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L’agriculture dans l’Yonne représente 72% du territoire départemental, soit 422 000 hectares. Derrière ce chiffre, 2847 exploitations façonnent le paysage icaunais : céréaliers dominant 60% des surfaces, viticulteurs cultivant 16 000 hectares d’appellations prestigieuses, éleveurs maintenant 45 000 bovins. 409 exploitations ont déjà basculé dans le bio, 150 expérimentent l’agroforesterie. Pourtant, cette agriculture traverse une période de tension sans précédent. Entre normes environnementales pressantes, revenus insuffisants et concurrence déloyale, les agriculteurs icaunais doivent composer avec des transitions subies autant que choisies. Comment ce territoire essentiellement rural concilie-t-il production, rentabilité et écologie ?
📊 Les chiffres clés de l’agriculture de l’Yonne (89)
- 2 847 exploitations agricoles (2020)
- 422 000 hectares de SAU (72% du territoire)
- 5 400 actifs agricoles permanents
- 148 hectares : taille moyenne des exploitations (contre 95 ha en 2000)
- 409 exploitations bio (14,4% des fermes)
- 35 000 hectares certifiés bio (8,3% de la SAU)
- 60% de la SAU en céréales
- 140 000 ha de blé tendre
- 45 000 ha d’orge
- 35 000 ha de colza
- 16 000 hectares de vignes
- 45 000 têtes de bovins (Charolaise principalement)
- 350 exploitation spécialisées en élevage bovin
Selon l’Insee la SAU est est une notion normalisée dans la statistique agricole européenne. Elle comprend les terres arables (y compris pâturages temporaires, jachères, cultures sous abri, jardins familiaux…), les surfaces toujours en herbe et les cultures permanentes (vignes, vergers…).
🍇 Les chiffres-clés de la viticulture dans l’Yonne
- 16 000 hectares de vignes dans l’Yonne 5 appellations : Chablis, Auxerre, Tonnerre, Joigny, Vézelay
- 38 000 hectares en 1850 → 550 hectares en 1955 (phylloxéra + guerres) → renaissance depuis 1960
- 2ᵉ département viticole de Bourgogne en surface (après la Saône-et-Loire)
- 5 866 hectares pour le vignoble de Chablis (2023)
- 19% du volume total des vins de Bourgogne produit à Chablis
- 39,8 millions de bouteilles produites en moyenne par an (2019-2023)
- Cépages : Chardonnay (Chablis), Pinot Noir, Aligoté, Gamay (Auxerrois et autres appellations), Syrah (EARL du Bourg à Senan)
- 4 appellations Chablis : Petit Chablis, Chablis, Chablis Premier Cru (40 climats), Chablis Grand Cru (7 crus)
- 364 domaines viticoles à Chablis + La Chablisienne (coopérative : 25% de la production chablisienne)
- Plus de 67% des ventes de Chablis à l’export (Royaume-Uni (22%), États-Unis, Japon)
🌱 Les chiffres-clés de l’agriculture biologique dans l’Yonne
Les dernières statistiques montrent que la part certifiée en bio dans l’Yonne représente entre 11% et 14,3% de la surface agricole utile, soit entre 35000 et près de 60000 hectares selon la méthode de calcul et l’année (en hausse jusque 2022 puis légère baisse).
Le rythme de croissance annuelle a atteint +10 à +13% par an entre 2015 et 2020, mais la dynamique est en ralentissement depuis 2023 du fait des arrêts et reconversions. La dynamique, bien réelle depuis 2015, reste fragile : les exploitations bio subissent actuellement des difficultés de marché et de rentabilité qui ralentissent la transition.
Le taux de croissance annoncé dans les rapports pour l’agriculture bio dans l’Yonne concerne principalement l’augmentation des surfaces agricoles certifiées bio, mais les deux indicateurs – surface et nombre d’exploitations – progressaient de façon corrélée jusqu’en 2022, avant une relative stagnation du nombre d’exploitations tandis que les surfaces continuaient d’évoluer rapidement.
- Surfaces agricoles bio : le taux de croissance annuel dans l’Yonne s’applique surtout à l’extension des surfaces certifiées. Par exemple, sur la période récente, les surfaces bio et en conversion ont augmenté de 26,9% sur 5 ans (soit une moyenne d’environ +5% par an).
- Nombre d’exploitations bio : l’augmentation du nombre d’exploitations a été forte entre 2010 et 2020, souvent proche de +10 à +12% annuels, mais tend à ralentir ces derniers temps. Les surfaces progressent désormais plus vite que le nombre d’exploitations, ce qui traduit une concentration ou un agrandissement des unités bio existantes.
⚡ Les défis de l’agriculture de l’Yonne
La mobilisation de janvier 2024 : un cri d’alarme
Les agriculteurs de l’Yonne ont exprimé leur ras-le-bol face à :
- Rémunération insuffisante : « travailler pour rien » n’est plus acceptable
- Bureaucratie excessive : une journée de paperasse par semaine
- Concurrence déloyale européenne sans protection française
- Conditions exigeantes : 50-60h de travail hebdomadaire, 7j/7 pour les éleveurs
La question des pesticides au cœur des débats
L’agriculture icaunaise se trouve prise dans les tensions nationales autour de la loi Duplomb, adoptée le 8 juillet 2025. Cette controverse révèle les contradictions auxquelles font face les agriculteurs :
- Le paradoxe réglementaire : interdiction française vs autorisation européenne
- Mobilisation citoyenne record : 2,1 millions de signatures contre la loi
- Censure constitutionnelle : le Conseil constitutionnel tranche le 7 août 2025
- Transition nécessaire : besoin d’accompagnement vers des alternatives
Dans l’Yonne, cette problématique résonne avec les préoccupations exprimées en janvier 2024 : comment concilier protection de l’environnement et viabilité économique ?
Peut-on tuer réglementairement ? C’est ce que prépare une déréglementation agricole portant notamment sur les pesticides (loi Duplomb sur les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur). Nous dispersons allègrement 70000 tonnes de pesticides par an en France. Ils finissent dans notre eau : sa dépollution coûte près d’un milliard d’euros (estimation 2011, rien depuis !), mais la détection est insuffisante (de quelques dizaines à 500 sur les 700 substances connues, selon les régions) et ne détecte pas les dérivés inconnus. Nous pelons allègrement nos fruits (adieu la peau et ses vitamines et antioxydants) mais cela ne nous empêche pas d’absorber des pesticides. Sans risque ? Nos agriculteurs sont les canaris dans la mine : +25% de myélomes, +50% de lymphomes par rapport à la population générale (étude Agrican), +13% d’Alzheimer à 55 ans… En outre, le projet Duplomb ne gère pas l’impasse financière où se trouve l’agriculture. Santé, revenu : voilà les vraies contraintes des agriculteurs ! (…)
Marc-André Sélosse, professeur du Muséum national d’Histoire naturelle et à l’Institut Universitaire de France, Linkedin, mai 2025
Les enjeux climatiques
- Réchauffement climatique : +1,5°C depuis 1960 dans l’Yonne
- Stress hydrique croissant : -15% de pluviométrie estivale
- Nouveaux ravageurs : adaptation nécessaire des pratiques
- Modification des cycles : décalage des périodes de semis et récolte
➡️Transition écologique en France 2025 : la Cour des comptes dresse un bilan contrasté et formule 6 recommandations clés.
👨🌾Les transformations positives de l’agriculture icaunaise
Transition agroécologique en marche
- Agroforesterie : 150 exploitations engagées
- Agrivoltaïsme : premiers projets pilotes à Sens et Auxerre
- Agriculture de précision : GPS, drones, capteurs connectés
- Couverts végétaux : 85% des exploitations céréalières
Vers une agriculture plus sobre en pesticides
- Agriculture biologique : 409 exploitations engagées (+11%/an)
- Groupements d’agriculteurs : partage d’expériences et de matériels
- Expérimentations locales : voir les exemples de La Ferme Vivante 89.10 en agriculture bio et conservation des sols du côté de Sens ou de Hugues Barrey en Puisaye pour un élevage bio en dialogue avec la nature.
- Formation continue : accompagnement technique par la Chambre d’agriculture ou l’Association Française d’Agroforesterie.
Circuits courts et proximité
- 180 producteurs en vente directe
- 15 AMAP actives sur le territoire
- 25 magasins de producteurs et marchés fermiers
- Lancement de la Sécurité Sociale de l’Alimentation dans l’Yonne
🌟 Portraits d’agriculteurs engagés dans l’Yonne
La Ferme Vivante 89.10, agriculture bio et vente directe dans l’Yonne
La Ferme Vivante 89.10, située à Bagneaux dans l’Yonne et gérée par Mélanie et Jean-François Petit sur 325 hectares, est un laboratoire d’agroécologie. Convertie à l’agriculture biologique en 2015, elle expérimente le semis direct sous couverts permanents pour réduire les interventions et maximiser la couverture du sol. L’objectif est de nourrir la vie du sol, préserver l’eau et viser l’autonomie, notamment grâce à l’association de légumineuses pérennes comme la luzerne et le sainfoin. La ferme cultive des céréales rustiques, lentilles et sarrasin, et intègre un troupeau de 50 brebis Manech tête noire pour dynamiser l’écosystème. Elle s’engage également dans la replantation de haies pour l’agroforesterie et participe au projet de Sécurité Sociale de l’Alimentation de l’Yonne. Ce modèle vise à « faire alliance avec la nature » et valorise la fertilité naturelle des sols.
👨🌾 Respecter la nature : Hugues Barrey, éleveur bovin bio en Puisaye
Hugues Barrey est un éleveur bovin biologique installé à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne), au lieu-dit Les Metz, incarnant une agriculture durable. Sa ferme est un écosystème autonome, avec pour seul intrant le fuel du tracteur, prônant le travail avec la nature. Il pratique l’élevage extensif sur prairies naturelles, le pâturage tournant dynamique et l’agroforesterie (arbres fourragers). Son engagement pour la préservation des zones humides est exemplaire, en partenariat avec le Conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne. Refusant les étiquettes productivistes, son système est particulièrement résilient face aux sécheresses. Il est le sujet du film « Hugues Barrey, jardinier-éleveur » et accueille sur sa ferme un parcours artistique en collaboration avec l’artiste Pierre Marty.
Viticulture durable : l’exemple du domaine Céline Coté
Dans le Tonnerrois, le domaine Céline Coté illustre la transition agroécologique viticole icaunaise sur ses 5 hectares cultivés en biodynamie. Ce domaine utilise la traction animale avec Absinthe, sa jument comtoise, et privilégie les pratiques respectueuses de l’environnement sur des terroirs calcaires d’exception aux lieux-dits « Les Boutôts » et « Les Noirots ». À l’image des 409 exploitations bio du département, cette exploitation démontre que l’agriculture icaunaise peut concilier excellence qualitative et préservation environnementale.
📈 Objectifs 2030 pour l’agriculture dans l’Yonne
- 20% de surfaces bio (vs 8,3% aujourd’hui)
- 500 km de haies replantées dans le cadre du plan agroforesterie
- 50% d’exploitations équipées en agriculture de précision
- Neutralité carbone pour 30% des exploitations céréalières
L’ambition régionale et nationale vise 20% de surfaces bio d’ici 2030, ce qui est confirmé dans les documents officiels et les communiqués régionaux.
Actuellement, la trajectoire du département est cohérente avec cet objectif, à condition que la dynamique reprenne (des mesures d’accompagnement sont discutées pour soutenir les exploitations bio).
FAQ Agriculture dans l’Yonne
Combien d’exploitations agricoles dans l’Yonne ?
2 847 exploitations recensées en 2020, contre 3 180 en 2010.
Quelle est la surface agricole de l’Yonne ?
422 000 hectares de SAU, soit 72% du territoire départemental.
Quelle est la part de l’agriculture bio ?
409 exploitations bio (14,4%), soit 35 000 hectares certifiés (8,3% de la SAU).
Quelles sont les principales productions ?
Céréales (60% de la SAU), viticulture (16 000 ha), élevage bovin (45 000 têtes).
Sources
Chambre d’agriculture de l’Yonne
Observatoire prospectif de l’agriculture de Bourgogne-Franche-Comté
Conseil départemental de l’Yonne – Données 2023-2024