Dessiner les jardins en BD : Fred Bernard et Simon Hureau

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Carnet d'un voyageur immobile par Fred Bernard

Une sélection joyeuse de BD et romans graphiques pour visiter les jardins, découvrir la nature, la faune et la flore, la biodiversité. Des bandes dessinées pour dialoguer avec le vivant !

Hommage à la nature : le jardin bourguignon de Fred Bernard

Carnet d’un voyageur immobile dans un petit jardin, Fred Bernard, 2020, Albin Michel

Fred Bernard dessine la vie de son jardin
La nature et la biodiversité, dessinées par Fred Bernard

Fred Bernard, né à Beaune, a acheté en 1999 un bout de terrain dans un petit village de Bourgogne. Il a défriché, conservé certains arbres, poirier, saule marsault, bambou, noisetier, sureau… Il a installé des nouveaux plants, enfoui des bulbes, observé les pousses sauvages. Il a regardé vivre cette petite jungle, ce petit théâtre rempli d’insectes, d’oiseaux. « Un jardin de curé défroqué tombé amoureux d’une vieille geisha » dit-il ! Fred Bernard est dessinateur, alors il a écrit, dessiné ses observations au quotidien, au fil des saisons. C’est un carnet intime de peintre-jardinier à l’aquarelle. Les hirondelles chantent, les escargots philosophent.

Dans ce carnet de 200 pages, Fred Bernard se fait entomologiste, naturaliste, zoologue, jardinier, expérimentateur du vivant, botaniste, historien des sciences. L’ouvrage est le fruit d’une longue gestation, commencée lors de l’acquisition de la propriété en 1999, mais qui s’est concrétisée avec l’installation permanente de l’auteur en 2018.

Fred Bernard rend hommage aux écrivains, poètes et philosophes de la nature, Colette, née elle aussi en Bourgogne, René Char, Alexandre Smith, Robert Louis Stevenson, Robert Southey, William Shakespeare, Louise de Vilmorin, Pierre de Ronsard… Il fait la liste des lépidoptères du jardin, raconte l’histoire du château du Clos de Vougeot, car ce livre est aussi une visite de lieux emblématiques de Bourgogne.

Fred Bernard observe Melvil, son fils, converser avec les lézards.

L’auteur commente : « profiter de la terre fertile, porter attention à la lumière, aux couleurs, à la chaleur, organiser et prévoir … l’art de jardiner est complet. » Le livre se termine par une dédicace à La Hulotte, une revue naturaliste que Bernard admire pour ses qualités pédagogiques et son humour.

Carnet d’un jardinier amoureux du vivant, 2023, Fred Bernard

Le Covid est passé par là. Et la nature continue de remplir la vie du jardin. Sa loupe à la main, Melvil continue de soulever les pierres pour découvrir un monde minuscule. Fred parle de son frère, de leur enfance, des salamandres qu’ils ramenaient dans le bassin. Le dessinateur et son petit monde avec lui s’inquiètent de l’état de la planète, du réchauffement climatique. Voici cité Philippe Descola à propos de la représentation de la nature chez les Amérindiens. Dans ce nouveau récit illustré le domaine gagne 200 m2 racheté aux voisins. La glycine est magnifique.

Ce deuxième ouvrage s’inscrit dans la continuité du premier, avec plus de 200 pages supplémentaires d’observations et de réflexions. Bernard y approfondit ses thèmes de prédilection tout en intégrant les changements survenus depuis la publication du premier livre, notamment l’impact de la pandémie sur notre rapport à la nature. L’auteur y développe également une réflexion plus poussée sur les enjeux environnementaux (clin d’œil à Denis Cheissoux), tout en conservant le style intime et poétique qui caractérise son travail.

Fred Bernard commente : « ce jardin est devenu mon laboratoire, mon terrain d’observation et d’expérimentation. Chaque jour apporte son lot de surprises et de découvertes. » L’ouvrage, comme le précédent, est richement illustré d’aquarelles prises sur le vif, offrant un témoignage visuel et sensible de l’évolution du jardin au fil des saisons.

Un jardin en bord de Loire : l’émerveillement de Simon Hureau

L’Oasis, Simon Hureau, 2020, Dargaud

Le jardin de Simon Hureau
La création d’un jardin, par Simon Hureau

Simon Hureau, installé à Langeais en bord de Loire, entre Tours et Saumur, a transformé un jardin délaissé en un véritable havre de biodiversité. Le jardin était l’un des principaux critères pour acheter la maison. Comme Fred Bernard en Bourgogne, il observe, dessine et raconte la métamorphose de son petit coin de nature au fil des saisons.

Sans connaissances particulières en jardinage, Hureau se lance dans cette aventure avec passion et détermination. Il défriche, plante, sème, et laisse la nature reprendre ses droits. La palme du pire revient au thuya, présent sur site pour tracer la haie. Vite, arrachons ! Le jardin devient un théâtre vivant, peuplé d’insectes, d’oiseaux et de petits mammifères qu’il observe avec émerveillement.

Hureau adopte une approche écologique, bannissant produits chimiques et tondeuses, favorisant la faune locale. Il récupère, bricole, expérimente, tout en documentant ses découvertes dans des planches richement illustrées.

L’auteur rend hommage à la résilience de la nature, s’émerveillant devant la capacité du vivant à reconquérir un espace abandonné. Il partage ses réflexions sur l’écologie, sur l’importance de la biodiversité et notre rapport à l’environnement, tout en gardant un ton léger et humoristique.

La préface de Gilles Clément, figure emblématique du paysage et du jardin en mouvement, pour L’Oasis est une invitation à redéfinir notre rapport au monde. Loin des chiffres et des jardins ordonnés, il nous plonge dans l’émerveillement de la vie foisonnante, où même les araignées ne sont plus des ennemies.

Clément nous encourage à oublier les frontières et à observer comment le vent et les oiseaux ignorent le cadastre. Il salue le jardinier téméraire et inventif qui crée un havre de biodiversité, défiant les conventions et les tenants de la bienséance.

Selon Clément, l’architecture du jardin de demain se crée sur le terrain, en harmonie avec le climat et le sol. Il s’agit d’un « jardinage par soustraction« , laissant la nature s’exprimer librement et accueillant les espèces spontanées.

Il nous exhorte à nous défaire de la chimie toxique, afin de préserver la vie du sol et de découvrir les trésors cachés de notre propre jardin. Chaque question posée au jardin devient alors un dialogue universel avec la nature. Pour Gilles Clément, l’Oasis n’est pas qu’un jardin, c’est une leçon de vie.

Pour aller plus loin :

L’écriture de la nature

André Bucher, écrivain paysans et planteur d’arbres

Découvrir le plessage, la futaie jardinée, l’agroforesterie

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