
Ce récit raconte l’histoire de deux frères, Daniel et Richard, marqués par un drame familial. Retirés dans une vallée isolée, ils vivent en quasi-autarcie jusqu’à l’arrivée d’Alice, une jeune femme qui bouleverse leur quotidien. Le roman se poursuit avec Vladimir, un réfugié serbo-croate hanté par la guerre, qui s’installe à proximité. Les récits s’entrelacent dans un décor montagnard rude et sauvage. La structure alterne voix intimes et récit à la troisième personne, sur fond de solitude, de mémoire blessée et de reconstruction. La nature joue un rôle central, à la fois refuge, épreuve et lien entre les êtres.
Un roman noir, entre fait divers et conte de fée

Fée d’hiver d’André Bucher (Le Mot et le Reste, 2012) est l’histoire d’un drame de la jalousie qui abime encore deux familles ; de deux frères de guingois, Richard et Daniel, le mutique ; d’Alice, la fille de la scierie et de sa vie désaccordée ; de Vladimir, le bucheron, qui a fui le chaos de la guerre dans les Balkans et arrive dans le canton de Séderon. Tous sont des personnages de la perte, des exilés. Mais entre terreur et beauté, entre terre et ciel, ils résistent. Pour Alice l’arrivée de Vladimir c’est une échappé belle, amoureuse et sensuelle.
André Bucher, col de Perty, janvier 2012 © Benoît Pupier
Fée d’hiver : André Bucher, arpenteur des émotions enfouies


L’écrivain installe ses personnages dans un royaume intermédiaire, entre fait divers et conte de fée. Il détourne le roman noir vers un récit épuré où des voix-récits se rejoignent et se répondent, où la nature est un être animé. Il invente une langue pour une expérience sensible, une traversée des ombres, une féérie fragile.
« C’est comme la géologie, c’est des strates, je démarre d’une strate en profondeur presque inconscient comme si j’avais éboulé des rochers pêle-mêle, je vais chercher dessous le fondement de l’histoire et puis petit à petit je superpose les couches pour arriver à épurer. C’est comme si je taillais une pierre. Je me fais l’effet d’un tailleur de pierres ou d’un sculpteur. Un peu sculpteur, un peu peintre. (…) Et après je gratte, j’ai tendance à gratter jusqu’à l’os. (…) l’harmonie des mots, la rythmique n’est pas hachée, elle est scandée (…). J’ai tendance à travailler d’abord à la hache et ensuite au couteau pour affiner les détails. C’est pour ça que je parlais de sculpture. »
Conversation avec André Bucher dans André Bucher, un écrivain entre terre et ciel .
Revue de presse
André Bucher, invité de François Busnel (La Grande Librairie, France Télévisions)
André Bucher était l’invité de François Busnel dans La Grande Librairie sur France 5, le 5 mai 2016 pour la sortie du récit A l’écart et la nouvelle publication de Fée d’hiver. Le journaliste le présente comme « l’un de nos meilleurs écrivains ».
Presse et blogs littéraires
Une harmonie polyphonique entre les voix de chacun et les éléments telluriques
Cela commence par un fait divers, bien sûr – il semble qu’il y en ait chaque hiver comme la Haute-Provence prédisposée à toutes les drames – puis le temps de l’épopée s’installe, les déplacements, les rencontres inoubliables, les nuits du rêve. Deux des personnages à part entière, le fil de la vie, les paysages, les lieux ont une action primordiale sur les êtres que nous allons suivre et à qui nous allons nous attacher. Ainsi Alice, qui tente d’échapper à la sorcière et à la tyrannie de ses frères, Vladimir, le bûcheron clandestin, serbo-croate, et qui fuit la guerre et son passé, Richard et Daniel – l’un boite (l’on sait comment boiter peut augurer de la manière de faire sa vie), l’autre se tait (et l’on sait combien le silence est la marque des êtres qui ont beaucoup à dire). Autour d’eux, les deux frères, un peu rock’n’roll qui vivent reclus dans la ferme du Val Triste. Tous ceux-là ont des comptes à régler avec leur enfance, et les vieux chagrins.
Il s’agit là, dans ce coin perdu près du col de Perty, désert et sauvage.
Le récit, en cet endroit donné, la montagne – et ces labours, et ces neiges, et ces prés – est celui d’un voyage dans le temps et l’espace : itinéraires, mouvements de cœur, déplacements, climats, présence étrange de la lune, épileptique, dans ce langage amoureux des images, des mots, déclinés comme une musique.
Un voyage orienté, comme aimanté. Mais à force de rêve, de par l’effet même des rêves dont on est fait, l’on peut peut-être donner un drame ou le fil d’une existence et s’évader vers un hiver somptueux. Ainsi Alice, Vladimir et les deux vieux frères, nos échos magnifiques, vont nous ouvrir une brèche et nous offrir nous guider dans l’espace d’un monde qui semble clos mais qui est ouvert sur l’infini.
Son récit n’est pas le long compagnonnage d’une vie, mais la partition musicale de l’histoire d’Alice et ses hommes formidables, qu’il nous donne à lire et à écouter, attentifs, au rythme d’une harmonie polyphonique entre les voix de chacun et les éléments telluriques.
Il se met lui-même en tant qu’écrivain au service d’une quête, celle de ces gens qui sont en quête de leur destin en même temps que de l’espace et de l’écriture, d’un autre espace, d’une autre temporalité, d’un autre langage, d’une autre harmonie avec la nature et l’intemporel, s’approche terriblement de nous, de notre propre battement de cœur.
Il est le lieu exact de l’alchimie qu’André Bucher vient d’opérer dans un échange mouvant et émouvant du récit et de la poésie, des hommes et d’un pays : son écriture.
C.R. Vivre au Jabron, numéro 82, janvier 2012
Un conte surréaliste, d’une profonde tendresse et d’une chaude humanité
Dans le silence et la perte, ce conte surréaliste, d’une profonde tendresse et d’une chaude humanité, brille par une sobriété rare, une délicatesse de perceptions et d’impressions intimes, une admirable richesse métaphorique. Des héritages musicaux et des vertiges métaphysiques peuplent ses images poétiques. Les silences, les blancs, les non-dits sont d’une exceptionnelle densité. Quand ils s’agrandissent, la lumière devient plus intense, parfois plus grave. L’espace et le temps se télescopent alors pour luire dans une irrémédiable féerie. André Bucher est un poète, doublé d’un romancier, un nature writter qui a le goût de la langue, des sonorités, qui a le sens du rythme, de la fratrie et des affinités littéraires que ses lecteurs identifieront sans peine. On le lit quand on a « besoin de calme, de bienveillance et d’air pur, un petit capital d’oxygène et d’espoir. » On le lit quand on a besoin de la beauté d’un refuge, d’un endroit retiré du monde, idéal pour loger les rêves. On le lit souvent. On le relit. L’apparente simplicité de sa plume étant un si beau leurre.
Pascale Arguedas, Livre de lecture, Gif-sur-Yvette, le 4 janvier 2012
Ce roman est un torrent de montagne
André Bucher a l’art de décrire la nature, les sentiments qu’elle provoque et ses propres sentiments à elle, en tant qu’entité vivante à part entière, d’une façon totalement originale, des images non attendues qui donnent beaucoup de fraicheur à son écriture, outre que l’histoire elle-même est captivante, toute pleine de rebondissements, de profondeur, d’humanité, et de rage aussi. Vraiment, ce roman est un torrent de montagne à glisser à votre chevet, il serait dommage de s’en priver.
La tragédie vire au conte de fées
La violence, à tout moment, est en embuscade. Mais André Bucher est un poète et la tragédie vire au conte de fées. Il s’attache aux lumières, aux nuages, à la grandeur du ciel, traque les silences, fait parler les non-dits. L’émotion est à fleur de mots, la langue puissamment imagée. Le livre est court, mais il multiplie les points de vue et les formes, se déploie lentement, infuse dans la mémoire des lecteurs. Au point final, il n’a pas dit son dernier mot.
Michel Abescat, Télérama
André Bucher, arpenteur des émotions enfouies
André Bucher est écrivain, paysan biologique et bûcheron. Il vit aux confins de la Drôme et des Alpes de Haute-Provence, dans la vallée du Jabron. Dans ce lieu sublime et sauvage, l’écrivain des grands espaces, druide à la barbe broussailleuse, regard bleu, invente des récits de hautes solitudes, de résistances. Il publie Fée d’hiver, son sixième roman aux éditions Le mot et le reste. C’est l’histoire d’un drame de la jalousie qui abime encore deux familles ; de deux frères de guingois, Richard et Daniel, le mutique ; d’Alice, la fille de la scierie et de sa vie désaccordée ; de Vladimir, le bucheron, qui a fuit le chaos de la guerre dans les Balkans et arrive dans le canton de Séderon. Tous sont des personnages de la perte, des exilés. Mais entre terreur et beauté, entre terre et ciel, ils résistent. Pour Alice l’arrivée de Vladimir c’est une échappé belle, amoureuse et sensuelle.
André Bucher, arpenteur des émotions enfouies, écrivain d’un territoire, installe ses personnages dans un royaume intermédiaire, entre fait divers et conte de fée. Il détourne le roman noir vers un récit épuré où des voix-récits se rejoignent et se répondent, où la nature est un personnage. Il invente une langue pour une expérience sensible, une traversée des ombres, une féérie fragile.
Benoît Pupier, Le Bulletin des lettres, février 2012
Un roman cristallin comme la neige
Fée d’hiver se déroule avec magie, comme un conte initiatique, découvrant des personnages pris au creux d’une nature mouvante et matricielle.
Dans un pays du Sud de la Drôme, deux frères vivent épargnés dix-sept ans plus tôt par leur père qui d’un coup de folie assassina leur mère et se donna la mort sous leurs yeux.Daniel est devenu mutique depuis ce drame, préférant « lire qu’être obligé d’entendre » mais surtout écrire. Avec son frère, Richard qui est revenu boiteux de la Guerre d’Algérie, il partage ce goût pour la musique et plus particulièrement pour le blues.
Leur destin croise celui de la belle et féérique Alice, une fille du pays, abîmée par son mariage avec un lointain cousin, et de Vladimir, un bucheron d’origine Serbo-croate, en exil.
Ce colosse a fui un village anéanti par la guerre et trouve refuge, au bout d’un périple jonché d’obstacles, dans l’amour et dans l’amitié mais surtout dans ces montagnes dont la forêt et le ruisseau s’accordent à sa solitude, malgré la rudesse des hivers.
Ce roman cristallin comme la neige fait vivre l’amour fraternel et transpire d’une gourmandise affectueuse pour les femmes vers qui les protagonistes semblent portés comme vers la langue.
Dans une écriture aérienne dont les flocons révèlent la beauté et la dignité des êtres, tout en faisant miroir à leur noirceur profonde et à leur vilénie, la polyphonie des voix éclot comme la sève qui remonte la feuille par les phrases. Ces voix se rencontrent et apprennent strate après strate à vibrer au ton juste…ou plutôt, elles apprennent à s’entendre et à se connaître.
Vanessa Curton, Zone littéraire, février 2012
Un livre qui sort de l’hiver avec espérance
La nature recèle d’inspiration poétique pour l’homme et la femme ; sans ces derniers, la nature n’a pas d’histoire à raconter. Par l’intermédiaire de ses personnages, évoluant dans un paysage de la Drôme, André Bucher nous révèle cette poésie. Quatre inconscients cheminent lentement au sein de cet espace vivant, dévoilant sa beauté comme sa cruauté.
D’un côté il y a Richard et Daniel, deux frères sortis d’un fait divers qu’ils subirent enfants. Face à l’insolence de la vie qui continue sans s’arrêter sur ceux qu’elle a blessés, ils refusent de s’y inscrire : l’un reclus en mécanicien du bout du monde, l’autre muré dans son silence. Tel le vol du héron « soustrait au lent déroulé mécanique de l’horloge du temps », ils se suspendent dans leur souffrance. Ce qu’ils ne peuvent exprimer les empêche d’atterrir, de grandir.
De l’autre il y a Alice et Vladimir, ceux qui malgré leurs blessures ne renoncent pas. Elle, leur fée d’hiver à tous, affirme que l’on est en rien obligé de porter le fardeau de ses parents : « elle en refusait l’héritage, ce n’était pas une fatalité ». Lui, exilé d’un pays en guerre, veut « se confronter à une nature vivante », il « ne conçoit pas que puisse s’évaporer le souffle, l’espoir d’une vie nouvelle ». Pourtant, malgré la chaleur délicate qu’il instille en elle, malgré l’envie de « se retrouver au lit avec l’amour », la crainte d’un virage incertain les retient de prendre le train qui siffle sous le lit.
Dans ce « grand livre naturel » où « chacun dissimule ses manques dans son caisson de fureur étanche », l’univers poétique de la nature, complice, animé lorsque le silence et la solitude se parlent, leurs permet de s’envoler dans des imaginaires qui soulagent la souffrance, qui prédisent l’avenir.
On sent dans la gorge « hennir les étoiles explosées » que la glace mêlée à la neige finit par obliger à se taire ; les flocons amortissent les beaux bruits blancs. On frotte les galets du fond de l’eau, « parents éloignés des étoiles », pour faire venir l’éclat des brillants qui cascadent sur « le grand toboggan du ciel ». On se projette dans « l’eau, le courant, qui détache les amarres, qui transporte dans une vie nouvelle ». On laisse le végétal lancer des défis à un déluge de mécanique. Et lorsque « l’aigle royal danse la bienvenue », que « le soleil presse timidement son citron » ou que « le nuage donne la réplique au ruisseau », le lecteur, aidé par le style, doit ralentir pour laisser naître l’image ou, si elle ne vient pas, se laisser bercer par la poésie.
Portés par ces visions subliminales, les quatre naufragés progressent intérieurement, douloureusement, au rythme de leurs temporalités respectives. Petit à petit, « alors que fondamentalement rien ne change, tout paraît différent ». Chacun attend son tour, sans amertume, pour réussir à « se parler autrement que du bout des lèvres, se toucher davantage que du bout des doigts ».
Un livre qui sort de l’hiver avec espérance.
Aude Binet, Festival du livre et de la presse d’écologie, avril 2012