C’est un parcours artistique à découvrir à la ferme des Metz à Saint-Sauveur-en-Puisaye. Chaque année le projet évolue, se transforme…
Un parcours artistique de Hugues Barrey et Pierre Marty
Divagation sentimentale est un parcours artistique créé à la ferme des Metz, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, chez l’éleveur Hugues Barrey par l’artiste Pierre Marty. Ce projet met en valeur des sculptures en plein air réalisées à partir de bois brûlé, intégrées au paysage agricole et naturel de la région.
Le parcours artistique Divagation sentimentale dans les Metz à Saint-Sauveur-en-Puisaye propose plusieurs stations intéressantes :
- Entrée du parcours : une chimère mi-arbre mi-sculpture accueille les visiteurs, symbolisant la vie émergeant de la mort.
- Haie d’honneur le long d’un chemin creux.
- Plan d’eau : l’eau accueille des reflets d’ombres et de lumières. En décembre pour le solstice d’hiver un feu sur l’eau anime le lieu.
- Chemin des trognes : des installations sonores sont dissimulées dans les arbres, notamment les trognes. Lorsqu’on passe devant, un son s’enclenche, faisant écho au passé rural. On peut entendre divers textes sur la biodiversité, le réchauffement climatique, les méga-feux dans le monde, des mots de Nietzsche, un poème de Barbara.
- Chêne foudroyé : un chêne majestueux frappé par la foudre il y a plus de 50 ans a été mis en valeur par l’artiste, qui a travaillé sa cicatrice pour lui rendre hommage.
Ce parcours d’environ un kilomètre invite les visiteurs à redécouvrir la nature et les paysages sous un angle artistique et réflexif, mêlant sculptures, installations sonores et arbres remarquables.
Le parcours, équilibre entre l’esprit de l’artiste et « l’intelligence pratique » de l’agriculteur, dévoile une douzaine de pièces en bois, principale matière première de Pierre Marty. « Il y a une vraie complicité avec Hugues. Il a un rapport à l’environnement qui est très pensé, très respectueux, dans lequel je me retrouve. Pour l’exposition, il y a eu un vrai travail de collaboration. Je l’accompagne dans son regard, en l’emmenant un peu plus loin« , explique l’artiste.
Hugo Raymond, L’Yonne républicaine, 26 décembre 2023



L’art du bois brûlé selon Pierre Marty
Pierre Marty, sculpteur autodidacte, crée des œuvres uniques à partir de bois calciné. Il a transformé un événement marquant de sa vie en source d’inspiration artistique. Lorsque sa maison a brûlé en 2017, il a décidé de donner une nouvelle vie aux poutres calcinées. Cette expérience a marqué un tournant dans sa carrière, le poussant à explorer l’art à partir de ces bois brûlés. En s’inspirant du concept du wabi-sabi, qui valorise la beauté de l’imparfait, Marty a créé des sculptures uniques, montrant ainsi que même dans la destruction, il est possible de trouver une nouvelle forme de beauté et de signification.
Son processus créatif comprend plusieurs étapes :
- Récupération de bois brûlé, souvent issu de l’incendie de sa propre maison en 2017
- Travail minutieux de ponçage pour révéler le graphisme du carbone et de sculpture
- Intégration d’éléments naturels comme les nœuds et les nervures
- Application de feuilles d’or ou de pigments colorés sur certaines parties pour souligner la beauté organique
- Assemblage des pièces pour former des sculptures expressives
Ces sculptures s’intègrent dans l’environnement naturel de la ferme, créant un contraste saisissant entre la destruction et la renaissance.

« Cet accident m’a fait devenir artiste. J’adorais ma charpente en chêne. Un jour, c’était en 2017, je dis à mon copain Michel, de Saint-Fargeau : « Mes poutres sont belles, je les exposerai ! » Il me répond que c’est une bonne idée. Et je me dis qu’à 60 ans, j’avais raté plein d’opportunités. Je me dis : Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que j’ai à raconter sur ces bois ? Comment transformer du beau bois en quelque chose qui parle à tous ? »
Entretien avec l’artiste, Papagali.org, Littératures en fusion

Un dialogue entre art et nature
Ce parcours artistique s’inscrit dans la tradition du land art, un mouvement artistique né dans les années 1960. Le land art se caractérise par la création d’œuvres directement dans et avec la nature, utilisant les matériaux du paysage et intégrant l’environnement comme partie intégrante de l’œuvre. Dans cette optique, Pierre Marty utilise le bois brûlé, les arbres vivants et le paysage de la ferme des Metz comme éléments constitutifs de ses créations. Ses sculptures et installations interagissent avec le bocage poyaudin, les trognes et le plan d’eau, créant une symbiose entre art et nature. Cette approche invite le spectateur à percevoir le paysage différemment, à réfléchir sur notre relation à l’environnement et à apprécier la beauté éphémère des œuvres qui évoluent au fil des saisons.
Dans la région, l’artiste-peintre Marcel Poulet, a lui aussi puisé son matériau dans la nature (ocre, sable, pigments, terre). Il s’est aussi inspiré des arbres, des haies, des bocages, des étangs, des paysages de Puisaye.
Mais à travers ces œuvres, Pierre Marty tient aussi à faire un message sur l’environnement et la nature qui nous entoure. « C’est un message sur ce que peut nous apporter la nature et sur la façon de la préserver. Par exemple, l’agriculture intensive est une aberration. C’est en ça aussi que nous nous retrouvons avec Hugues (Barrey) qui prône une agriculture respectueuse« , affirme Pierre Marty. Cependant, l’artiste et l’agriculteur ne se voient pas comme des militants. Pour eux, le plus important est que le public se fasse sa propre impression. « C’est à eux de se faire leur propre interprétation, on propose un regard, ensuite, ils sont libres de penser ce qu’ils souhaitent« , explique l’artiste.
Hugo Raymond, L’Yonne républicaine, 26 décembre 2023



Le bûcher dans l’eau
Pour célébrer le solstice d’hiver, Pierre Marty installe un bûcher monumental sur un plan d’eau, créant une scène éphémère et poignante. Lorsque le bûcher a été enflammé, il a projeté des reflets dansants sur l’eau, symbolisant le triomphe de la lumière sur l’obscurité. Cette performance, Le triomphe du jour sur la nuit, clôture la proposition artistique Divagation sentimentale dans les Metz, invitant les spectateurs à méditer sur le cycle des saisons et la renaissance de la lumière. Avant la renaissance du sentier artistique, l’année suivante.