Le bocage de Puisaye : un paysage de haies et de prairies

Entre chemins creux, haies sinueuses et prairies ondoyantes, le bocage est bien plus qu’un simple paysage : c’est une mémoire vivante du territoire. En Puisaye, ce relief doux et tissé de nature façonne autant le regard que les habitudes agricoles. Et cet univers, l’artiste Marcel Poulet l’a capté avec une sensibilité rare dans ses toiles. Mais que signifie vraiment « bocage » ? Et pourquoi ce paysage inspire-t-il autant qu’il structure notre rapport à la terre ?


Qu’est-ce qu’un bocage ?

Le bocage est un type de paysage rural traditionnel caractérisé par :

  • des parcelles agricoles entourées de haies vives (souvent de chênes, aubépines, noisetiers…).
  • des talus, de petits fossés surélevés qui délimitent les champs.
  • une fragmentation du terrain en une mosaïque de prairies, cultures et bois.
  • un réseau dense de chemins creux, vestiges des anciens passages agricoles, souvent bordé de trognes en Puisaye.

À la différence des paysages de type « openfield » (ouverts), le bocage est cloisonné, intime, presque secret. Il protège du vent, abrite la biodiversité et favorise les sols vivants.


Le bocage, héritage vivant de la Puisaye

Le bocage, pilier de l’identité locale

En Puisaye, le bocage est omniprésent. Il épouse le relief naturel, structure les campagnes, et raconte des siècles de cohabitation entre humains et nature. Ce territoire de l’Yonne, à la frontière du Loiret et de la Nièvre, a su préserver cette trame paysagère unique.

Pourquoi ? Parce que le bocage ici n’est pas qu’un cadre de vie : il est un pilier de l’identité locale.

  • Il soutient une agriculture plus durable, fondée sur la polyculture et l’élevage extensif.
  • Il joue un rôle écologique majeur : corridors pour la faune, réservoirs de biodiversité, puits de carbone naturels.
  • Il est profondément esthétique, avec une diversité de couleurs et de formes à chaque saison.

Bouchures de Puisaye, les haies du bocage poyaudin

Autrefois, les haies de Puisaye, appelées « bouchures » ou « bouchues », remplissaient plusieurs fonctions vitales :

  • Empêcher la divagation des bêtes : les haies servaient à parquer les animaux. L’invention du fil barbelé a simplifié cette tâche, mais les talus bordés de fossés subsistent encore en lisière de bois.
  • Fournir du bois de chauffage : les haies étaient une source de combustible pour les foyers et la cuisson. Les coupes de bois étaient un commerce important avec Paris jusqu’au XIXe siècle.
  • Fournir l’énergie pour les usages artisanaux : les poteries et tuileries locales consommaient beaucoup de bois et de fagots, notamment pour les fours à poterie.
  • Fournir des fruits : les haies comprenaient divers arbres fruitiers comme pommiers, noyers, et cerisiers.
  • Nourrir le bétail : les rameaux feuillés des haies, appelés feuillards, servaient de complément alimentaire pour les animaux, surtout en période de sécheresse. Cette pratique de fourrage ligneux est toujours présente, chez l’éleveur Hugues Barrey.
  • Limiter les propriétés : en Puisaye, les haies marquaient les limites des propriétés. Leur entretien et plantation suivaient des règles précises pour éviter les litiges.
  • Gérer l’eau : les haies et fossés jouaient un rôle dans la gestion de l’eau, permettant l’abreuvement des prés et le drainage des excès d’eau.

Ce paragraphe est un résumé rédigé à partir du livre d’Alice de Vinck, Bouchures de Puisaye, les haies du bocage poyaudin : origine, fonctions, savoir-faire, Station de Recherche Pluridisciplinaire des Metz, Saint Sauveur en Puisaye, 1993.


Marcel Poulet, le regard du peintre sur le bocage

Bocage, peinture a tempera, Marcel Poulet
Bocage, 80×80 cm, 2013, peinture a tempera, Marcel Poulet

Marcel Poulet, artiste enraciné en Puisaye, a su traduire la poésie du bocage dans sa peinture. Dans ses œuvres, la structure des haies devient lignes de force, les arbres des sentinelles silencieuses, et les champs des territoires colorés.

Chez lui, le bocage n’est pas décoratif : il est émotion. Il parle du lien à la terre, du passage du temps, de la mémoire des lieux.


Préserver le bocage, c’est préserver notre patrimoine

Aujourd’hui, le bocage est menacé par certaines pratiques agricoles intensives, l’urbanisation ou l’abandon des haies. Pourtant, il représente une solution concrète face aux défis climatiques et écologiques.

En Puisaye, des initiatives locales menées permettent de :

  • Réhabiliter les haies.
  • Valoriser les savoir-faire paysans.
  • Sensibiliser à l’importance du bocage dans le paysage et la culture.

Le BIRD (Bocage Indispensable Réservoir de Diversité) se définit ainsi comme « un collectif pour une action radicale de sauvegarde du patrimoine naturel de la Puisaye-Forterre en réunissant des citoyens, des professionnels et les collectivités locales afin de mettre en œuvre une gestion efficace et pérenne du bocage ».

Ce collectif tente d’ouvrir un dialogue avec les collectivités pour la mise en œuvre d’une charte des bonnes pratiques. Il installe des panneaux explicatifs.

En tant qu’artiste, agriculteur, promeneur ou habitant, nous avons tous un rôle à jouer pour maintenir ce patrimoine vivant.


🌿 Redécouvrir le bocage, c’est apprendre à voir autrement. C’est ralentir, ressentir, et renouer avec un paysage aussi humble que précieux.

Bocage, peinture a tempera de Marcel Poulet
Bocage, 100×100 cm, 2003, peinture a tempera, Marcel Poulet

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