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Voici l’histoire d’Émilie, personnage-montagne, « femme de soleil et de vent », une veuve vivant seule au pied de la montagne de Palle, dont la vie bascule avec le retour de son amour de jeunesse et l’arrivée d’entrepreneurs voulant raser la forêt pour nourrir la voracité d’une centrale à biomasse.

Un court instant de grâce, André Bucher, éditions Le Mot et le Reste, 2018

Un court instant de grâce, l’histoire d’un combat pour la préservation d’une forêt
Émilie, veuve et mère d’un fils qui rentre peu souvent, s’occupe seule d’une terre exigeante au pied de la montagne de Palle. Sa vie solitaire bascule avec deux événements : le retour de Victor, son amour de jeunesse, et l’arrivée d’entrepreneurs voulant raser la forêt pour un projet de centrale à biomasse.
Face à cette menace écologique, Émilie refuse de céder un droit de passage, déclenchant une lutte qui réveille toute la vallée. Les habitants, jusque-là endormis, se mobilisent entre intérêts politiques, prises de conscience et résistances acharnées.
Le roman dépeint avec poésie la beauté âpre des paysages, le rythme des saisons et la force des liens humains dans cette communauté rurale. André Bucher célèbre la résilience de la nature et de ceux qui la défendent, incarnés par Émilie, femme forte « qui a toujours vécu d’air, d’eau, de silence et de vent ».
Vie des personnages, beauté des paysages : revue de presse, lecture des libraires et des blogs littéraires
« Les amours et les combats d’Émilie aux pieds de la montagne de Palle : André Bucher nous plonge dans ce pays du Jabron où la vie est aussi âpre que belle et les relations humaines d’autant plus précieuses que rares. Avec une grande finesse, il nous montre comment la vie se tisse en vérité, loin du bruit et de l’agitation. À lire. »
Marc, libraire, Le Bleuet, Banon
« Le livre commence avec un magnifique premier chapitre où André nous présente la montagne de Palle, où se déroule l’histoire. Avec des mots magnifiques et un style poétique, André Bucher pose le décor. L’auteur précise que la montagne du livre est fictive même si près de chez lui, dans la vallée du Jabron, une montagne de Palle existe vraiment.
Puis André nous présente Émilie, la protagoniste féminine. Un sacré bout de femme, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds sans pour autant être « rustre ». Un personnage qui m’a beaucoup parlé, pour ses idées écologiques, mais aussi pour son caractère. Elle se débrouille seule et se bat pour ses idées. »
Les Passions de Chinouk, 16 octobre 2018
« Dans cette géologie des sentiments, l’écrivain avance pas à pas (feutrés), par touches précises et imagées, pour dessiner les hésitations (« Victor, le cœur en roue libre, cafouillait »), la violence intérieure, les fuites et les retours, la sensualité maladroite. Une résurgence des sentiments. La résurgence est en géographie la réapparition à l’air libre, sous forme de grosse source, d’une nappe d’eau ou d’une rivière souterraine. Chez André Bucher, sur le plateau à 1460 mètres, l’eau remonte par capillarité. Les bergers autrefois y avaient maçonné un puits pour avoir un point d’eau sur les estives. »
Benoît Pupier, chronique invitée dans Reporterre, 24 octobre 2018
« Dans son roman engagé, André Bucher décrit avec réalisme et âpreté, les manœuvres des prédateurs des temps modernes mais aussi la vie des gens d’une vallée, partagés tour à tour entre intérêts politiques, économiques et prises de conscience écologiques. L’écrivain-paysan interroge notre rapport à la nature à travers le prisme des luttes territoriales et des attachements entre les êtres. Son histoire n’est pas sans rappeler le triste feuilleton de la centrale à bois de Gardanne dans les Bouches-du-Rhône dont la conversion récente à la biomasse soulève bon nombre d’oppositions.
Porté par une grâce tellurique et poétique, Un court instant de grâce fait souffler un vent de révolte, balayant les contre-sens environnementaux, appelant à l’éveil d’une conscience plus écologique et citoyenne. Malgré la pertinence du propos, on aurait aimé plus de chair fictionnelle, plus d’amplitude frondeuse. Il manque, çà et là, des péripéties et des tensions pour donner plus de force à ce récit ourlé d’images à la beauté inquiétante. »
Marie-Laure Soetaert, Le Suricate, 6 janvier 2019
Écrire la nature : analyses critiques et universitaires
« Écrivain, mais aussi bûcheron dans la vallée du Jabron, Bucher donne vie aux paysages de sa région. Son roman Un court instant de grâce en est un exemple récent et prouve que raconter la beauté de la nature peut sous-entendre le besoin de la préserver.
Pour Émilie, dans Un court instant de grâce, cet endroit est le lieu où elle appartient, où son nom « possède un sens », où elle est liée par des générations avant elle.
(…) la montagne a quelque chose de magique également. Si la forêt était rasée au profit de la centrale à biomasse, seul son fantôme demeurerait (121). En hiver, l’étendue entière du hameau devient un « paysage sépulcral » (137). La neige apparaît en « magicienne » (12) pour le recouvrir et les corbeaux font de la magie noire alors que le vent jette des sortilèges (12). En outre, Émilie s’adresse à son défunt mari quotidiennement comme s’il était toujours là.
(…) L’anthropomorphisation de la nature est fréquente et poussée jusqu’à donner à la lune des boucles d’oreille et du maquillage (94-95). Les éléments du paysage servent aussi à faire passer les émotions et les sensations des protagonistes. Le soleil matinal affiche ainsi, « par contagion », la bonne humeur d’Émilie (57). À l’inverse de la personnification de l’environnement, les individus humains peuvent être associés aux éléments naturels. Le maire a ainsi une calvitie qui ressemble à un nid d’oiseau sur son crâne (105), puis il s’éponge le front comme un arbre transpirerait par ses feuilles (124). Émilie imite même la lune, qui « faisait mine de se mettre à table » en ne disposant qu’une seule assiette, et finit, « Par mimétisme, […] par s’asseoir devant un unique couvert » (26)
Chez Molia et Bucher, la dérision se manifeste davantage à travers la nature qui semble se moquer des actions des personnages. Dans Des jours sauvages, par exemple, le vent empêche le projet des Partants : étouffer avec de la fumée les Basques réfugiés dans une grotte (167). Une énorme averse s’abat ensuite sur eux, alors que les feux sont déjà quasiment éteints (172). De la même façon, Un court instant de grâce raconte l’incendie qui a tué le mari d’Émilie alors qu’une forte pluie est tombée toute la journée du lendemain (17). Les animaux aussi participent d’un certain humour, comme le perroquet de l’auberge qui chante pour se moquer du maire (142). Bucher, qui se
rapproche pourtant le plus d’un certain sentimentalisme dans la nature, parvient à tourner en dérision cet attachement en décrivant, par exemple, les émotions de Victor à travers la vision d’un étendoir à vêtements (168). »
Florence Casteels, Écrire la nature au XXIe siècle. Essai d’écopoétique sur la question de l’écriture, de la temporalité et de l’action, à travers les oeuvres d’André Bucher, Xabi Molia, Pierre Senges et Philippe Vasset, Master en langues et lettres françaises et romanes, université de Liège
André Bucher, écrivain paysan, poète et planteur des arbres
On lira aussi :
Tordre la douleur (2021)
Bernie, un forestier reclus, tente de surmonter la perte de son fils et un divorce douloureux en s’isolant dans les montagnes. Sa rencontre avec Sylvain, activiste marqué par le décès brutal de sa mère lors d’une manifestation de gilets jaunes, et Édith, échappant à la violence conjugale, fait éclater son enfermement intérieur. Ensemble, ils explorent la résilience face au deuil et à la douleur dans un décor sauvage.
Thèmes : reconstruction personnelle, lien à la nature, violences sociales et familiales, crise sociale, gilets jaunes
Fée d’hiver (2012)
Alice, secrétaire à la scierie, cherche à fuir son mari et ses frères tyranniques. Vladimir, bûcheron clandestin, fuit la guerre des Balkans. Leur rencontre dans la Drôme sauvage ouvre une échappée belle.
Thèmes : résilience, nature comme refuge, quête de liberté, silence et non-dits