célébration, on distingue Jim Harrison et Rick Bass avec les écrivains amérindiens : américains d’origine, et ceux que l’éditeur Gallmeister a révélés au public français, outre Edward Abbey, des raconteurs d’histoire, ainsi William G. Tapply, Pete Fromm, Craig Johnson, etc. On a pu concevoir qu’ils officiaient dans le genre polar, sauf qu’en transposant leurs intrigues urbaines, les codes et l’atmosphère, leurs intrigues le décor urbain, les codes et l’atmosphère, leurs intrigues dans les montagnes du Wyoming, de l’Idaho ou ont lieu dans les montagnes du Montana. Il s’agit par conséquent d’une nouvelle du nature writing. Il faut également compter avec les écrivains voyageurs, les figures de référence en France étant Nicolas Bouvier, Sylvain Tesson et… sa caisse de vodka. Pour les pays anglo-saxons on remarquera Bruce Chatwin ainsi que Jonathan Raban, Barry Lopez, sans oublier le polonais Mariusz Wilk, le russe Ivan Stoliaroff et l’écossais Kenneth White qui inaugure le concept de géopoétique, non seulement cosmopolite mais nettement plus universaliste. Ces courants d’écriture me font songer à des rails. Ils sont parallèles mais ne se rejoignent pas. Chacun explore une voie différente.
Pour en revenir aux romanciers américains, il est indéniable qu’ils ont exercé une fascination grandissante auprès des lecteurs, critiques et journalistes européens, plus particulièrement en France. La majorité d’entre eux n’était guère prophète en son pays, en Amérique le lecteur moyen se fait rare, mais le lectorat français et la presse se sont enthousiasmés dès la parution des premières traductions. Leur notoriété s’est accrue à la faveur de cet engouement et ils ont gagné en célébrité également chez eux. Ceci étant, les grands espaces ne sont en aucun cas leur apanage, même si cela demeure une donnée fondamentale, ça et le rêve américain. On pourra s’interroger sur cette propension à estampiller « exotisme de qualité » ; dès lors que les romans se situent au Wyoming, dans les Appalaches ou au Montana et « « faire sa Sophie » ou pire, passer sous silence, lorsque cela provient des Alpes du Sud.
André Bucher, A l’écart, Le Mot et le Reste, 2016
Écrire la nature : de Thoreau aux écrivains français
Henry David Thoreau, pionnier du nature writing, a laissé un héritage durable auprès des écrivains français. Son œuvre Walden ou la Vie dans les bois, récit de son expérience de vie en harmonie avec la nature à Walden Pond, a inspiré de nombreux auteurs par sa quête de simplicité et son exploration du lien entre l’homme et le sauvage.
Jean Giono, Kenneth White, André Bucher

Jean Giono, lecteur de Walden, s’en imprègne dans ses romans comme Le Chant du monde ou Que ma joie demeure, où il célèbre une fusion mystique entre l’homme et la nature. Kenneth White, avec Lettres de Gourgounel, transpose l’esprit de Thoreau dans l’Ardèche, développant sa vision géopoétique. L’écrivain-paysan André Bucher incarne le nature writing à la française avec des romans tels que Déneiger le ciel, où il explore la solidarité et l’imaginaire liés à son territoire. Mais l’écrivain se méfiait aussi des étiquettes.
« Le matin fleurissait comme un sureau.
Antonio était frais et plus grand que nature, une nouvelle jeunesse le gonflait de feuillages.Voilà qu’il a passé l’époque de verdure, se dit-il.
Il entendait dans sa main la truite en train de mourir. Sans bien savoir au juste, il se voyait dans son île, debout, dressant les bras, les poings illuminés de joies attachées au monde, claquantes et dorées comme des truites prisonnières. Clara, assise à ses pieds, lui serrait les jambes dans ses bras tendres. »Le chant du monde, Jean Giono


« J’ai lu le livre Le sens des lieux de Gary Snyder, ouvrage vraiment passionnant. Le lien avec mon roman La Vallée seule est évident même si celui-ci relève davantage de la parabole, l’unité de lieu venant déterminer le terme plus générique d’écriture dans la nature où effectivement, éthique et esthétique sont indissociables. C’est pourquoi l’idée selon laquelle cet endroit (la vallée où je vis) nécessite un imaginaire pour la maintenir, se justifie, si l’on désire rendre compte de sa beauté et de la fragilité des liens qu’autour d’elle on peut tisser. Ses besoins ne se limitent pas à sa démographie (faible) ni à son économie (difficile). L’imaginaire et l’œuvre du langage la portent, la sous-tendent, insufflant à ses habitants la force nécessaire, l’endurance pour y demeurer et en faire quelque chose de bien. Cette image du bassin-versant propose l’esquisse d’une géographie intime, tout comme l’unité du lieu renvoie à une architecture mentale du roman. »
André Bucher, Cultiver la convergence, entretien avec Davide Vago, in Literature.green, septembre 2019
C’est en 1972 qu’un de ces « voyageurs de l’esprit », André Bucher a décidé de se retirer dans la vallée du Jabron, pour y accomplir son désir de prendre « en charge son existence de manière plus radicale tout en modifiant son comportement […] grâce à l’agriculture biologique et une pratique écologique », mais aussi de « produire, créer de la beauté et développer une forme d’intelligence du cœur » dans le respect des valeurs éthiques. Pour André Bucher, agriculture et écriture sont les deux pans qui équilibrent une même démarche. Il écrit ses romans aux titres poétiques (Le Cabaret des oiseaux, 2004) « dans et non sur la nature ». (…) Avec grâce mais aussi une exactitude scrupuleuse usant de termes rares, il y décrit le lent passage d’un jour sous une tempête de neige (Déneiger le ciel, 2007), ou des saisons dans la vallée où les humains se sentent protégés par le grand cerf, déjà devenu mythique (La Vallée seule, 2013). Il y met à égalité les éléments, les animaux et les êtres humains, « apprentis sorciers et rois prédateurs ». Il manifeste un intérêt particulier pour les arbres au pouvoir symbolique : « Vie enfouie, vie terrienne et vie céleste ; la trinité ou le socle d’un état sauvage accordant l’être à la nature, le profane au spirituel, le familier au mystère ». André Bucher « célèbre sans diviniser ».
Aliette Armel, « Quand nature résonne avec littérature – De Thoreau aux écrivains français contemporains », Ultreia, été 2017
Laurine Roux, Sophie Divry, Laurence Vilaine, Bérengère Cournut : quatre écrivaines pour écrire la nature
⛰️ 🌳⛈️🦅Chez Laurine Roux, Sophie Divry, Laurence Vilaine, Bérengère Cournut, la nature n’est pas un simple décor, mais une force vivante, organique. Montagnes, forêts, lichen, végétation, roches, banquise et paysages deviennent des témoins et des acteurs du destin humain.
Le Sanctuaire, Laurine Roux
Dans une cabane isolée, Gemma, sa sœur June et leurs parents tentent de survivre après une catastrophe virale. Ce roman explore la résilience, la confrontation avec la nature sauvage, et les tensions familiales, mêlant poésie et menace omniprésente.
Trois fois la fin du monde, Sophie Divry
Après une catastrophe nucléaire, le protagoniste se réfugie dans une nature en renaissance, où la sève, les papillons et la végétation foisonnante incarnent une résilience puissante face au chaos.
La Géante, Laurence Vilaine
Noële, vivant au pied d’une montagne mystique, incarne la vie rurale entre savoirs ancestraux et liens humains fragiles. Le roman explore la fusion entre nature, émotions et mémoire collective.
De pierre et d’os, Bérengère Cournut
Uqsuralik, une jeune Inuit, lutte pour survivre dans l’Arctique après avoir été séparée de sa famille. Ce récit immersif mêle spiritualité et traditions chamaniques.




Journal d’un berger nomade de Pascal Wick

Journal d’un berger nomade de Pascal Wick, publié en 2009, est un récit autobiographique qui retrace une année de la vie de l’auteur en tant que berger itinérant.
Pascal Wick, né en 1941, est un homme au parcours atypique. Titulaire d’un doctorat en économie, il a d’abord été exploitant agricole et enseignant avant de voyager au Maghreb, en Afrique noire et aux États-Unis. Il est finalement devenu berger nomade, parcourant les Alpes, le Montana et l’Andalousie.
Dans son journal, Wick raconte son quotidien avec les brebis et les chiens, ses compagnons indispensables. Il décrit la vie sur les hauts plateaux, où il est seul responsable de milliers de bêtes. Son récit alterne entre action permanente et contemplation de la nature environnante.
L’auteur, spécialiste reconnu des chiens de protection, aborde la cohabitation entre les troupeaux et leurs prédateurs naturels comme les loups, les grizzlis et les aigles. Il offre une vision de la nature à la fois généreuse et âpre, cosmogonique et sans repos.
Quels sont les meilleurs livres de nature writing ? Une liste de 25 romans
Toute liste est subjective.
- Même la vue la plus perçante, Louis Owens
- Walden ou la Vie dans les bois, Henry David Thoreau
- Les Essais de la cabane, Ralph Waldo Emerson
- Bleuets et abricots, Natasha Kanapé Fontaine
- Un automne américain, Pete Fromm
- Légendes d’automne, Jim Harrison
- Le livre de la rivière, David James Duncan
- Pourquoi je n’écris plus , Terry Tempest Williams
- Les Etoiles s’éteignent à l’aube, Richard Wagamese
- Le chant des pistes, Bruce Chatwin
- Le retour du loup, Rick Bass
- La Vallée seule , André Bucher
- Déneiger le ciel , André Bucher
- Périple avec un âne dans les Cévennes, Robert Louis Stevenson
- Méditations dans un jardin, Stanley Crawford
- Rivière rouge, rivière blanche, Éric Plamondon
- A Sand County Almanac, Aldo Leopold
- H is for Hawk, Helen Macdonald
- Les forêts rêvent encore, Peter Wohlleben
- Un printemps silencieux, Rachel Carson
- La montagne vivante, Nan Shepherd
- La nature comme foyer, Barry Lopez
- Le Sanctuaire, Laurine Roux




Les éditeurs du nature writing en France
Gallmeister : le pionnier du nature writing
Reconnaissable à sa patte de loup, Gallmeister s’est imposé comme le défricheur du nature writing en France. Cette maison d’édition spécialisée dans la littérature américaine a construit sa réputation en publiant les grands noms du genre comme Pete Fromm, Rick Bass et David Vann. Leur ligne éditoriale privilégie les récits où l’immersion dans les grands espaces naturels questionne la relation entre l’homme et son environnement.
Dalva : la voix féminine du nature writing
Fondée en 2022, les éditions Dalva se distinguent par leur engagement à publier exclusivement des autrices. Nommée en hommage au personnage de Jim Harrison, cette jeune maison d’édition met en lumière des écrivaines qui explorent leur rapport à la nature et à la société. La publication d’Isabelle Amonou illustre parfaitement leur vision d’une littérature nature portée par des voix féminines engagées.
Le Mot et le Reste : l’héritage de Thoreau
Cette maison marseillaise fondée par Yves Jolivet s’est notamment distinguée par son ambitieux projet de retraduction de l’œuvre complète d’Henry David Thoreau. Leurs publications alternent entre auteurs francophones comme André Bucher et Gabrielle Filteau-Chiba, et traductions d’œuvres fondatrices du nature writing américain.
Un coffret publié en 2021 regroupe désormais les essais du philosophe, naturaliste et poète américain. Ils sont accompagnés d’un volume supplémentaire rédigé par le spécialiste français de l’écrivain américain, Michel Granger : Thoreau essayiste.
Les textes suivants sont rassemblés :
Marcher
Teintes d’automne
La vie sans principe
Histoire naturelle du Massachusetts
Une promenade en hiver
Randonnée au Mont Wachusett
Plaidoyer en faveur du capitaine John Brown
Les pommes sauvages
La désobéissance civile
L’esclavage au Massachusetts
Le paradis à reconquérir
La succession des arbres en forêt
Rue de l’échiquier : l’engagement écologique
À travers sa collection fiction, Rue de l’échiquier propose une approche militante du nature writing. Leur catalogue mêle romans noirs, science-fiction et récits intimistes, avec une prédilection pour les textes engagés qui questionnent notre rapport au monde naturel. La maison s’ouvre désormais aux auteurs francophones après s’être concentrée sur la littérature nord-américaine.
José Corti : l’approche philosophique
La collection Biophilia des éditions José Corti explore la relation homme-nature sous un angle plus théorique. La publication des œuvres de Jean-Marc Besse illustre leur volonté d’associer réflexion philosophique et écriture de la nature.
Wildproject : les textes fondateurs
Spécialisé dans l’écologie politique, Wildproject enrichit le paysage éditorial français en publiant des textes essentiels du nature writing comme ceux de Gary Snyder. Leur catalogue mêle pensée environnementale et récits d’expérience dans la nature.
Actes Sud : la collection Mondes sauvages
Dirigée par Stéphane Durand, la collection Mondes sauvages d’Actes Sud publie des récits naturalistes contemporains. Elle se distingue par son approche pluridisciplinaire, mêlant témoignages de terrain et réflexions scientifiques sur notre rapport au monde vivant.
Paulsen : aventure et voyage
Les éditions Paulsen, fondée en 2005, sont spécialisées dans la littérature de voyage, d’aventure, d’exploration et de nature.
Virginie Troussier, qui aimait les livres d’André Bucher et l’avait écrit dans Montagnes Magazine, Alpes Magazine, Terre Sauvage, a reçu le prix Jules Rimet pour son récit Au milieu de l’été un invincible hiver chez cet éditeur. Ce livre raconte l’histoire tragique de sept alpinistes en juillet 1961. Trois Italiens et quatre Français se rencontrent au refuge Gamba avec l’objectif commun de réaliser la première ascension du Pilier central du Frêney au Mont Blanc. Malgré un début prometteur, une tempête exceptionnelle s’abat sur eux, les piégeant pendant plusieurs jours dans des conditions extrêmes. Leur descente périlleuse se transforme en une lutte pour la survie, marquée par le courage et la solidarité, notamment de Walter Bonatti1. Le récit explore non seulement le drame de l’ascension, mais aussi les conséquences médiatiques et émotionnelles qui ont suivi cette tragédie alpine




Pour aller plus loin autour des grands espaces en littérature
Écrire les grands espaces, l’œuvre au vert, Le Cours de l’histoire, Xavier Mauduit, France Culture, 6 novembre 2020
Sur le blog Rumeur d’espace, une lecture de My absolute darling de Gabriel Tallent, aux éditions Gallmeister, par Alain Lecomte.
« Affrontement avec la nature, autant avec la forêt dans laquelle se perdent les camarades de classe non initiés, Jacob et Brett, qu’avec l’océan où la puissance des vagues de la pleine lune est assez forte pour emporter à la fois Turtle et ce même Jacob vers des dérives inconnues. Main cassée, livrée au froid et à la nuit, la gamine réussit l’exploit de les sauver, elle et son copain, faisant démarrer un feu grâce au culot poli d’une vieille canette.
Mais Martin dans tout ça ? »
FAQ
Pourquoi ce genre littéraire est-il encore pertinent aujourd’hui ?
Dans un contexte de crise écologique mondiale, il interroge la relation entre l’homme et son environnement. Il sensibilise, inspire et propose des pistes pour repenser notre mode de vie.
Quels sont les auteurs américains contemporains incontournables du nature writing ?
Citons Pete Fromm, Rick Bass, David Vann, principalement publiés chez Gallmeister en France. Leurs œuvres explorent les grands espaces naturels américains. Barry Lopez (1945-2020) a exploré les paysages arctiques et désertiques. Jim Harrison a joué un rôle important dans sa défense des écrivains amérindiens, sensibles à cette question de la nature sauvage. Ses livres parcourent aussi la géographie du pays.
Quels sont les auteurs les plus célèbres du nature writing ?
Auteurs classiques
Henry David Thoreau (1817-1862) est considéré comme le père fondateur du nature writing, son ouvrage Walden ou la vie dans les bois (1854) est une référence majeure. Il y relate son expérience de vie en harmonie avec la nature près de l’étang de Walden, mêlant réflexion philosophique et observation naturaliste.
John Muir (1838-1914) : surnommé « le père des parcs nationaux », il a écrit des récits passionnés sur les paysages sauvages de l’Ouest américain, tels que Un été dans la Sierra, qui ont influencé la création des parcs nationaux comme celui du Yosemite.
Aldo Leopold (1887-1948) : promoteur d’une « éthique de la terre ».
Le livre de Rachel Carson (1907-1964), biologiste et écrivain Silent Spring (1962) a marqué un tournant dans la prise de conscience environnementale en dénonçant les effets des pesticides sur l’écosystème.
Auteurs contemporains
Annie Dillard (née en 1945) : avec Pèlerinage à Tinker Creek, elle propose une réflexion poétique et philosophique sur la nature, inspirée par ses observations dans une vallée reculée en Virginie.
Jim Harrison : connu pour ses récits mêlant vie sauvage et introspection, il a toujours défendu l’héritage amérindien.
Gary Snyder : poète et essayiste, il explore le lien entre spiritualité, écologie et nature sauvage, souvent en dialogue avec d’autres auteurs comme Jim Harrison.
Auteurs français influencés par le genre
Jean Giono : dans des œuvres comme Le Chant du monde, il célèbre une fusion mystique entre l’homme et la nature.
André Bucher, écrivain, paysan, planteur d’arbres, explore les thèmes de l’enracinement, de l’écologie, de la résilience dans ses romans. La nature n’est pas un décors. Elle est un être animée, comme le sont les animaux à égal des humains. Il disait qu’il écrivain « dans la nature » plutôt que « sur la nature« .
Kenneth White : avec Lettres de Gourgounel, il développe une approche géopoétique inspirée par Thoreau, transposée dans les paysages français.
Comment Rachel Carson a-t-elle influencé le mouvement environnementaliste ?
Rachel Carson a joué un rôle central dans l’émergence du mouvement environnementaliste moderne grâce à son livre Silent Spring (1962), qui a marqué un tournant dans la prise de conscience écologique mondiale.
Dans Silent Spring, Carson a exposé les dangers des pesticides, en particulier le DDT, sur la santé humaine et l’environnement. Son travail a conduit à une campagne majeure contre le DDT, culminant avec son interdiction progressive aux États-Unis en 1972. Elle a ainsi démontré que la pollution chimique n’était pas une conséquence inévitable du progrès, mais un problème évitable.
Son livre a inspiré la création de l’Environmental Protection Agency (EPA) en 1970, une agence indépendante chargée de protéger la nature et la santé publique. Cette institution est devenue un acteur clé dans la régulation des produits chimiques et la protection de l’environnement.
Carson a popularisé l’idée que les humains font partie intégrante de l’écosystème et que leurs actions ont des conséquences globales. Elle a ainsi favorisé un changement de paradigme, passant d’une vision dominatrice de la nature à une approche plus respectueuse et interconnectée.
Silent Spring a été un point de ralliement pour les mouvements écologistes populaires dans les années 1960 et a influencé l’émergence de l’écoféminisme. Ce dernier lie les luttes pour les droits des femmes à celles pour la protection de l’environnement, soulignant leur interdépendance.
Les travaux de Carson ont eu une portée mondiale, inspirant des législations environnementales dans d’autres pays et influençant des figures politiques comme René Dumont, premier candidat écologiste à une élection présidentielle en France.
Des initiatives comme celles de l’ONU ou la FAO s’inspirent de sa vision pour développer des solutions écologiques innovantes, telles que les biopesticides naturels contre les invasions de criquets en Afrique de l’Est.
Comment le nature writing se distingue-t-il du roman d’aventure classique ?
Il se démarque par sa dimension réflexive et souvent autobiographique. Contrairement au roman d’aventure qui utilise la nature comme décor, le nature writing en fait un personnage à part entière et questionne notre rapport au vivant de manière plus profonde.
Quel auteur américain a écrit sur la réinsertion d’espèces protégées dans l’Ouest américain ?
Dan O’Brien, écologiste et éleveur de bisons, a écrit Rites d’automne : le voyage d’un fauconnier à travers l’Ouest américain en 1988, traitant de la protection et de la réinsertion d’espèces protégées.
Quel auteur a mêlé nature writing et roman noir dans un récit sur l’île de Komodo ?
David Vann a écrit Komodo, un roman qui mêle nature writing et roman noir, se déroulant sur l’île éponyme.
Quel auteur suisse a contribué au genre avec un récit sur la vie pastorale ?
Blaise Hofmann a contribué au genre avec son livre Estive, publié en 2007, qui raconte une expérience de vie pastorale dans les Alpes suisses.
Quel écrivain français contemporain est souvent associé au nature writing pour ses récits de voyage ?
Le très médiatique Sylvain Tesson est fréquemment associé au genre en France, notamment pour son livre Dans les forêts de Sibérie (2011), qui raconte son expérience de vie dans une cabane au bord du lac Baïkal.
Y a t il des auteurs asiatiques de nature writing ?
Oui, voici quelques exemples :
Nanao Sakaki (Japon) : poète et écrivain, il est connu pour ses écrits sur la nature et l’environnement, influencés par le bouddhisme zen et la culture beat américaine.
Chi Zijian (Chine) : Le dernier quartier de lune (2005) se déroule dans l’ancienne Mandchourie et décrit la vie des Evenks, un peuple nomade, au fil des saisons dans les montagnes du Grand Nord de la Chine.
Jiang Rong (Chine) : Le Totem du Loup (2004) raconte l’histoire d’un étudiant envoyé en Mongolie-Intérieure pendant la Révolution culturelle, qui découvre la vie nomade et développe une fascination pour les loups.
Quels sont les festivals littéraires autour de l’écriture de la nature ?
Écrire la Nature : ce festival a lieu chaque année en juin à Pau, Billère et en Vallée d’Ossau. Il propose des événements autour de l’écriture de la nature en milieu urbain et montagnard.
Litténature à Trémargat : ce festival, dont la première édition a eu lieu les 1er et 2 juillet 2023, est entièrement dédié à la littérature sur la nature. Il propose des tables rondes littéraires, des rencontres avec des auteurs, des sorties naturalistes et des projections. Il a rendu hommage à André Bucher.
Le festival Terres & Lettres, qui se tenait à La Rochelle, a cessé ses activités après quinze ans d’existence. Ce festival mettait en lumière les liens entre écologie et littérature, accueillant des auteurs, philosophes et scientifiques engagés sur des questions environnementales.
Lire la Nature : ce salon du livre, organisé par la Fondation François Sommer, se tient à Paris. Il réunit romanciers, poètes et essayistes pour échanger sur des thèmes variés liés à la nature, tels que les forêts, les vignes et les territoires.
Le festival Étonnants Voyageurs, fondé en 1990 par Michel Le Bris, est un événement littéraire majeur qui se tient annuellement à Saint-Malo. Bien qu’il ne soit pas exclusivement dédié au nature writing, il explore souvent les thèmes de la nature et des grands espaces, attirant des écrivains du « Grand Dehors » inspirés par Thoreau, Whitman et Emerson. André Bucher est venu en 2019 à Saint-Malo. Il y a présenté son roman La Vallée seule lors d’une rencontre avec des lycéens bretons le 7 juin 2019, dans le cadre des journées scolaires du festival.
Quels sont les avantages psychologiques de lire du nature writing ?
Lire du nature writing offre de nombreux avantages psychologiques, grâce à son contenu immersif et introspectif qui connecte le lecteur à la nature.
1. Réduction du stress
Les récits de nature writing transportent le lecteur dans des environnements naturels apaisants, favorisant une diminution des niveaux de stress et d’anxiété. Cette immersion littéraire agit comme une évasion mentale, similaire aux effets d’un contact direct avec la nature.
2. Amélioration de l’humeur
Les descriptions détaillées et poétiques des paysages naturels stimulent des émotions positives, renforçant le sentiment de sérénité et de bonheur. Ces lectures permettent également de cultiver une gratitude envers la beauté du monde naturel.
3. Stimulation de la créativité
Le nature writing encourage l’imagination en décrivant des scènes riches en détails sensoriels. Cela inspire souvent les lecteurs à explorer leurs propres idées créatives ou à s’engager dans des pratiques artistiques comme l’écriture ou le dessin.
4. Développement de l’introspection
Ces récits, souvent empreints de réflexions philosophiques, invitent les lecteurs à méditer sur leur place dans le monde, leurs valeurs et leur lien avec la nature. Cela peut mener à une meilleure compréhension de soi et à une clarté émotionnelle accrue.
5. Sensation d’ancrage
Le nature writing aide les lecteurs à se reconnecter avec des rythmes naturels, favorisant un sentiment d’équilibre et d’enracinement dans un monde souvent dominé par la technologie et l’agitation urbaine.
6. Renforcement de l’empathie
En explorant les interactions entre humains et nature, ces récits sensibilisent les lecteurs aux enjeux écologiques et renforcent leur empathie envers les êtres vivants et les écosystèmes fragiles.
7. Amélioration de la concentration
Lire du nature writing exige une attention particulière aux détails subtils des descriptions naturelles, ce qui peut entraîner une amélioration des capacités de concentration et une réduction des distractions mentales.
8. Éveil à la pleine conscience
Les récits incitent à observer attentivement le monde naturel, favorisant une approche méditative qui aide les lecteurs à vivre pleinement le moment présent.
9. Réduction des symptômes dépressifs
Comme le contact direct avec la nature, ces lectures peuvent contribuer à réduire les sentiments de dépression en offrant un espace mental pour l’évasion et la contemplation positive.
10. Sensibilisation écologique
Le nature writing alerte sur la fragilité des écosystèmes tout en célébrant leur beauté, ce qui peut motiver les lecteurs à adopter un mode de vie plus respectueux de l’environnement.
Par quel livre commencer si je découvre le nature writing ?
Pour une première approche, Walden de Thoreau reste la référence incontournable, accessible et philosophique. Si vous préférez la fiction contemporaine, Indian Creek de Pete Fromm offre un récit captivant d’un hiver dans les Rocheuses. Pour une voix française, La Vallée seule d’André Bucher combine poésie et enracinement territorial. Ces trois œuvres représentent les différentes facettes du genre et permettent d’identifier ce qui vous touche le plus.
Quelle est la différence entre « wilderness » et « nature sauvage » en français ?
Le terme américain « wilderness » désigne spécifiquement des étendues vierges, quasi inhabitées, où l’homme n’est qu’un visiteur temporaire. En France, « nature sauvage » évoque plutôt des espaces moins vastes, souvent réhabilités ou gérés. La wilderness américaine implique une dimension géographique (immensité), philosophique (humilité face au sauvage) et légale (protection fédérale depuis 1964) que notre « nature sauvage » ne porte pas toujours.
Comment distinguer un vrai nature writing d’un simple roman d’aventure avec de la nature ?
Dans le nature writing authentique, la nature n’est jamais un simple décor mais un personnage à part entière doté d’une agentivité propre. Le récit privilégie l’observation contemplative, la réflexion philosophique et l’introspection plutôt que l’action. Selon Lawrence Buell, l’écocritique, un vrai « texte environnemental » place les préoccupations écologiques au même niveau que les préoccupations humaines et suggère une responsabilité éthique envers le non-humain.
Peut-on écrire du nature writing si on n’habite pas dans les grands espaces ?
Absolument ! André Bucher le rappelait : il s’agit d’écrire « dans la nature » plutôt que « sur la nature ». L’essentiel réside dans une attention contemplative au vivant, qu’il s’agisse d’un jardin, d’un parc urbain ou d’une forêt voisine. Kenneth White avec la géopoétique, ou Annie Dillard observant un ruisseau en Virginie, prouvent qu’on peut développer une « géographie intime » sans vivre dans le Montana. L’authenticité de l’expérience prime sur l’exotisme du lieu.
Comment le nature writing aborde-t-il le changement climatique contemporain ?
Le genre s’est adapté à l’urgence climatique avec des œuvres plus sombres, voire dystopiques. Trois fois la fin du monde de Sophie Divry explore la renaissance post-nucléaire, tandis que Le Sanctuaire de Laurine Roux interroge la survie en contexte catastrophiste. Ces récits conservent la dimension contemplative du genre tout en abandonnant le mythe de la nature immuable. Ils incarnent ce que certains critiques nomment le « cli-fi nature writing », où l’écriture de la nature devient aussi témoignage d’une disparition.
Pourquoi parle-t-on de « l’école du Montana » en nature writing ?
Dans les années 1960-70, des écrivains américains se sont regroupés autour de l’Université de Missoula (Montana) pour développer des ateliers d’écriture en rupture avec l’urbanisation galopante. Jim Harrison, Rick Bass, Richard Hugo ont créé une forme de contre-culture littéraire privilégiant l’expérience vécue dans les grands espaces et la transmission des savoirs amérindiens. Beaucoup avaient été gardes forestiers, éleveurs ou fauconniers avant d’écrire, ce qui confère à leurs textes une authenticité pragmatique unique.
Le nature writing est-il critiqué pour certaines limites ?
Oui, le genre fait face à plusieurs critiques légitimes. Certains dénoncent une romantisation excessive de la nature qui occulte sa violence réelle et les difficultés des populations rurales. D’autres pointent un biais occidental et masculin dans ses origines, même si des autrices contemporaines (Laurine Roux, Bérengère Cournut) rééquilibrent le récit. Enfin, la notion de wilderness peut sembler problématique car elle invisibilise les peuples autochtones qui ont toujours habité ces territoires « vierges ».
Existe-t-il du nature writing pour enfants ou adolescents ?
Oui, ce genre se décline aussi en littérature jeunesse ! Le Souffle du puma de Laurine Roux (L’école des loisirs, dès 13 ans) illustre parfaitement le nature writing adolescent : dans la cordillère des Andes, l’autrice tisse un récit où la nature, incarnée par l’esprit du puma, dialogue avec l’histoire tragique d’enfants incas. Le Sanctuaire, également de Roux, convient aux jeunes avec son récit post-apocalyptique immersif. Pour les 12 ans et plus, L’Appel de la forêt de Jack London reste un classique incontournable. Les plus jeunes découvriront Julie des loups de Jean Craighead George ou les albums inspirés de Thoreau, qui initient à l’observation contemplative de la nature.