🌳Agroforesterie : systèmes agricoles durables face au changement climatique

par

dernière mise à jour le

L’agroforesterie désigne les systèmes agricoles durables qui associent arbres et cultures sur une même parcelle. Face au changement climatique et aux enjeux de souveraineté alimentaire, ces pratiques agricoles ancestrales offrent une solution concrète pour transformer nos ressources naturelles en outils de production résilients. En optimisant la gestion des terres agricoles, l’agroforesterie combine production agricole et services écosystémiques tout en restaurant la biodiversité.

Le Journal Officiel du 19 août 2015 définit l’agroforesterie (agroforestry en anglais) comme « un mode de production agricole associant sur une même parcelle des plantations d’arbres à d’autres cultures, dans la perspective d’effets bénéfiques réciproques » et ajoute deux notes : « 1. Les arbres plantés peuvent appartenir à des essences autres que forestières, notamment fruitières. 2. L’agroforesterie est une des pratiques recommandées en agroécologie ».

Sommaire

Qu’est-ce que l’agroforesterie ? Définition et pratiques agricoles durables

L’agroforesterie se définit comme un système dynamique de gestion des ressources naturelles qui intègre intentionnellement des arbres dans les paysages agricoles et ruraux. Cette approche ancestrale vise à diversifier et soutenir la production agricole, tout en générant des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux.

Les travaux de recherche menés par l’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’alimentation et l’Environnement) démontrent que ces systèmes agroforestiers optimisent l’utilisation de l’eau, de la lumière et des nutriments grâce aux interactions bénéfiques entre arbres et cultures. L’Association Française d’Agroforesterie (AFAF), référence en la matière depuis 2007, accompagne cette transition vers des pratiques agricoles plus résilientes.

La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) reconnaît l’agroforesterie comme une solution d’avenir pour transformer les systèmes agroalimentaires mondiaux et les rendre plus durables face aux enjeux climatiques.

« C’est pour cela que je défends l’agroforesterie, qui consiste à planter des arbres et des haies, dans les parcelles ou les prairies. On a prouvé que cette association permet de produire 1,5 fois plus sur une même parcelle par rapport à l’agriculture conventionnelle ! »

Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, spécialisé dans les interactions entre plantes et champignons et membre de l’Académie d’Agriculture de France. Interview par Cécile Couturier pour l’Echo du Parc n°86 (mars 2021) (Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse)

Systèmes agroforestiers et agriculture durable : quels avantages ?

Face aux défis du changement climatique, les systèmes agroforestiers s’imposent comme une solution d’agriculture durable incontournable. Ces pratiques agricoles permettent l’adaptation des exploitations aux aléas climatiques tout en optimisant la gestion des ressources naturelles. L’intégration d’arbres et cultures crée un microclimat favorable qui améliore la production agricole et la résilience. Au-delà des rendements, l’agroforesterie répond aux enjeux de souveraineté alimentaire en diversifiant les revenus agricoles et en préservant la biodiversité fonctionnelle.

Bénéfices agronomiques des systèmes agroforestiers

  • Amélioration de la structure et de la fertilité des sols grâce aux racines profondes des arbres
  • Régulation du microclimat : protection contre le vent, ombrage, maintien de l’humidité
  • Optimisation de l’utilisation des ressources : eau, lumière, nutriments exploités sur différentes strates
  • Réduction de l’érosion et protection durable des sols agricoles
  • Séquestration du carbone dans la biomasse et les sols

Avantages économiques de l’agriculture durable

  • Diversification des productions et des sources de revenus (bois, fruits, fourrage)
  • Augmentation de la productivité globale à l’hectare sur le long terme
  • Réduction des intrants agricoles (engrais, pesticides) grâce aux services écosystémiques
  • Valorisation multiple : bois d’œuvre, bois de chauffage, produits forestiers non ligneux
  • Autonomie alimentaire accrue pour l’élevage (fourrage ligneux)

Bénéfices environnementaux et climatiques

  • Augmentation significative de la biodiversité (faune et flore)
  • Stockage de carbone et contribution à l’atténuation du changement climatique
  • Préservation des ressources en eau : qualité et quantité améliorées
  • Création de corridors écologiques favorisant la circulation des espèces
  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre agricoles

Agroforesterie et changement climatique : adaptation des systèmes agricoles

Le changement climatique transforme profondément les conditions de production agricole. Les systèmes agroforestiers offrent des solutions d’adaptation concrètes face à l’intensification des aléas climatiques : sécheresses, canicules, précipitations extrêmes.

Comment l’agroforesterie atténue les effets du changement climatique

Les arbres intégrés aux systèmes agricoles agissent comme des régulateurs climatiques naturels. Ils absorbent le CO₂ atmosphérique par photosynthèse et le stockent durablement dans leur biomasse et dans les sols. Cette séquestration du carbone contribue directement aux objectifs climatiques nationaux et internationaux.

Les pratiques agroforestières permettent également de :

  • Réduire les températures locales de 2 à 8°C sous le couvert arboré
  • Maintenir l’humidité des sols grâce à l’ombrage et la réduction de l’évapotranspiration
  • Protéger les cultures des vents desséchants et des gelées tardives
  • Améliorer la résilience des exploitations face aux événements climatiques extrêmes

Différents systèmes agroforestiers : diversité des pratiques agricoles

La richesse de l’agroforesterie réside dans la diversité de ses applications. Chaque système agroforestier s’adapte aux conditions locales, aux objectifs de production agricole et aux contraintes spécifiques de l’exploitation.

Systèmes silvoarables

Association d’arbres et de cultures annuelles sur la même parcelle. Les arbres, plantés en lignes ou en bosquets, permettent une gestion des ressources optimisée tout en maintenant la mécanisation agricole.

Systèmes silvopastoraux

Combinaison d’arbres et d’élevage où les animaux pâturent sous couvert arboré. Cette pratique agricole améliore le bien-être animal et diversifie l’alimentation du troupeau.

Haies et brise-vents

Plantation linéaire d’arbres en bordure de parcelles. Ces infrastructures agroécologiques protègent les cultures, créent des habitats pour la biodiversité et structurent le paysage agricole.

Agroforêts et cultures étagées

Systèmes complexes imitant la structure des forêts naturelles avec plusieurs strates végétales. Particulièrement développés dans les systèmes tropicaux, ils trouvent de nouvelles applications en zones tempérées.

10 chiffres-clés de l’agroforesterie en France

  • 1,5 million d’hectares concernés, majoritairement en systèmes pastoraux (INRAE, 2022, rapport « Développer l’agroforesterie dans les parcelles cultivées et prairies » ).
  • Environ 170 000 hectares strictement en systèmes agroforestiers associés (INRAE, 2022, même source).
  • 15% de la Surface Agricole Utile (SAU) pourrait logiquement intégrer l’agroforesterie à l’horizon 2050, soit près de 5 millions d’hectares (INRAE, 2022, même source).
  • Seulement 2 500 hectares financés par l’Europe entre 2007 et 2014 (Projet AGFORWARD, rapport France, 2020).
  • 50 000 km de haies arrachés chaque année en France (Fonds pour l’Arbre, rapport 2020).
  • Les pratiques agroforestières augmentent la productivité de 36 % (c’est une moyenne dépendant du système et des cultures, avec des bénéfices économiques avérés au-delà des simples rendements par rapport aux systèmes séparés (INRAE).
  • 2 à 4 t de CO₂/ha/an stockées en moyenne dans les systèmes agroforestiers (INRAE, 2022, même source).
  • D’ici 2050, l’agroforesterie pourrait permettre de séquestrer 13,9 Mt CO₂/an, soit 25 % des émissions agricoles (Ministère de l’Agriculture, analyse n°37, 2012).
  • Environ 60% des exploitations agricoles françaises gèrent une surface boisée ou arborée (INSEE, statistiques agricoles, 2023).
  • La surface totale des haies en France est estimée entre 598000 et 960000 hectares (Projet AGFORWARD, rapport).

Agroforesterie, témoignages d’agriculteurs : la réalité du terrain

Hugues Barrey : agroforesterie et élevage bovin bio en Puisaye (Yonne)

Hugues Barrey, éleveur bovin bio en Puisaye (Yonne), a développé un système agroforestier axé sur l’élevage, le pâturage tournant dynamique et le fourrage ligneux. Son travail montre comment une agriculture durable peut atteindre l’autonomie alimentaire tout en préservant les ressources naturelles.

Présentation de la ferme

  • Élevage bovin bio
  • Recherche d’autonomie alimentaire pour le troupeau : fourrage ligneux et pâturage tournant dynamique
  • Collaboration avec le Conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne
  • Respect du patrimoine bocager de la Puisaye, pays de Colette

« Le seul intrant qui entre sur la ferme, c’est le fuel pour le tracteur », résume Hugues. Cette approche illustre le potentiel de souveraineté alimentaire des systèmes agroforestiers.

Mise en œuvre pratique de l’agroforesterie

Entretien des haies fourragères :

  • Saules : croissance rapide, forte production de biomasse facilement digestible
  • Frênes : feuillage très apprécié des bovins, riche en minéraux et oligo-éléments
  • Système de taille et distribution des branches fraîches aux bovins selon leurs besoins

Cette gestion des terres agroforestière permet une alimentation diversifiée du troupeau tout en maintenant la structure paysagère traditionnelle.

Bénéfices observés du système agroforestier

Les résultats de cette agriculture durable sont tangibles :

  • Complément alimentaire naturel et diversifié pour le troupeau
  • Apport important en minéraux et oligo-éléments sans achats extérieurs
  • Autonomie alimentaire : aucun achat de compléments alimentaires
  • Amélioration du bien-être animal : ombre, abri, diversité alimentaire
  • Création d’habitats pour la faune auxiliaire et la biodiversité

L’expérience d’André Bucher : agroforesterie en montagne

L’expérience d’André Bucher, agriculteur bio dans la Drôme, démontre l’adaptabilité des systèmes agroforestiers aux contraintes de montagne. Écrivain et paysan, André Bucher développe dans ses ouvrages une réflexion profonde sur la résilience, concept cher au neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Cette résilience, André l’applique autant à ses terres, à ses arbres qu’à sa vision des humains : comment les écosystèmes, comment les êtres vivants, peuvent-ils se réparer, être réparés ? Son approche agroforestière illustre concrètement cette capacité du vivant à se régénérer et s’adapter face à la rudesse d’un lieu, face au changement climatique. André a planté de nombreux arbres, tracé des pistes pour circuler dans la montagne et entretenu les forêts.

« Je vis sur le versant sud, dans le haut de la vallée, sur une terre qui comprend 200 hectares de surface totale, dont 30 hectares défrichés et cultivables. Le reste est en landes, puis il faut compter 87 hectares de bois existants dont, principalement, des chênes, hêtres, sorbiers, frênes et érables. Seulement, il y avait pas mal d’endroits très érodés et des parcelles de forêt trop clairsemées, d’où l’idée de reboiser. La motivation première étant de pérenniser cet endroit en luttant aussi contre l’érosion, afin de constituer un château d’eau et d’absorber le CO2. 

À partir de 1985, nous avons planté 20 000 arbres en deux ans. (…) Nous avons pu ainsi acheter les plants, ouvrir une piste (utilisée dans le cadre de la lutte contre les incendies) et financer la construction d’une retenue collinaire. Nous avons dû négocier avec la DDA (direction départementale de l’agriculture), maître d’œuvre, dont la politique en matière de boisement consistait à planter séparément des carrés de pins noirs, de mélèzes ou de cèdres et donc prônant l’exploitation à court terme, en privilégiant les résineux plutôt que les feuillus. Pour nous, les arbres s’apparentent à la société, plus elle est métissée plus elle se régénère.

Par conséquent, nous voulions mélanger les espèces, qui ainsi se stimuleraient et s’autoprotégeraient. »

André Bucher, écrivain, paysan, planteur d’arbres, vallée du Jabron

Contexte et défis de l’agriculture de montagne

La ferme d’André Bucher dans la vallée du Jabron fait face aux défis typiques de l’agriculture de montagne :

  • Terrains en pente exposés aux vents forts et aux intempéries
  • Risque d’érosion important sur les sols fragiles
  • Climat montagnard contraignant avec des variations thermiques extrêmes
  • Gestion des ressources limitées par l’altitude et l’exposition

André Bucher est décédé en octobre 2022. Aujourd’hui, Lionel, son fils, prolonge ce travail agricole et forestier.

Mise en pratique de l’agroforesterie de montagne

Plantation massive et diversifiée :

  • 20000 arbres plantés en deux ans à partir de 1985
  • Mélange d’essences : « Pour nous, les arbres s’apparentent à la société, plus elle est métissée plus elle se régénère »
  • Intégration d’essences locales : mélèzes, pins sylvestres, pins noirs, chênes, hêtres, frênes, érables
  • Construction d’infrastructures : pistes, retenue collinaire pour la gestion de l’eau, captation des sources

Résultats de la restauration agroforestière

Cette gestion des terres agroforestière a généré des bénéfices multiples :

  • Protection efficace contre les vents dominants et l’érosion
  • Amélioration de la biodiversité et création d’habitats
  • Constitution d’un château d’eau naturel pour la vallée
  • Séquestration significative de carbone dans la biomasse et les sols
  • Création d’un paysage multifonctionnel et résilient

Plantation de haies à la Ferme Vivante 89.10 dans l’Yonne

Un laboratoire d’agroécologie dans l’Yonne

La Ferme Vivante 89.10, située à Bagneaux, se positionne comme un laboratoire vivant de l’agroécologie dans l’Yonne et de l’agriculture biologique de conservation des sols. Sous la direction de Mélanie Petit et de son mari, la ferme s’engage profondément à « faire alliance avec la nature« , en mettant l’accent sur la réduction des interventions et la régénération des sols.

Agriculture biologique dans l’Yonne : l’intégration des haies diversifiées

Ferme Vivante 89.10

Dans le cadre de son approche agroécologique, la ferme a progressivement mis en place des pratiques d’agroforesterie en replantant des haies diversifiées. Ces haies sont composées de trois strates végétales distinctes : des buissons, des arbustes et des arbres. Parmi les essences plantées figurent l’acacia (robinier faux-acacia), le prunier, la viorne, l’érable sycomore, le cornouiller sanguin, l’alisier blanc, l’érable champêtre et le tilleul.

Mélanie Petit et Romaric Vincent, mai 2024, Bagneaux

Objectifs et bénéfices des pratiques des haies en agriculture de conservation dans le 89

L’objectif principal de ces plantations est de créer un mur végétal homogène servant de brise-vent pour protéger les cultures, les animaux et le sol contre le ruissellement et l’érosion, notamment face aux vents forts du sud-ouest caractéristiques de cette plaine très ouverte. Ce système vise également à générer un effet réchauffant sur les cultures et à limiter la verse des céréales due aux événements climatiques intenses. L’intégration de l’agroforesterie, qui combine intentionnellement arbres, cultures et/ou élevage sur une même parcelle, est une approche agricole innovante et durable pour la ferme, reconnue pour faire face aux défis environnementaux et agricoles actuels. La Ferme Vivante 89.10 a d’ailleurs bénéficié de financements pour ses plantations de haies et d’agroforesterie.

Comment débuter en agroforesterie : guide pratique

L’intégration de l’agroforesterie dans une exploitation nécessite une approche méthodique et adaptée au contexte local. Voici les étapes essentielles pour développer des systèmes agroforestiers efficaces.

Diagnostic et planification agroforestière

Analyse du contexte :

  • Évaluation des sols : texture, pH, drainage, fertilité
  • Étude climatique : pluviométrie, températures, vents dominants
  • Diagnostic des ressources : eau disponible, exposition, pentes

Définition des objectifs :

  • Production visée : bois, fruits, fourrage, protection
  • Intégration avec l’existant : cultures, élevage, bâtiments
  • Contraintes techniques : mécanisation, accès, entretien

Choix des essences et conception du système

Le succès d’un système agroforestier dépend largement du choix des essences et de leur disposition spatiale.

Essences recommandées selon les objectifs :

Pour la production fruitière :

  • Noyer, châtaignier, prunier, pommier, poirier
  • Adaptés aux systèmes agroforestiers avec cultures intercalaires

Pour le fourrage ligneux :

  • Saule, frêne, mûrier, robinier (faux acacia)
  • Essentiels pour l’autonomie alimentaire en élevage

Pour la protection et la biodiversité :

  • Chêne, charme, érable champêtre, tilleul, aulne
  • Structurent le paysage et créent des habitats

Mise en place et entretien des systèmes agroforestiers

Plantation et établissement :

  • Préparation du sol et amendements organiques
  • Plantation automnale pour favoriser l’enracinement
  • Protection des jeunes plants (tubes, clôtures)
  • Paillage pour conserver l’humidité et limiter la concurrence

Gestion et entretien :

  • Taille de formation les premières années
  • Élagage sélectif pour optimiser la production
  • Gestion de la concurrence herbacée et arbustive
  • Surveillance sanitaire et traitements préventifs

Agroforesterie : production agricole et préservation de l’environnement

Les expériences d’André Bucher et de Hugues Barrey démontrent la flexibilité et l’adaptabilité de l’agroforesterie à différents contextes agricoles. Elles illustrent comment cette pratique peut être mise en œuvre avec succès, que ce soit en zone de montagne ou en zones humides. L’agroforesterie représente une voie prometteuse pour concilier production agricole, préservation de l’environnement et adaptation au changement climatique. Son développement nécessite cependant un accompagnement technique et des politiques de soutien adaptées pour encourager sa diffusion à plus grande échelle.

Actions et ressources : l’Association Française d’Agroforesterie

L’Association Française d’Agroforesterie

Depuis 2007, l’Association Française d’Agroforesterie (AFAF) agit pour accélérer la transition agroécologique dans les territoires français. Cette organisation de référence développe les systèmes agroforestiers à travers un large éventail d’actions.

Missions de l’AFAF

L’association met en œuvre une stratégie globale pour développer l’agriculture durable :

  • Recherche et développement sur les systèmes agroforestiers
  • Formation des agriculteurs et des techniciens
  • Diffusion du savoir et vulgarisation scientifique
  • Animation territoriale et accompagnement de projets
  • Structuration de filières économiques durables
  • Représentation de l’agroforesterie dans le débat public

Ressources et accompagnement

Le site web de l’AFAF constitue une ressource essentielle pour tous les acteurs de l’agroforesterie. Il propose notamment :

  • Définition précise de l’agroforesterie et ses applications
  • Catalogue des aides et services disponibles pour les agriculteurs
  • Cas pratiques d’exploitation et retours d’expérience
  • Outils techniques pour la conception et la gestion des projets

Les acteurs clés de l’association incluent Denis Asfaux, secrétaire et animateur culturel spécialisé dans la diffusion des savoirs agroforestiers, et Fabien Balaguer, directeur de l’association.

Fabien Balaguer, directeur de l’association

Denis Asfaux, secrétaire de l’association, animateur culturel : arts, ruralité, formation, prospective & diffusion de savoirs agroforestiers…

FAQ

Quel est l’objectif de l’agroforesterie ?

L’agroforesterie vise à réconcilier production agricole et préservation de l’environnement en intégrant des arbres dans les systèmes agricoles. Elle permet d’améliorer la fertilité des sols, diversifier les revenus (bois, fruits, fourrage), réduire les intrants chimiques, séquestrer le carbone et préserver la biodiversité. Comme le démontrent Hugues Barrey en Puisaye ou André Bucher dans la Drôme, l’objectif est de « faire alliance avec la nature » pour développer des systèmes agricoles durables, résilients et économiquement viables, tout en répondant aux défis du changement climatique et de la souveraineté alimentaire.

Comment l’agroforesterie peut-elle aider à atténuer le changement climatique ?

Les arbres présents dans les systèmes agroforestiers réalisent la photosynthèse, absorbant ainsi du CO₂ atmosphérique et le stockant sous forme de matière organique dans le sol, contribuant à limiter l’impact sur le climat.

Quels types d’arbres sont les plus couramment utilisés en agroforesterie ?

Les systèmes agroforestiers utilisent une grande diversité d’essences selon les objectifs de production agricole :

Arbres fruitiers : pommier, poirier, prunier, figuier, noyer, châtaignier pour la diversification des revenus.

Arbres forestiers : érable champêtre, frêne commun, chêne, aulne, charme, hêtre, orme champêtre, tilleul pour la gestion des ressources et la protection.

Arbres fixateurs d’azote : robinier (faux acacia), févier d’Amérique, mûrier blanc, saule pour l’amélioration de la fertilité des sols.

Arbres mellifères : tilleul, robinier, érable pour soutenir la biodiversité et la pollinisation.

Le choix dépend des conditions pédoclimatiques, des objectifs de l’agriculteur et de l’intégration dans les systèmes de production existants.

Quelles sont les aides disponibles pour l’agroforesterie ?

Les agriculteurs peuvent bénéficier de plusieurs dispositifs d’aides pour leurs projets agroforestiers. Au niveau européen, la PAC (Politique Agricole Commune) 2023-2027 reconnaît pleinement l’agroforesterie : les parcelles avec jusqu’à 100 arbres/hectare restent admissibles aux aides, et les éco-régimes offrent des bonus (60-80€/ha) pour les exploitations riches en haies et arbres. Cependant, au niveau national, le contexte budgétaire s’est considérablement durci : le « Pacte en faveur de la haie », initialement doté de 110 millions d’euros en 2024, a vu son budget drastiquement réduit à 45 millions d’euros en 2025 (soit -60%), et l’action phare de plantation de haies n’a pas été renouvelée. Cette situation fragilise les dynamiques territoriales engagées. Les collectivités territoriales (Régions, Départements, Agences de l’eau) proposent des subventions complémentaires variables selon les territoires. L’AFAF propose des financements privés via le Fonds AFTER et des avances remboursables pour pallier partiellement cette baisse des aides publiques. Face à cette incertitude budgétaire, il est essentiel de contacter rapidement votre DDT (Direction Départementale du Territoire) ou l’AFAF pour connaître les dispositifs encore disponibles dans votre région.

Quels sont les principaux avantages de l’agroforesterie pour la santé des sols ?

L’agroforesterie contribue à la préservation des sols en luttant contre l’érosion. Les arbres peuvent également améliorer l’activité biologique des sols et agir comme une pompe à nutriments. Certaines pratiques agroforestières, comme l’utilisation de haies fixatrices d’azote composées de légumineuses (Fabacées), peuvent même enrichir le sol.

Quelles sont les principales différences entre l’agroforesterie et l’agriculture traditionnelle ?

🌳 Structure du système de production
Agroforesterie : combine arbres, cultures et/ou élevage sur une même parcelle, créant un système intégré et diversifié.
Agriculture traditionnelle : sépare les espaces de cultures, d’élevage et de bois, favorisant souvent la spécialisation.

🐝 Diversité biologique
Agroforesterie : favorise une biodiversité accrue en intégrant différentes strates végétales et en créant des habitats pour la faune auxiliaire.
Agriculture traditionnelle : réduit généralement la biodiversité en raison de la monoculture et de l’usage intensif d’intrants chimiques.

💧 Utilisation des ressources
Agroforesterie : optimise les ressources (eau, lumière, nutriments) grâce aux interactions entre arbres et cultures.
Agriculture traditionnelle : exploite les ressources de manière uniforme, souvent avec une forte dépendance aux intrants extérieurs.

🌱 Gestion du sol
Agroforesterie : améliore la structure et la fertilité des sols grâce aux racines des arbres et à l’apport de matière organique.
Agriculture traditionnelle : peut entraîner une dégradation des sols (érosion, perte de nutriments) à cause des pratiques intensives comme le labour excessif.

🌍 Résilience climatique et séquestration du carbone
Agroforesterie : atténue les impacts climatiques en séquestrant le carbone, en régulant le microclimat et en protégeant contre les aléas climatiques.
Agriculture traditionnelle : offre moins de résilience face aux événements climatiques extrêmes et contribue davantage aux émissions de gaz à effet de serre.

📈 Productivité à long terme
Agriculture traditionnelle : vise souvent une maximisation des rendements à court terme au détriment de la durabilité.
Agroforesterie : augmente la productivité globale à long terme en diversifiant les productions (fruits, bois, cultures).

Qu’est-ce que l’agroforesterie et comment se distingue-t-elle de la simple plantation de haies ?

L’agroforesterie est un mode d’exploitation des terres agricoles associant des plantations d’arbres dans des cultures ou des pâturages. Tandis que la plantation de haies se concentre souvent sur les bordures de parcelles, l’agroforesterie peut impliquer l’intégration d’arbres au sein même des zones cultivées ou de pâturage.

Comment l’agroforesterie contribue-t-elle à la préservation de la ressource en eau ?

Les arbres dans les systèmes agroforestiers peuvent freiner les écoulements des eaux de surface et favoriser leur absorption. Leurs racines peuvent aller chercher l’eau en profondeur et filtrer les intrants, limitant ainsi la pollution des eaux souterraines.

Quel rôle joue l’agroforesterie dans le soutien de la biodiversité ?

Les systèmes agroforestiers, intégrant des arbres, des arbustes et parfois des haies, créent des réservoirs de biodiversité en offrant des habitats et des ressources pour la faune sauvage (oiseaux, insectes, chauves-souris, etc.). Ils constituent également des corridors écologiques qui permettent aux espèces de se déplacer.

L’agroforesterie a-t-elle un impact sur les rendements des cultures ou de l’élevage ?

Bien qu’il existe une réticence liée à la peur de l’ombre, l’effet brise-vent des arbres en agroforesterie peut protéger les cultures sur une distance significative et potentiellement entraîner un gain de rendement. Pour l’élevage, l’agroforesterie peut fournir de l’ombre pour les animaux et même du fourrage.

Existe-t-il des exemples de pratiques agroforestières spécifiques et quels sont leurs objectifs ?

Oui, par exemple, les haies brise-vent composées de différentes strates pour filtrer le vent et isoler les parcelles. Les haies fixatrices d’azote enrichissent le sol. Les haies cynégétiques ou biodiverses favorisent le gibier et la faune. L’agroforesterie intraparcellaire, avec des arbres au sein des parcelles cultivées, peut générer des revenus et des économies.

L’agroforesterie nécessite-t-elle un entretien particulier ?

Oui, comme les haies, les systèmes agroforestiers nécessitent un entretien régulier, incluant potentiellement la taille des arbres (recépage, taille de formation, etc.) pour accompagner leur croissance et optimiser leurs fonctions. Un plan de gestion peut aider à planifier ces interventions.

Quels sont les principaux défis de mise en œuvre de l’agroforesterie ?

Le développement des systèmes agroforestiers fait face à plusieurs défis :

Techniques : adaptation de la mécanisation, gestion de la concurrence lumineuse, entretien spécialisé des arbres.

Économiques : investissement initial important, retour sur investissement à long terme, développement des filières de valorisation.

Formations et compétences : besoin de formation des agriculteurs aux pratiques agroforestières, accompagnement technique spécialisé.

Politiques : harmonisation des réglementations, développement des aides spécifiques, intégration dans la PAC.

Malgré ces défis, les témoignages d’agriculteurs comme Hugues Barrey et André Bucher démontrent la faisabilité et les bénéfices de ces systèmes.

Où trouver des conseils et formations en agroforesterie près de chez moi ?

Formation et conseil technique :

Association Française d’Agroforesterie (AFAF) : formations spécialisées et réseau national de conseillers
Chambres d’agriculture : expertise technique locale avec conseillers agroforestiers
Ver de terre Production : formations en ligne et présentielles via « La Galerie du Ver de Terre »

Accompagnement terrain :
Réseau Afac-Agroforesteries : conseil et accompagnement terrain
Agrof’île (région parisienne) : spécialiste de l’intégration des arbres aux systèmes agricoles
INRAE : recherche appliquée et orientation vers des dispositifs expérimentaux
Pépinières spécialisées (ex: Naudet en Bourgogne et son pôle agroforestier) : formations pratiques

Information et financement :
DDT (Direction Départementale du Territoire) : centralise les infos sur conseillers locaux et aides disponibles

Commencez par contacter votre Chambre d’agriculture ou votre DDT pour identifier les acteurs les plus proches de votre exploitation.

Sources et références scientifiques

Ce contenu s’appuie sur les travaux de recherche de l’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’alimentation et l’Environnement) et les recommandations de l’Association Française d’Agroforesterie (AFAF). Les données sur la séquestration carbone proviennent des études du GIEC et du Centre Mondial d’Agroforesterie (ICRAF).

Références institutionnelles :

Témoignages agriculteurs :

Organismes de recherche et développement :

Pépinières spécialisées :