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André Bucher partage avec Jim Harrison son goût d’une écriture dans la nature plutôt qu’une écriture sur la nature. Figures du nature writing, les deux s’amusaient à critiquer ces urbains sans expérience qui donnaient de leçons de nature.
À Jim Harrison, en écho à L’Homme qui abandonna son nom (dans Légendes d’automne),
et à Thomas McGuane pour L’Homme qui avait perdu son nomdédicace de La Cascade aux miroirs, roman d’André Bucher
Pays d’André Bucher, montagne de Palle (Drôme) © Benoît Pupier
André Bucher et Jim Harrison, maîtres du nature writing
L’écrivain paysan, planteur d’arbres, André Bucher, reconnu pour son écriture immersive de la nature et son engagement en faveur d’une agriculture durable, entretient une relation particulière avec l’œuvre de Jim Harrison. Plus qu’une simple influence, c’est une profonde affinité littéraire qui se dessine, façonnant l’approche de Bucher et l’inscrivant dans une tradition où la nature devient un personnage à part entière.
André Bucher et Jim Harrison, une proximité avec les écrivains amérindiens
André Bucher, se définissant comme « écrivain-paysan« en Drôme provençale, exprime une relation intime et indissociable entre le travail de la terre et celui de l’écriture. Il se voit comme un « écrivain dans la nature« plutôt que « sur la nature« , en totale immersion, une distinction qu’il partage avec l’approche de Jim Harrison. Bucher admire Harrison, s’inspirant de son œuvre « En marge » pour son propre livre « À l’écart ». Il partage avec Harrison l’idée d’une osmose profonde avec le vivant, se sentant « plus cerf que chasseur » à l’image d’Harrison qui se sentait « plus oiseau qu’ornithologue ».
Bucher rejette les étiquettes de « naturaliste » ou « école du Montana« , qu’il juge simplistes, soulignant que de nombreux auteurs de ce courant sont des universitaires « parachutés« . Contrairement à eux, il est « irrigué par le lieu où [il] vit et travaille en permanence« , en tant que paysan et bûcheron. Sa définition du nature writing comme « jérémiades et rhapsodie » s’éloigne d’une vision idyllique, car pour lui, la nature est autonome, ni bonne ni généreuse.
Cette immersion nourrit une écriture panthéiste, proche de la spiritualité amérindienne, où il cherche à rétablir une égalité de statut entre l’humain et les éléments naturels. Des thèmes comme l’identité et l’intégration dans le sauvage, chers à Harrison, sont explorés dans ses romans, par exemple dans La Cascade aux miroirs, qu’il dédie notamment à Harrison. Il tisse ainsi des liens littéraires, conscients et inconscients, avec les auteurs qu’il apprécie, contribuant à enrichir son univers singulier.
Benoît Pupier et André Bucher, « Confidences de l’oreille blanche », Revue critique de fixxion française contemporaine [En ligne], 11 | 2015, mis en ligne le 15 décembre 2015
Nature writing : l’héritage de Jim Harrison en France
La nature comme personnage
Bucher et Harrison, frères de littérature, partagent une approche similaire dans leur traitement de la nature. Pour eux, l’environnement n’est pas un simple décor, mais un personnage à part entière, vivant et incarné dans leurs récits.
Dans son récit A l’écart, Bucher affirme qu’il écrit « dans la nature plutôt que sur la nature ». Cette approche fait écho à celle de Harrison, qui déclarait dans une interview aux Inrocks : « Je vois la nature comme elle n’a pratiquement jamais été décrite ». Ils considèrent tous deux que la nature est un espace de dialogue, un interlocuteur silencieux.
Une écriture sensorielle
Les deux auteurs développent une écriture immersive qui sollicite tous les sens du lecteur. Leurs descriptions de paysages, de la flore et de la faune, d’atmosphères météorologiques, créent une expérience littéraire totale. Comme le dit Bucher, à propos des lieux dans son écriture : « les histoires sont imprégnées du lieu où je vis mais aussi des lieux environnants ».
« Il m’arrive parfois d’apercevoir un coyote couvert du sang des animaux qu’il vient de tuer. Il est là, au bord de la route, il me regarde passer : j’ai alors enfin le sentiment intense d’appartenir au paysage. »
Jim Harrison, propos recueillis par Samuel Blumenfel, en juillet 1993, Les Inrocks
L’importance du lieu
Bucher mélange ainsi des paysages réels et imaginaires, créant un univers littéraire unique. Cette immersion dans le lieu se traduit par une attention particulière aux détails sensoriels et une exploration des liens intimes entre l’homme et son environnement.
« L’essentiel de mes notes est composé d’images mentales. C’est pour cela que je conduis si souvent sans jamais savoir où je vais. J’ai récemment pris ma voiture pour parcourir près de 15 000 kilomètres, uniquement sur des routes de campagne. La seule manière de m’imprégner du paysage. En m’enfonçant ainsi sur ces petites routes, j’arrive aussi à mesurer le temps qui passe, à oublier mes problèmes et la banalité de l’existence. Je conduis en général le toit ouvert, en sortant le plus souvent possible ma tête de la voiture. »
Jim Harrison, propos recueillis par Samuel Blumenfel, en juillet 1993, Les Inrocks
« Je regarde, je regarde, j’enregistre dans la rétine derrière la rétine dans le cerveau conscient comme on dit, je prends très peu de notes, s’il me vient oui s’il me vient une image une métaphore je la note si je la trouve belle si je la trouve appropriée je la note mais bien souvent c’est pas à ce moment là que ça… c’est quand je rentre chez moi que j’y pense, que les images viennent c’est là que ça commence à se déclencher, là quand j’arrive je me nourris en fait, je m’emplis, au moment où je m’emplis j’ai pas spécialement besoin de… ça jaillit pas forcément… bien sûr de temps en temps il y a des associations d’idées qui se créent, qui se télescopent, dans l’ensemble c’est toujours en étant après, après coup que ça vient. Quand je travaille, quand je travaille sur le texte, tout à coup voilà des images arrivent. Et quand je reviens comme aujourd’hui je me rend compte comment ça s’est passé, comment j’ai emprisonné des images précises… Après avec l’association des mots, ça sort. »
Extrait du documentaire André Bucher, entre ciel et terre
Jim Harrison, pionnier de l’écriture écologique
Une conscience environnementale aiguë
Une forte proximité entre Harrison et Bucher réside dans leur engagement envers l’environnement. Leurs romans reflètent des préoccupations environnementales profondes, abordant des sujets comme la défense d’une agriculture durable et la préservation des espaces naturels.
Bucher, en tant qu’agriculteur biologique depuis quarante ans, témoigne d’une vision de l’agriculture qui va au-delà de la simple production alimentaire : « L’agriculture biologique c’est pas simplement qu’une conception de l’agriculture, c’est nettement plus large… c’est le rapport à la manière dont on va travailler avec les gens, comment on va les employer ». Il souligne ainsi l’importance d’une approche humaine et respectueuse de l’environnement.
Jim Harrison partageait cette préoccupation pour une relation équilibrée entre l’homme et son environnement. Il dialoguait avec Gary Snyder, son ami, poète, traducteur, penseur et écologiste américain (Lire leur livre d’entretiens Aristocrates sauvages, éditions Wildproject).
Tous deux dépeignent des personnages qui recherchent une forme d’authenticité à travers leur connexion au territoire, qu’il s’agisse de fermiers, de chasseurs ou de marginaux ayant choisi de vivre en périphérie de la société de consommation.
Littérature américaine, la défense des cultures amérindiennes
Un aspect important de leurs univers littéraires est leur intérêt pour les cultures amérindiennes. Cette affinité se traduit par une représentation respectueuse et nuancée de ces cultures, souvent marginalisées dans la littérature dominante.
Jim Harrison a joué un rôle important dans la mise en avant des écrivains amérindiens à travers plusieurs aspects de son œuvre et de sa vie littéraire :
- Représentation dans ses romans : Harrison a souvent inclus des personnages amérindiens dans ses récits, leur donnant une place centrale et une voix authentique. Il disait d’ailleurs : « Il faut donner une voix aux gens qui n’en ont pas ; c’est la responsabilité de l’écrivain ».
- Exploration des thèmes amérindiens : ses œuvres, comme Dalva abordent l’histoire et la culture amérindiennes, mettant en lumière les injustices historiques et les défis contemporains auxquels font face ces communautés. Dalva, une femme de 45 ans au sang mêlé sioux et suédois, retourne dans le ranch familial du Nebraska. Elle entreprend une quête pour retrouver le fils qu’elle a dû abandonner à la naissance, tout en explorant son passé et l’histoire de sa famille liée aux Amérindiens.
- Promotion active : Harrison a utilisé sa notoriété pour promouvoir des écrivains amérindiens tels que Louise Erdrich et James Welch, les recommandant à ses lecteurs et contribuant ainsi à leur visibilité dans le monde littéraire.
- Sensibilisation : à travers ses écrits, ses livres, ses interviews, Harrison a sensibilisé un large public aux questions amérindiennes, contribuant à une meilleure compréhension de leur culture et de leur histoire.
André Bucher défendait aussi les écrivains amérindiens. Il se sentait proche de leur monde.
« Si toutefois je veux quand même rendre compte d’une réalité topographique, de la faune, de la flore, je peux parler à la fois des oiseaux et rendre justice aux animaux en leur restituant une voix. C’est ma façon de lutter à la manière panthéiste des Amérindiens ou animiste des Africains voire des bouddhistes, de rétablir un équilibre, une égalité de statuts entre ciel, eau, air, terre, rochers, rivières, hérons, ours, loups, animaux dans leur globalité et les autres êtres humains. »
« C’est pour cette raison que je suis proche des Amérindiens, non seulement par rapport au panthéisme, mais par le fait qu’il existe une situation de proximité très grande avec les éléments les plus importants qui conditionnent mon écriture. À savoir que je vis en pleine nature, je vis dans une montagne, ma maison est au cœur de la forêt et c’est indissociable de ma pratique non pas de citoyen, mais par rapport à l’écopoétique, à l’écriture de la nature, vis-à-vis de l’engagement environnemental. Ma réalité de citoyen vivant dans ce lieu ne s’affronte jamais à celle de l’individu qui va l’écrire. Elles se nourrissent réciproquement. »
« À part Louise Erdrich qui commence à évoquer quelque chose – la critique a tout de même réussi à chroniquer ses livres – et qui est sans doute la plus grande écrivaine américaine actuelle. À part elle, quand on cite Linda Hogan, Louis Owens, Craig Lesley, Scott Momaday (une des figures tutélaires de la littérature amérindienne) ou James Welch, ça n’évoque pas grand-chose dans l’esprit du lecteur moyen français, il n’y a que les grands lecteurs qui soient familiarisés avec ces noms. »
Benoît Pupier and André Bucher, “Confidences de l’oreille blanche”, Revue critique de fixxion française contemporaine [Online], 11 | 2015, Online since 15 December 2015
Affinités et singularités : une littérature engagée
Une exploration de l’identité, le thème du double
La dédicace de La Cascade aux miroirs à Harrison et à son récit L’homme qui abandonna son nom révèle une obsession commune pour la question du double et de l’identité. Dans ce roman, Bucher explore le vol d’identité comme moyen d’interroger la construction du soi, thématique que Harrison développait déjà à travers des personnages en constante redéfinition.
L’homme face à la wilderness
Les deux écrivains explorent la confrontation de l’homme avec la nature sauvage, utilisant ce thème pour questionner l’identité humaine et sa place dans le monde naturel. Cette confrontation permet de mettre en lumière les vulnérabilités et les forces de l’être humain.
Dans le portrait ou plutôt l’autoportrait, on a parlé de l’écrivain paysan bûcheron. Vous m’avez aussi parlé du qualificatif de maverick, celui qui est à la marge, à la lisière.
Je me suis toujours considéré autre, non pas étant… Disons qu’il y a un livre de Jim Harrison, un livre de mémoires intitulé En marge. Et si j’ai effectivement décollé des années 60-70 pour venir ici et que je me trouve isolé, je ne me suis jamais considéré ainsi, en tant que citoyen, ni en tant qu’individu et pas davantage en tant qu’écrivain. Le terme maverick désigne celui qui justement à un moment donné bifurque. Une façon comme une autre de me situer, en marge, non, à l’écart oui, ce qui ne signifie pas en dehors.
Et maverick, c’est un mot qu’on peut traduire en français ?
Il suffit qu’on prenne le dictionnaire anglais-français ! On va vérifier. Maverick… Voilà, veau non marqué, littéralement, bien évidemment, par extension : dissident, non conformiste, franc-tireur. Pour moi l’animal qui sort du troupeau, qui s’écarte. Cependant il ne faudrait pas croire que je m’en suis extrait. Je dis souvent que pour être bien seul il faut pouvoir être ouvert, en harmonie avec les autres. Et réciproquement, pour être en harmonie avec les autres, il faut être capable de vivre sa solitude intelligemment, pleinement. Donc il s’agit plus d’une recherche d’alternance et d’équilibre que d’une volonté de se démarquer. Il faut voir ça dans un sens de recul plus qu’autre chose. Ce terme maverick a été employé au sujet de Rick Bass. J’avais trouvé ça assez judicieux car j’ai quand même des accointances avec cet auteur américain, c’est un peu mon cousin de chant.
Benoît Pupier and André Bucher, “Confidences de l’oreille blanche”, Revue critique de fixxion française contemporaine [Online], 11 | 2015, Online since 15 December 2015
Une écriture à la fois lyrique et crue
Bucher et Harrison partagent un style d’écriture qui allie lyrisme et réalisme cru. Les deux viennent de la poésie. Leur prose, décrite comme organique, permet de rendre compte de la beauté de la nature sans tomber dans le sentimentalisme.
« Une des caractéristiques de votre écriture est le lyrisme. D’un autre côté, vous faites référence à ces hard-boiled writers comme Chandler ou John D. MacDonald. Peut-on qualifier votre écriture de lyrisme hard-boiled ?
Absolument. Prenez Dalva, c’est un livre d’un romantisme très cruel. »
Jim Harrison, propos recueillis par Samuel Blumenfel, en juillet 1993, Les Inrocks
Bucher, à propos de la genèse de ses personnages, explique : « Les personnages sont à la fois des personnages qui prennent corps, j’ai une idée… je commence toujours par un titre, donc j’ai un titre qui s’impose à moi ». Cette approche souligne l’importance de l’intuition et de la poésie dans son processus créatif.
« Quand j’écrivais mes Carnets de Dalva, je ne pouvais compter sur rien si ce n’est sur la terre, le soleil, la lune et les étoiles. C’est tout ce que je possède. Vous ne pouvez jamais compter sur une ville. En revanche, un arbre ou une rivière ne vous laisseront jamais tomber. Dans Howl, Allen Ginsberg parle de “cette incroyable musique de la rue”, je pense que, si vous mettez de côté votre personnalité, vous serez plus réceptif à cette musique. La chose la plus importante que j’aie faite depuis sept ans – ma vie avance par cycles de sept années – est d’avoir abandonné ma personnalité. Seule votre voix compte et, si vous arrivez à la préserver, vous avez une chance d’échapper aux tourments et aux lamentations du quotidien. Tant que je garderai ma voix, je sais que je ne serai jamais un de ces paumés qui ne savent pas quoi faire de leur vie. »
Jim Harrison, propos recueillis par Samuel Blumenfel, en juillet 1993, Les Inrocks
« Parmi les livres que vous avez écrits, lequel est votre préféré ou le plus personnellement significatif ?
Je pense que mon Dalva a la plus grande portée. Beaucoup de mes lecteurs avec qui je suis en contact sont d’accord. L’origine du livre est venue, étrangement, d’un rêve où elle est assise sur le balcon à Santa Monica, regardant le Pacifique et pensant à sa jeunesse et à sa famille dans les Sandhills du Nebraska, une belle mais largement inconnue région. Avec Dalva, j’ai pu établir mon propre univers. À l’époque, dans la trentaine, je comprenais mal
les femmes, et il était temps de rattraper le retard. »Jim Harrison : By the Book, The New York Times, 17 mars 2016
Meilleurs livres de Jim Harrison
Voici une bibliographie sélective de 10 livres de Jim Harrison
- Dalva (1988)
Roman centré sur Dalva, une femme à la recherche de son fils abandonné. L’histoire entrelace la quête personnelle de l’héroïne avec l’histoire de l’Amérique, notamment les guerres indiennes. Harrison y réussit le pari d’incarner une voix féminine convaincante, marquant un tournant dans sa carrière. - Légendes d’automne (1979)
Recueil de trois nouvelles, dont la plus célèbre donne son titre au livre. Ces récits explorent les thèmes de la vengeance, de l’identité et des mythes américains. L’œuvre a été adaptée au cinéma avec succès. - Nord-Michigan (1976)
Roman qui plonge le lecteur dans les vastes étendues du Michigan. L’auteur y dépeint la beauté sauvage de sa région natale et explore les thèmes de la famille, de la nature et de l’identité américaine. - La route du retour (1998)
Suite de « Dalva », ce roman choral entremêle les destins de plusieurs personnages. Harrison y exorcise sa peur de la mort tout en brossant une fresque de l’histoire américaine, des guerres indiennes à l’époque contemporaine. - Sorcier (1981)
L’un des romans les plus connus de Harrison, qui mêle réalisme et éléments mystiques. L’auteur y explore les thèmes de la spiritualité, de la nature et de l’héritage culturel amérindien. - Un bon jour pour mourir (1973)
Roman qui suit le parcours de deux jeunes hommes dans une odyssée à travers l’Amérique. Harrison y aborde les thèmes de la rébellion, de l’écologie et de la quête de sens dans l’Amérique des années 1970. - Wolf : mémoires fictifs (1971)
Premier roman de Harrison, largement autobiographique. Il y raconte les errances d’un jeune homme à travers les États-Unis, mêlant souvenirs d’enfance, réflexions sur la poésie et méditations sur la nature. - Le vieux saltimbanque (2016)
Dernier livre publié du vivant de Harrison, ce roman à la troisième personne revisite sa vie sous forme de fiction. L’auteur y aborde sans fard ses souvenirs, ses amours, ses excès, dans un style libre et provocateur. - Une odyssée américaine (2008)
Roman qui suit Cliff, un homme de 62 ans quittant tout pour prendre la route. Harrison y explore les thèmes du renouveau, de la liberté et de la découverte de soi à travers le voyage. - Retour en terre (2007)
Ce roman raconte l’histoire de Donald, un métis Chippewa-Finnois atteint de sclérose en plaques. Face à la mort, il entreprend de transmettre l’histoire de sa famille, mêlant héritage culturel et quête d’identité.
Comment François Busnel a fait découvrir Jim Harrison aux lecteurs français
Une amitié littéraire née d’un choc de lecture
François Busnel est un ambassadeur important de Jim Harrison en France, transformant leur amitié littéraire née en 1999 au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo en véritable mission culturelle. Dans une interview accordée à La Croix en mars 2022, l’animateur de La Grande Librairie confie sans détour : « Jim Harrison nous fait du bien et nous transforme« , soulignant l’impact profond de cet écrivain qu’il place « dans la lignée de Montaigne, le père et précurseur, de William Thoreau, dans le courant du nature writing« . Cette passion, née d’un choc de lecture avec Dalva à l’âge de 20 ans, témoigne de la capacité de Harrison à « bouleverser« , « mettre en route » et « reconnecter à ce que nous sommes« , comme l’explique Busnel.
« Seule la terre est éternelle » : un testament filmé dans le Montana
Cette relation privilégiée a donné naissance au documentaire « Seule la terre est éternelle« , co-réalisé avec Adrien Soland et sorti en salles le 23 mars 2022. Tourné durant l’été 2015 dans le Montana, ce long-métrage de 1h56 capture les derniers moments de Jim Harrison, « homme au physique de cyclope, à la démarche de grizzly« , quelques mois avant sa disparition. Comme l’explique Busnel dans la présentation du film sur le site de la BPI : « Je voulais partager ce que j’ai appris en le lisant et que j’ai découvert grâce à lui« . Le documentaire révèle un Harrison fragilisé mais toujours habité par sa philosophie de l’instant présent, celui qui conseillait : « si vous n’avez pas une heure tous les soirs pour faire la cuisine, plaquez votre boulot !« .
Un passeur culturel au service du nature writing
Sans voix off ni archives, privilégiant « plans larges en scope dans les grands espaces » et laissant « la part belle aux sons de la nature« , cette œuvre cinématographique offre au public français un testament spirituel unique. Dans son rôle de passeur culturel, François Busnel a d’ailleurs contribué à faire découvrir d’autres figures de cette littérature enracinée dans la nature, recevant notamment à La Grande Librairie des écrivains comme André Bucher, qui partage avec Harrison cette approche d’une « écriture dans la nature plutôt que sur la nature« .
FAQ
Qui est le Jim Harrison français ?
Le « Jim Harrison français » est André Bucher, écrivain-paysan et figure majeure du nature writing en France. Comme Harrison, il fait de la nature un personnage central, puisant son inspiration dans les grands espaces et la ruralité du sud de la Drôme. Cette filiation littéraire s’explique aussi par son admiration pour l’œuvre de Jim Harrison et son ancrage dans une écriture simple, sensorielle et enracinée. Les deux écrivains ont défendu le travail des écrivains amérindiens.
Qu’est-ce que le nature writing ?
Le nature writing est un genre littéraire qui place la nature au cœur du récit, explorant la relation entre l’humain et les grands espaces sauvages, tout en mêlant observations, introspection et engagement écologique. Jim Harrison incarne cette tradition aux États-Unis par ses récits des grands espaces américains, tandis qu’André Bucher en est l’une des principales figures en France, transposant cet esprit dans la ruralité drômoise et la vallée du Jabron. Les deux auteurs partagent le goût d’une écriture enracinée qui fait de la nature un protagoniste à part entière et invite à une réflexion profonde sur notre place dans le monde naturel.
Jim Harrison a-t-il influencé des auteurs français ?
Plusieurs écrivains français contemporains évoquent explicitement l’impact de Jim Harrison sur leur œuvre, comme l’auteur-paysan André Bucher, souvent interrogé sur la filiation entre leur écriture et celle de l’Américain. Une référence marquante est l’interview de François Busnel dans La Croix, où il déclare : « Jim Harrison nous fait du bien et nous transforme […] Il est dans la lignée de Montaigne, Thoreau et du nature writing ». Busnel raconte aussi comment sa lecture de Harrison, découverte dans une bibliothèque californienne, a marqué sa propre façon d’appréhender le monde et d’en parler publiquement. Cette inspiration a donné naissance à de nombreux articles, films et documentaires français, témoignages d’un dialogue littéraire transatlantique revendiqué.
Qui est Jim Harrison ?
Jim Harrison (1937-2016) était un écrivain, poète et essayiste américain renommé, principalement associé au genre du nature writing, qui célèbre les grands espaces et la nature sauvage.
Quelles sont les œuvres les plus célèbres de Jim Harrison ?
Parmi ses œuvres majeures figurent le recueil de nouvelles Légendes d’automne (1979), les romans Dalva (1988) et Un bon jour pour mourir (1973), plusieurs de ses écrits ayant été adaptés au cinéma.
Jim Harrison a-t-il travaillé pour le cinéma ?
Oui, Jim Harrison a écrit plusieurs scénarios hollywoodiens, notamment l’adaptation de sa nouvelle Une vengeance et le film Wolf avec Jack Nicholson.
Où a vécu Jim Harrison ?
Harrison a principalement vécu dans le Michigan, le Montana et l’Arizona, des paysages souvent présents dans ses récits, témoignant de son attachement profond à la nature.
Sources (interview, films)
La Croix : « François Busnel : « Jim Harrison nous fait du bien et nous transforme » », 23 mars 2022
Les Inrocks, entretien avec Samuel Blumenfeld, mars 2016 : Jim Harrison : « Ce que je vois dans la nature n’a pratiquement jamais été décrit »
BPI, cinéma documentaire : Seule la terre est éternelle, de François Busnel et Adrien Soland, avec Jim Harrison
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