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La Ferme Vivante 89.10, située à Bagneaux, au cœur de la Champagne sénonaise près de Sens (Yonne), propose la vente directe à la ferme 89 de produits bio issus de l’agriculture biologique et de l’agroécologie. Ce laboratoire vivant, animé par Mélanie et son mari, s’engage à “faire alliance avec la nature” à travers une pratique régénératrice centrée sur la vie des sols, la réduction des interventions, la préservation de l’eau et de l’habitat naturel. La ferme vous accueille pour découvrir ses farines anciennes, lentilles biologiques et agneaux élevés en plein air, offrant aux habitants de l’Yonne et des environs de Sens un accès privilégié à des produits bio, locaux, en circuit court.
Hangar de la ferme, champs, les Essards, Bagneaux, mai 2024
Produits bio en vente directe près de Sens (89)
Agriculture locale et durable en Bourgogne
La ferme combine la vente en circuit long via la coopérative 100% bio Cocebi et le développement de la vente directe. La vente directe de farines, lentilles et agneaux s’effectue en local à Saint-Clément et Bagneaux, près de Sens, notamment via un drive fermier.
Les farines anciennes constituent la spécialité de cette ferme bio dans l’Yonne : engrain, épeautre non hybridé, blés anciens et avoine blanche sont cultivés en céréales rustiques qui bénéficient des sols enrichis naturellement par les légumineuses pérennes. Ces farines biologiques conservent leurs qualités nutritionnelles grâce à l’absence totale d’intrants chimiques et aux rendements modérés de 10 à 15 quintaux par hectare qui privilégient la qualité.

Les lentilles biologiques poussent dans cette même logique de régénération des sols, où la luzerne, le sainfoin et le trèfle blanc fixent l’azote atmosphérique et structurent le sol en profondeur. Cette synergie naturelle produit des légumineuses riches en protéines végétales, parfaites pour une alimentation bio locale.
« Lorsqu’on sent la farine, on retrouve les parfums du terroir et même le trèfle blanc qui partage le sol des blés. (…) J’ai pu tester, cuisiner presque la totalité des farines pour faire mon pain au levain, pizzas, buns à burger, pâtisseries.
La farine de lentilles sans gluten est étonnante et excellente en pâtisserie.
Les lentilles sont de grande qualité. Parfumées et sucrées et d’une tenue remarquable à la cuisson. »
Régis, Fanes de cuisine
Les agneaux bio proviennent du troupeau de 50 brebis manech tête noire qui pâturent directement sur les couverts permanents. Cette pratique d’élevage biologique dans l’Yonne permet un système extensif où les animaux participent à la dynamisation de l’écosystème tout en produisant une viande nourrie exclusivement aux ressources de la ferme.
Le modèle économique de la Ferme Vivante 89.10 tient grâce à la réduction drastique des charges, compensant des rendements plus faibles que ceux de l’agriculture conventionnelle. La rentabilité ne peut être estimée sur le court terme mais le long terme.
Engagement avec la Sécurité Sociale de l’Alimentation dans l’Yonne
Mélanie Petit est également très impliquée dans des projets locaux de sensibilisation et de développement durable. La Ferme Vivante 89.10 est un acteur engagé dans le projet de Sécurité Sociale de l’Alimentation dans l’Yonne, initié par SoliCagnole. Ce projet vise à garantir un accès digne à une alimentation saine et durable pour tous, en soutenant les producteurs locaux et en renforçant le lien social. La SSA repose sur les principes d’universalité du droit à l’alimentation, de cotisation sociale et de gouvernance démocratique.
La Ferme Vivante 89.10 : historique et transition vers l’agriculture biologique
Mélanie Petit, ingénieure agricole de formation, a repris l’exploitation des Grands Essarts en 2008. L’ agriculture de conservation des sols avec des couverts annuels et sans labour est pratiquée par choix dès le départ.
Un tournant important s’opère en 2015, avec la conversion à l’agriculture biologique (AB). Cette décision a été motivée par une prise de conscience des dangers des produits chimiques pour la santé, coïncidant avec la naissance de ses enfants, et le questionnement sur les enjeux de santé et d’alimentation. Mélanie Petit note d’ailleurs une augmentation significative de la « vie dans les champs » et une présence accrue d’insectes depuis cette transition, les confortant dans leur choix. L’objectif principal de la ferme est de rechercher une autonomie totale et une indépendance, sans apport d’engrais extérieurs, et en valorisant la fertilité naturelle des sols.
Le semis direct sous couverts permanents (SDCP) : innovation agricole, agroécologie
Au cœur de la démarche de la Ferme Vivante 89.10 se trouve l’expérimentation du semis direct sous couverts permanents (SDCP).
Légumineuses pérennes : fondation de la fertilité des sols
Les légumineuses pérennes sont les piliers de cette stratégie. Elles jouent un rôle crucial dans la lutte contre les adventices, en particulier le ray-grass, qui représente un défi majeur pour la ferme. Grâce à leur capacité de fixation de l’azote atmosphérique, elles enrichissent naturellement les sols, réduisant le besoin d’engrais extérieurs. Elles contribuent également à la structuration du sol en profondeur et à la séquestration du carbone organique.
- Le sainfoin a été l’une des premières légumineuses pluriannuelles introduites, permettant d’acquérir une connaissance précieuse de ces plantes. Ses racines profondes améliorent la gestion de l’eau.
- Le trèfle blanc s’est montré très efficace pour couvrir le sol et contrôler le ray-grass, bien qu’il puisse entrer en compétition pour l’eau avec les céréales et soit sensible à la sécheresse.
- La luzerne s’est avérée impressionnante pour éradiquer les chardons, même à faible densité. Ses racines très profondes diminuent la concurrence pour l’eau et augmentent le stockage de carbone en profondeur.
- Des mélanges diversifiés comme luzerne-trèfle-sainfoin-lotier sont testés pour combiner les avantages et atténuer les inconvénients de chaque espèce.
L’approche des agriculteurs est d’apprendre à « faire alliance avec ces plantes« . Un des phénomènes centraux est l’exudation racinaire, où les plantes libèrent des sucres et de la matière organique liquide pour nourrir la microbiologie du sol, favorisant la formation de matière organique stable et la minéralisation des nutriments.
Romaric Vincent, consultant en agroécologie, accompagne et documente ce travail de recherche et d’expérimentations agricoles.
Matériel et gestion des cultures en Semis Direct sous Couverts Permanents (SDCP)
Le choix du semoir est crucial pour le semis direct. Après avoir utilisé différents modèles, la ferme a opté pour un semoir à socs en T inversés avec disques ouvreurs (type T-SEM de Simtech) afin de gérer la végétation dense et les sols argilo-calcaires à silex. L’idéal serait de semer « sans toucher le sol« , de nombreux essais sont tentés.
L’écimage, réalisé avec une essimeuse, est une technique clé pour gérer la concurrence des couverts. Cette pratique consiste à couper la végétation excédentaire au-dessus de la culture, créant de la lumière et stimulant ce qui semble être un effet fertilisant en déclenchant la minéralisation et la libération de nutriments dans le sol.
Les principales cultures de la ferme incluent des céréales rustiques (engrain, épeautre non hybridé, blé ancien, avoine blanche), des lentilles et du sarrasin. Les rendements sont modérés (environ 10 à 15 quintaux par hectare pour les blés et épeautres, plus pour l’avoine et avec la luzerne). Cependant, les frais de culture sont extrêmement faibles (environ 80 euros/ha pour le carburant, zéro intrants chimiques ou engrais, semences fermières), ce qui assure la rentabilité de l’exploitation.
Régénération des sols et séquestration de carbone en agriculture
La ferme est nommée Ferme Vivante pour son engagement envers la vie des sols et de l’écosystème. Les pratiques mises en place favorisent une meilleure structuration du sol, une activité microbienne accrue et la présence de vers de terre. Les racines profondes des légumineuses aident à casser les anciennes semelles de labour et à explorer les ressources minérales plus en profondeur.
Les sols de prairie ont la capacité de stocker significativement plus de carbone que les sols forestiers ou de grandes cultures, souvent à des profondeurs importantes. La Ferme Vivante 89.10 est d’ailleurs en passe d’obtenir une certification carbone avec l’entreprise Régénération, ce qui reconnaîtra et soutiendra ses efforts d’amélioration des sols et d’investissement dans l’agriculture du futur. Des études, comme celle menée sur la ferme de Colin Seis en Australie, démontrent qu’en 25 ans, ses sols sont passés de 43 tonnes de carbone par hectare à 102 tonnes par hectare, avec une augmentation de la réserve hydrique et du pH, éliminant le besoin d’amendements.
Agroécologie à la Ferme Vivante 89.10 dans l’Yonne : agroforesterie et élevage

Des haies protectrices du vent
La ferme intègre aussi l’agroforesterie avec la plantation progressive de haies diversifiées. Ces haies, composées de trois strates (buissons, arbustes, arbres), agissent comme des brise-vents, protégeant les cultures, les animaux et limitant l’érosion et le ruissellement.
Mélanie Petit et Romaric Vincent, mai 2024, Bagneaux

50 brebis manech tête noire
Un petit troupeau de 50 brebis manech tête noire a été introduit pour «dynamiser l’écosystème». Bien que cet atelier soit actuellement sous-exploité, l’objectif est de développer davantage le pâturage sur les couverts permanents pour un effet fertilisant accru et une meilleure gestion des prairies. La synergie entre l’élevage et les couverts permanents est vue comme un levier agronomique et économique prometteur.
Mélanie Petit et les brebis, mai 2024, les Essards, Bagneaux
Perspectives et recherche agronomique
La Ferme Vivante 89.10 se positionne comme un véritable laboratoire d’expérimentation en agroécologie. En collaboration avec des chercheurs comme Romaric Vincent, la ferme s’engage dans une démarche de recherche et développement pour mieux comprendre les dynamiques des sols et des écosystèmes complexes qu’elle met en place.
Les perspectives d’avenir incluent la diversification des prairies, le développement de l’élevage et du pâturage sur les couverts permanents, ainsi que l’adaptation des infrastructures (bâtiments, matériel de triage et de stockage) pour optimiser les pratiques agroécologiques.

Les visites d’agriculteurs, bio et non bio, en agriculture de conservation ou en conventionnel, sont nombreuses en lien avec la Chambre d’agriculture de l’Yonne, avec Agrof’île, association qui œuvre pour la pleine intégration des arbres au sein des systèmes de productions agricoles franciliens. Les échanges sont riches, les interrogations nombreuses.
Visite d’agriculteurs de Conservation des Sols (ACS) « conventionnels » de la Somme, juin 2025