Le guide pratique du plessage de Dominique Mansion : haie plessée, technique, entretien

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Guide pratique du plessage Dominique Mansion

Le plessage est une technique ancestrale de gestion des haies vives, consistant à créer une clôture naturelle et vivante en tressant des arbres et arbustes. Cette méthode permet de densifier la haie, la rendant infranchissable pour le bétail tout en préservant sa productivité fourragère.

Le guide pratique du plessage de Dominique Mansion aux éditions Ouest-France offre une approche détaillée de cette technique ancestrale devenue référence pour les agriculteurs et passionnés de savoir-faire ancien.

Qu’est-ce le plessage ?

Le plessage trouve ses origines dans le terme « plessis », désignant historiquement une clôture tressée de branches. Cette technique traditionnelle consiste à inciser partiellement le tronc d’arbres et arbustes pour les coucher et les tresser, créant ainsi une barrière naturelle d’une efficacité remarquable.

Cette clôture végétale vivante présente l’avantage unique de conserver ses propriétés vitales : contrairement aux clôtures mortes, la haie plessée continue de croître, se densifier et évoluer au fil des saisons. Le patrimoine toponymique français témoigne de l’ancienneté de cette pratique, avec de nombreux lieux-dits portant le nom de « Plessis ».

Haie vive et technique du plessage, étape par étape

Période d’intervention

Le plessage s’effectue exclusivement de novembre à mars, hors période de gel. Cette saison du plessage correspond au repos végétatif des arbres, favorisant une meilleure cicatrisation et réduisant le stress pour la plante.

L’incision : cœur de la technique traditionnelle

L’efficacité d’une clôture naturelle infranchissable repose sur la précision de l’incision. Cette entaille doit être réalisée avec un gouet bien affûté, en biais à 30° environ, ne conservant qu’une charnière d’écorce et d’aubier d’1 à 2 cm de largeur.

Étapes de l’incision :

  • Incision verticale sur les ¾ du diamètre du tronc
  • Conservation d’un « talon » d’écorce pour maintenir la circulation de sève
  • Angle d’incision permettant le couchage sans rupture
  • Préservation de l’aubier pour assurer la survie de l’arbre

Le couchage et le tressage

Technique du plessage de haie Dominique Mansion

Une fois incisés, les arbres sont couchés et tressés entre des poteaux espacés d’environ 50 cm. Cette technique traditionnelle permet de maintenir la circulation de sève tout en rendant le tronc suffisamment souple pour le façonnage.

La rigidité de l’ensemble est assurée par :

  • Le plessage des branches secondaires entre les piquets
  • Une tresse finale de gaulettes de noisetier
  • La parure (taille de finition) de la haie plessée

Quand réaliser un plessage ?

La période idéale : novembre à mars

La saison du plessage s’étend strictement de novembre à mars, hors gel. Cette fenêtre temporelle correspond au repos végétatif des arbres, période où :

  • La sève circule au ralenti, limitant les écoulements
  • Les défenses naturelles de l’arbre sont optimales
  • La cicatrisation des plaies s’effectue dans de meilleures conditions
  • Les risques de maladies ou parasitoses sont réduits

Conditions météorologiques optimales

Pour un entretien plessage réussi, privilégiez :

  • Temps sec et sans gel
  • Absence de vent fort (facilite le travail)
  • Sol portant (évite le tassement)

Essences adaptées au plessage de haie

Essences recommandées pour la haie champêtre

Le plessage peut être réalisé avec la plupart des arbres et arbustes autochtones. Les essences les plus adaptées à cette clôture végétale vivante sont celles qui présentent une certaine souplesse et une bonne capacité de cicatrisation.

Essences particulièrement appropriées :

  • Noisetier : flexibilité exceptionnelle, croissance rapide
  • Érable champêtre : souplesse et longévité remarquables
  • Aubépine : densité naturelle, excellente pour les haies bocagères
  • Prunellier : épines dissuasives, résistance aux intempéries
  • Charme : croissance régulière, bonne tenue de la structure
  • Chêne : longévité exceptionnelle de la haie vivante
  • Hêtre : feuillage persistant en hiver (marcescent)
  • Merisier : apport fruité pour la faune
  • Fusain, groseillier, néflier : diversité écologique

Essences complémentaires :

  • Saule : flexibilité remarquable pour le tressage saule
  • Aulne et bouleau : croissance rapide, bon pionnier

Critères de sélection

Pour une haie tressée optimale :

  • Diamètre des brins : ne pas excéder 5 à 6 cm
  • Âge des sujets : entre 7 et 12 ans pour la meilleure flexibilité
  • Essences locales privilégiées pour l’adaptation au terroir

Essences déconseillées

Certaines espèces ne conviennent pas au plessage bocager :

Robiniers : épines dangereuses, bois dur

Conifères : rigidité excessive, mauvaise cicatrisation

Peupliers : bois cassant, croissance trop rapide

Outils nécessaires pour le plessage

Outillage traditionnel

  • Gouet (serpe à manche court) : outil emblématique pour l’incision
  • Gants épais : protection contre les épines et échardes
  • Maillet : enfoncement des piquets de châtaignier
  • Sécateur : taille de finition et parure

Outillage moderne

  • Tronçonneuse : pour les gros diamètres (avec précaution)
  • Scie sabre : précision accrue pour l’incision
  • Ébranchoir : taille en hauteur facilitée

Sécurité de l’opérateur

Le plessage nécessite des précautions particulières :

  • Port d’équipements de protection individuelle
  • Maîtrise des techniques de coupe
  • Vigilance lors du couchage des arbres

L’évolution et la gestion de la haie plessée

Le guide aborde l’évolution et la gestion de la haie plessée, incluant la taille, le surplessage et le recépage.

Ce manuel illustré offre une ressource complète pour les agriculteurs et les passionnés, détaillant chaque étape du processus de plessage, de la préparation initiale à la finition. Il explore également les variations régionales de la technique et son adaptation aux contextes modernes.

En plus du plessage, l’ouvrage présente d’autres méthodes de clôtures utilisant du bois vivant ou mort, comme le bouturage tressé, le tressage grillagé, le fascinage, le clayonnage, la haie branchée et la haie sèche.

Impact écologique et biodiversité du plessage

Un corridor écologique essentiel

La haie plessée constitue un maillon fondamental de la biodiversité bocagère. Contrairement aux clôtures artificielles, cette clôture végétale vivante offre gîte et couvert à une faune diversifiée, participant activement aux équilibres écologiques locaux.

Bénéfices pour l’agroécologie

En agroécologie, la haie vivante plessée remplit plusieurs fonctions complémentaires :

Protection contre l’érosion : le système racinaire dense et étagé stabilise efficacement les sols, particulièrement sur les terrains pentus. Les racines superficielles retiennent les particules fines tandis que les racines profondes drainent l’excès d’eau.

Corridor écologique : la haie bocagère facilite les déplacements de la petite faune (hérissons, belettes, musaraignes) et constitue un réseau de communication essentiel pour maintenir les populations animales.

Habitat pour oiseaux nicheurs : la densité de la structure plessée offre protection et sites de nidification privilégiés. Les épines de l’aubépine et du prunellier découragent les prédateurs, créant des zones refuges optimales.

Refuge pour insectes pollinisateurs : la floraison échelonnée des essences (aubépine en mai, ronces en juin, lierre en automne) nourrit les pollinisateurs sur une longue période, soutenant les populations d’abeilles sauvages et domestiques.

Stockage carbone et régulation climatique

La haie champêtre plessée constitue un puits de carbone significatif :

  • Stockage dans la biomasse aérienne et souterraine
  • Enrichissement du sol en matière organique
  • Régulation thermique par l’évapotranspiration
  • Création de microclimats favorable à la biodiversité

Préservation du patrimoine paysager

Au-delà de ses fonctions écologiques, le plessage maintient le patrimoine paysager traditionnel. Ces haies bocagères structurent le paysage rural depuis des siècles, témoignant d’un savoir-faire ancien aujourd’hui reconnu comme patrimoine vivant par l’UNESCO.

Dominique Mansion et la transmission du savoir-faire

Un artiste et militant écologiste au service du patrimoine naturel

Dominique Mansion, né en 1952 à Chauvigny-du-Perche, est un artiste-plasticien et auteur français. Illustrateur botaniste et naturaliste talentueux, il est connu pour ses dessins de la Flore forestière française et son engagement en faveur de la protection de la nature. Fondateur de l’association Perche Nature en 1980, Mansion est un fervent défenseur des trognes et du paysage percheron. Diplômé des Beaux-Arts de Tours, il a travaillé comme animateur et au Conservatoire des espaces naturels de Loir-et-Cher. Artiste polyvalent, Mansion s’exprime à travers le dessin, la sculpture, la peinture et la photographie. Son œuvre artistique et son militantisme écologique font de lui une figure emblématique de la protection de l’environnement dans le Perche Vendômois.

Rencontre autour des arbres et des haies plessées André Bucher et Dominique Mansion

Rencontre avec l’écrivain André Bucher

Rencontre inédite du trognologue Dominique Mansion avec l’écrivain-paysan André Bucher, entre terre et ciel, vendredi 13 mars 2020, au lendemain d’une journée de formation agroforesterie et trognes dans la vallée du Jabron.

André Bucher est une figure du nature writing en France.

Une vie avec les arbres dans la nature, André Bucher

À l’écart est un récit où André Bucher raconte son parcours de vie d’écrivain-paysan, ancré dans la vallée du Jabron. Il y partage son amour de la littérature, né dès l’enfance malgré le manque d’appétence de son entourage pour les livres. Le livre retrace ses choix : devenir agriculteur bio pionnier dans une vallée isolée, vivre la terre l’été, écrire l’hiver.

Bucher interroge son rapport à la nature, au nature writing et à la nécessité de tisser un imaginaire pour préserver la beauté du lieu. Il évoque la rudesse de la vie en milieu rural, l’importance du partage et d’une éthique du respect du vivant. L’écriture sert à donner voix aux êtres, humains comme non-humains, déconstruisant ainsi l’opposition classique entre nature et culture.

Ce texte, entre confidences et méditation poétique, dessine une « géographie intime » nourrie par la sensibilité écologique et littéraire de l’auteur.

Une clôture naturelle infranchissable

Au-delà de son esthétique champêtre et de sa fonction écologique, le plessage excelle en tant que barrière naturelle. Une fois les arbres et arbustes tressés et solidifiés, la haie devient une véritable muraille végétale. Les branches entrelacées forment un réseau dense et impénétrable, dissuadant efficacement le passage du bétail, des animaux sauvages et même des intrus. Cette clôture vivante offre une alternative durable et respectueuse de l’environnement aux clôtures traditionnelles en métal ou en bois traité, tout en participant à la création d’un écosystème favorable à la biodiversité.

FAQ haie tressées vivantes

Qu’est-ce que le plessage ?

Le plessage est une technique traditionnelle qui consiste à entailler et coucher les arbres d’une haie pour créer une clôture vivante, solide et écologique.

Quelle est la différence entre une haie plessée et une haie classique ?

La haie plessée est tressée et structurée comme une barrière végétale, alors qu’une haie classique pousse librement et nécessite davantage de tailles régulières.

Quelles essences d’arbres utiliser pour le plessage ?

On privilégie les essences souples comme l’aubépine, le prunellier, le charme, le noisetier ou encore l’érable champêtre. Les conifères et peupliers sont déconseillés.

Quand réaliser un plessage ?

La période idéale s’étend de novembre à mars, hors gel. C’est le moment où les arbres sont en repos végétatif, ce qui favorise la cicatrisation.

Combien de temps dure une haie plessée ?

Une haie plessée bien entretenue peut durer 15 à 20 ans avant d’être surplessée ou recépée pour se régénérer.

Quels sont les avantages écologiques du plessage ?

La haie plessée favorise la biodiversité (oiseaux nicheurs, insectes pollinisateurs), limite l’érosion, stocke du carbone et préserve le paysage bocager.

Existe-t-il différentes techniques de plessage ?

Oui, chaque région a développé son style : plessage du Perche, des Mauges, de l’Avesnois, ou encore les styles anglais comme le « Midland hedge laying ».

Sources complémentaires

Fonds Dominique Mansion : archives historiques des ministères de la Cohésion des territoires et de la Transition écologique et solidaire.

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