Haies champêtres : quels sont ses bénéfices pour la biodiversité et l’agriculture durable ?

Fourrage ligneux et haie bocagère
Fourrage ligneux et haies bocagères, ferme des Metz chez Hugues Barrey © Benoît Pupier

La haie champêtre (ou haie bocagère) est bien plus qu’une simple clôture naturelle. Elle représente un élément clé de l’agroécologie et offre une multitude de bénéfices pour la biodiversité, l’agriculture durable et la résilience de nos territoires. De la régulation du climat à l’amélioration des rendements agricoles, en passant par la création d’habitats pour la faune sauvage, découvrez comment la haie champêtre peut transformer positivement nos paysages et nos pratiques.

Qu’est-ce qu’une haie champêtre ?

Une haie champêtre est une structure arborée linéaire, composée d’arbres, d’arbustes et de buissons d’essences variées, généralement locales. On l’appelle aussi haie mélangée. Son utilité et son usage sont primordiaux. Elle contribue à l’identité paysagère et au patrimoine naturel du territoire.

Dans une haie champêtre, on peut retrouver différentes essences d’arbres et d’arbustes, notamment des essences locales.

Arbres de haut-jet

  • chêne (rouvre et pédonculé)
  • frêne
  • châtaignier
  • hêtre
  • merisier
  • cormier
  • alisier torminal
  • tilleul
  • micocoulier
  • pommier
  • olivier
  • amandier

Arbustes

  • aubépine
  • prunellier
  • églantier
  • cornouiller sanguin
  • nerprun purgatif
  • fusain d’Europe
  • noisetier
  • sureau noir
  • troène
  • houx
  • charme bourdaine

Autres ligneux

  • ronces
  • genêts
  • ajoncs
  • chèvrefeuille des bois
  • lierre

Il est important de varier les essences pour favoriser la biodiversité et la résilience de la haie. Les essences locales sont à privilégier, car elles sont adaptées au climat et au sol de la région.

Les multiples fonctions de la haie champêtre

Les haies champêtres présentent une diversité d’intérêts, agissant comme de véritables corridors écologiques et participant à la préservation de la biodiversité. Elles offrent des habitats et des ressources indispensables pour la faune sauvage.

La haie champêtre, un réservoir de biodiversité

La haie champêtre est un refuge pour de nombreuses espèces animales : oiseaux, insectes, chauves-souris. Elle constitue un corridor écologique permettant aux animaux de se déplacer d’un bosquet à l’autre. La présence de la haie champêtre favorise un bon état écologique du milieu.

Une haie champêtre sert d’habitat et de garde-manger pour la faune sauvage.

  • La haie offre de nombreux refuges aux animaux, grâce à ses branches et aux creux dans les troncs.
  • Elle constitue un corridor écologique qui permet au gibier de se déplacer d’un bosquet à l’autre.
  • Elle est un réservoir de nourriture.

Les haies champêtres sont des lieux de nidification, de nourrissage et de repos pour de nombreux animaux. Elles participent à la trame verte et bleue, indispensables à la préservation de la biodiversité d’un territoire.

La diversité des micro-habitats qu’elles offrent répond aux besoins des animaux en termes d’hydratation, de température, d’alimentation et de refuge.

La présence de plusieurs étages de végétation, avec des essences diversifiées adaptées au territoire, favorise la biodiversité. La présence de bois creux dans la haie et de bois mort au sol, ainsi que de ronces, de lianes et de plantes grimpantes d’origine locale, sont autant d’éléments qui contribuent à la richesse de la haie.

Par exemple, le Petit Rhinolophe, une espèce de chauve-souris insectivore, utilise la haie comme corridor de déplacement. Sa présence est un indicateur du bon état écologique du milieu, ce qui en fait une espèce dite « parapluie ».

De nombreux oiseaux fréquentent les haies, tels que la chouette hulotte, qui consomme des petits rongeurs, des lombrics, des insectes, des escargots, des limaces, des grenouilles, des lézards et des petits oiseaux. Elle niche généralement dans un trou de vieil arbre.

La présence de carabes, que l’on retrouve sur les talus, les haies et les bandes enherbées, consomment des ravageurs de cultures et des adventices, jusqu’à deux à trois fois leur poids par jour.

Amélioration des productions agricoles

La haie champêtre contribue à l’amélioration des productions agricoles de plusieurs manières. Elle peut diversifier les productions grâce à la récolte de fruits, de miel ou de bois. Elle protège les cultures du vent, favorisant ainsi un gain de rendement.

Alimentation du bétail

Les branches et feuillages de certains arbres peuvent servir de fourrage pour le bétail. Cette pratique, autrefois très employée, pourrait contribuer à pallier au manque de ressources fourragères les années de grande sécheresse. Aux Metz en Puisaye, l’éleveur Hugues Barrey utilise cela pour nourrir ses bêtes en complément de l’herbe des prairies.

Diversification des productions

La haie peut offrir une large gamme de produits, que ce soit pour la consommation personnelle ou pour la vente, incluant des fruits, du miel, du fourrage, du bois d’œuvre, du bois de chauffage ou encore d’industrie, du BRF (bois raméal fragmenté), et des champignons comme la truffe. La plantation de haies peut être considérée comme une diversification des cultures, assurant ainsi une source de revenu supplémentaire pour l’exploitation agricole.

Protection contre le vent et amélioration du rendement

L’effet brise-vent apporté par la haie protège la culture sur une distance significative, permettant un gain de rendement. La haie filtre le vent et ralentit sa progression, protégeant la culture sur une distance égale à 15 à 20 fois la hauteur de la haie. Des études montrent que les pertes de rendement dues à la compétition pour la lumière, l’eau et les nutriments en bordure de la haie sont largement compensées par les gains de rendement provoqués par l’effet brise-vent. L’augmentation de production sur la surface protégée par le brise-vent est de 5 à 30 % les années où la pluviométrie est limitée.

Confort du bétail

La haie offre un abri naturel pour les animaux, leur permettant de trouver de la fraîcheur à l’ombre des arbres pendant les périodes de fortes chaleurs et de se protéger du vent. Dans les systèmes d’élevage laitier, la présence de haies permet de meilleurs rendements laitiers.

Prévention des contaminations

L’effet brise-vent des arbres permet de diminuer le déplacement des produits phytosanitaires d’une parcelle à l’autre. Les parcelles en agriculture biologique sont alors moins impactées par les traitements des parcelles voisines, et les déplacements d’insectes nuisibles sont limités. Des études ont montré que la présence de haies entre les parcelles pourrait limiter la propagation de la cicadelle, insecte responsable du dépérissement du lavandin, en constituant une barrière physique.

Pollinisation

La haie va attirer des insectes pollinisateurs grâce aux arbres et arbustes mellifères et aux fleurs des herbacées. La fructification va être accrue ce qui va entraîner des gains de rendement (tournesol, protéagineux, légumes…).

Protection des ressources en eau et des sols

La haie champêtre joue un rôle essentiel dans la régulation des eaux. Elle freine les écoulements, favorise l’infiltration de l’eau dans le sol et limite la pollution des eaux souterraines. De plus, elle contribue à la conservation des sols en réduisant l’érosion.

La haie champêtre et le climat

Les arbres absorbent du CO₂ atmosphérique grâce à la photosynthèse et le stockent dans le sol sous forme de matière organique. La plantation de haies contribue à limiter l’impact sur le climat.

Comment implanter une haie champêtre ?

Plusieurs étapes sont nécessaires pour implanter une haie champêtre :

  • évaluer sa motivation et son intérêt pour le projet.
  • concevoir le projet en définissant les objectifs, le choix du site et le système de production.
  • choisir les végétaux adaptés au contexte local et diversifiés.

Pour réussir la plantation d’une haie, il est essentiel de bien préparer le sol, de protéger les jeunes plants et d’assurer un entretien régulier.

Agroforesterie et haie champêtre

La haie champêtre s’inscrit pleinement dans une démarche d’agroforesterie, qui associe des arbres et des cultures ou des pâturages sur une même parcelle agricole. L’agroforesterie favorise la diversité biologique, améliore la fertilité des sols et contribue à la lutte contre le changement climatique.

Pour aller plus loin : qu’est-ce que l’agroforesterie ?

Techniques de gestion durable des haies champêtres

Le plessage

Le guide pratique du plessage de Dominique Mansion
Le guide pratique du plessage de Dominique Mansion aux éditions Ouest-France

Le plessage est une technique ancestrale de gestion des haies vives. Elle consiste à créer une clôture naturelle et vivante en tressant des arbres et arbustes.

Les trognes

Trogne, les Metz
Trogne, haie bocagère, ferme des Metz, chez Hugues Barrey © Benoît Pupier

Les trognes peuvent être un élément important des haies, avec des bénéfices multiples. La création de trognes est une pratique qui favorise la production de biomasse. Les arbres têtards, formés par la taille en trognes, créent des cavités recherchées par les insectes, les oiseaux, et notamment les rapaces nocturnes. D’un point de vue agroécologique, la taille en têtard rend les arbres moins sensibles aux maladies. Les arbres têtards peuvent servir de support vivant à la vigne et réduire l’ombrage sur celle-ci si besoin. Le CPIE Yonne-Nièvre se montre particulièrement intéressé par le bocage et les trognes caractéristiques de la Puisaye-Forterre.

La futaie jardinée

La futaie jardinée est une méthode de sylviculture qui vise à maintenir un peuplement forestier diversifié en âge et en espèces.

Interaction avec les zones humides

Les zones humides et les haies interagissent de manière significative pour la régulation de l’eau, la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. Les haies, surtout perpendiculaires à la pente, protègent les sols de l’érosion en retenant les terres et favorisent l’infiltration de l’eau, contribuant à recharger les nappes phréatiques. Leurs racines drainent et filtrent l’eau, éliminant les polluants.

Les haies atténuent les inondations en augmentant la réserve d’eau et en limitant le ruissellement. Les ripisylves stabilisent les berges et offrent un habitat pour la faune et la flore aquatiques. La diversité des micro-habitats créés répond aux besoins des espèces en hydratation, température et refuge.

Les arbres des haies absorbent le CO2, contribuant à limiter l’impact sur le climat. Ils modifient le microclimat, créant des zones plus fraîches et réduisant l’évapotranspiration, ce qui peut atténuer les effets du changement climatique.

Certains agriculteurs comme Hugues Barrey créent des mares près des haies pour l’abreuvage du bétail.

Diagnostic et valorisation des haies : un enjeu majeur

Installé à Saint-Sauveur-en-Puisaye, le Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) Yonne-Nièvre souligne l’importance de mieux diagnostiquer les haies pour en connaître les bénéfices. La valorisation des arbres ne doit pas se limiter au stockage du carbone, mais prendre en compte l’azote et l’eau. Des diagnostics bocagers à l’échelle des exploitations agricoles sont nécessaires.

« Nous avons un rôle de mise en réseau et de « souleveur » de questions pour le développement durable et la transition écologique. Nos trois sujets majoritaires sont le bocage, l’eau et l’éducation pour l’environnement », cadre Florence Terrasse, la nouvelle chargée de programme « bocage, trognes et agroforesteries » du CPIE. »

Vincent Thomas, L’Yonne républicaine, 3 janvier 2024

Les aides financières et techniques (liste non exhaustive)

Accompagnement technique et financier : le Parc du Verdon propose un accompagnement technique et financier aux agriculteurs dans le cadre des actions Natura 2000 et de la démarche REGAIN.

Conseiller bocage-agroforestier : les agriculteurs peuvent se faire accompagner par un conseiller bocage-agroforestier (AFAC, Association Française d’Agroforesterie, Chambre d’agriculture…) pour réaliser un plan de gestion durable des haies (PGDH) et identifier les aides mobilisables.

Les aides et soutiens en région Bourgogne-Franche-Comté

Le CPIE (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement) Yonne-Nièvre se montre aux petits soins du bocage et des haies si caractéristiques de la Puisaye-Forterre. L’association désire accélérer des diagnostics bocagers à l’échelle des exploitations agricoles en Bourgogne.

Terr’Eau (CUMA de la Nièvre) observe la montée en puissance de la litière bois dans les fermes.

Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) Paillobois.

GIEE Prairies d’or.

France Nature Environnement Bourgogne-Franche-Comté.

Programme Biodiversit’Haies.

Jura Nature Environnement Programme Végétal local.

DREAL Bourgogne-Franche-Comté.

Alterre Bourgogne-Franche-Comté

Autres aides potentielles

Subventions pour les Plans de Gestion Durable des Haies (PGDH) : l’État et les régions peuvent mettre en place des aides pour la réalisation de ces plans.

Eco-régime de la PAC (Politique Agricole Commune) : un « bonus haie » peut s’ajouter si au moins 6% de la surface agricole utile est constituée de haies et qu’un programme de gestion durable de haies certifié est en place.

Paiements pour Services Environnementaux (PSE) : le MTE (Ministère de la Transition Écologique) soutient les PSE sur des territoires à forts enjeux, et la gestion durable des haies peut être un indicateur de performance environnementale. La certification par le label Haie peut être exigée.

Mesures Agroenvironnementales et Climatiques (MAEC) : ces mesures peuvent inclure des aides pour l’entretien du bocage.

Aides fiscales : il est envisagé d’étendre le crédit d’impôt « DEFI Travaux » aux haies gérées durablement dans le cadre d’un PGDH, ou de créer un dispositif fiscal spécifique.

Programmes régionaux : les régions peuvent proposer des aides à la plantation de haies et à l’ingénierie de projet.

Il est important de vérifier les dispositifs spécifiques et les critères d’éligibilité auprès des organismes régionaux et des chambres d’agriculture.

Planter des haies, la résilience des territoires

La haie champêtre est un atout précieux pour la biodiversité, l’agriculture durable et la résilience de nos territoires. En plantant et en entretenant des haies diversifiées, nous pouvons agir concrètement pour préserver l’environnement, améliorer nos pratiques agricoles et valoriser nos paysages.

Sources scientifiques et techniques sur les haies champêtres

Voici les sources principales utilisées pour rédiger cet article :

Concevoir, planter, entretenir sa haie, parc naturel régional du Verdon

Guide de préconisations de gestion durable des haies, Réseau Haies France

La haie, levier de la planification écologique, Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux

Haies et bocages, Office Français de la Biodiversité

La haie agricole, définition et bénéfices, Association Française d’Agroforesterie

Haies et bosquets : la biodiversité est l’affaire de tous !, DREAL de Bourgogne-Franche-Comté

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