Giono et la montagne de Lure, un lieu initiatique

par

dernière mise à jour le

Le sommet de la montagne de Lure

La montagne de Lure, culminant à 1826 m, occupe une place centrale dans l’univers de l’écrivain Jean Giono. Située entre Manosque et Sisteron, elle n’a peut-être pas la renommée du mont Ventoux, mais elle est profondément ancrée dans son imaginaire littéraire. Giono l’a sillonnée, à pied ou à vélo, et y a implanté l’essence de son inspiration poétique et romanesque.

La montagne de Lure, un lieu d’inspiration majeur pour Jean Giono

Un paysage à la fois réel et imaginaire

Pour Giono, la montagne de Lure dépasse le simple décor géographique : elle devient un lieu mythique et sensuel. Dans la Présentation de Pan, il écrit :

« J’avais six ou sept ans quand pour la première fois j’entendis parler de cette montagne.(…) Je me répétais à voix haute, Lure ! J’écoutais le son du mot, j’écoutais le mot tinter sur l’écho du mur, et aussitôt, la tête pleine d’herbages le jeu recommençait. Lure ! Je suis allongé, j’écoute : Lure ! Je suis dans les aires un soir de vent, je renifle, Lure ! Me voilà hanté par ce mot. (…) Puis un beau jour je me suis mis en marche. Alors, un beau matin sans rien dire, la colline me haussa sur sa plus belle cime, elle écarta ses chênes et ses pins, et Lure m’apparut au milieu du lointain pays comme une taure dans une litière de brumes bleues. »

La montagne de Lure apparaît dans plusieurs de ses romans, notamment Regain, Que ma joie demeure, Le Hussard sur le toit, où elle incarne une nature à la fois hostile et bienveillante, un acteur à part entière de l’imaginaire gionien.

Giono, « un rêveur des montagnes », par Jacques Le Gall

Résumé de l’étude :

Jean Giono, surnommé « un rêveur des montagnes », entretenait une relation quasi filiale avec cet univers qu’il considérait comme une mère qui l’attirait et le rassurait, par opposition à la mer qu’il détestait, notamment ses côtes surpeuplées. Né à Manosque, il fut toujours attiré par les « terres hautes », aimant les voir, y aller, et les rêver dans ses livres. Ses œuvres, loin d’être de simples guides, sont des explorations de paysages intérieurs et symboliques, Giono se dépeignant comme un « voyageur immobile » cherchant asile dans des hauteurs réelles ou métaphoriques. La montagne de Lure, foyer tellurique central, représentait une figure maternelle et un objet monstrueux à conquérir, symbolisant un récit initiatique et le désir de l’œuvre elle-même. Les Alpes réelles (Ubaye, Briançonnais, Trièves) lui inspiraient bonheur, pureté et élévation, même face aux épreuves, sa capacité de rêve restant intacte. L’ascension y devient une expérience initiatique de transformation du moi, atteignant parfois l’extase mystique. Pour Giono, la montagne est bien plus qu’un paysage : c’est une force, un personnage, et un refuge essentiel où l’homme échappe au « vortex » du monde, et où l’artiste trouve l’espace autonome de la création, transformant son besoin en un profond désir de l’œuvre, un « cloître » matériel et symbolique de paix et de grandeur.

Références :

Jacques Le Gall, “Giono, « un rêveur des montagnes »”, Babel [Online], 20 | 2009, Online since 18 July 2013

Giono, écrivain enraciné dans son territoire

La montagne de Lure symbolise l’attachement profond de Giono à la nature, aux saisons, au silence.

Lure, calme, bleue, domine le pays, bouchant l’ouest de son grand corps
De montagne insensible.
Des vautours gris la hantent.
Ils tournent tout le jour dans l’eau du ciel, pareils à des feuilles de sauge.
Des fois, ils partent pour des voyages.
D’autres fois, ils dorment, étalés sur la force plate du vent.
Puis, Lure monte entre la terre et le soleil, et c’est, bien en avant de la nuit,
son ombre qui fait la nuit aux Bastides.

Jean Giono, Colline

L’écrivain André Bucher aimait aussi ce lieu désertique et minéral, ouvert aux vents.

La route Jean Giono : un itinéraire littéraire et touristique

Aujourd’hui, la route Jean Giono, longue d’environ 152 km et ceinturant la montagne de Lure, permet aux passionnés de randonnées littéraires de retracer les pas de l’écrivain. Elle traverse des villages pittoresques, des sites littéraires et des panoramas grandioses évoqués dans ses romans. On découvre ces paysages, de Manosque à la vallée du Jabron, sur le blog d’une lectrice passionnée par Jean Giono.

Jean Giono et André Bucher, chacun d’un côté de la montagne de Lure

Jean Giono regardait vers le nord pour pour apercevoir la montagne depuis chez lui. André Bucher regardait vers le sud. La comparaison entre les deux écrivains est tentante. Leur travail littéraire est différent.

Au cours de cette rencontre, l’auteur (André Bucher) a surtout répondu à de nombreuses questions sur l’agriculture bio. Si son itinéraire fait aussitôt penser à « L’homme qui plantait des arbres » de Giono, son approche littéraire est toute différente : « Je suis plus resserré et elliptique dans les écrits, je ne suis pas un conteur épique, je viens de la poésie… Rick Bass est l’un des auteurs dont je me sens le plus proche ».

Brigitte Faure, la Provence, 12 avril 2016

Lors des Rencontres Giono 2021, organisées par l’association Les amis de Jean Giono, André Bucher dialoguait avec Jean-Yves Laurichesse, spécialiste de Giono et de Claude Simon, mais aussi romancier. Son livre sur l’écriture du monde rural est à l’origine de cette programmation.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *