La Sécurité Sociale de l’Alimentation arrive dans l’Yonne : une première en 2025

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Sécurité Sociale de l'Alimentation dans l'Yonne

La Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA) vise à garantir à chacun un accès digne à une alimentation saine et durable, elle fait ses débuts officiels dans l’Yonne en 2025 grâce au lancement des premières Caisses Solidaires pour l’Alimentation. Ce projet entend répondre à la fois à la montée de la précarité alimentaire et aux difficultés rencontrées par les producteurs locaux, tout en créant un modèle économique solidaire et résilient.

Vente directe de la Ferme Vivante 89.10 à Bagneaux

La Sécurité Sociale de l’Alimentation de l’Yonne, solidarité et démocratie alimentaire

Concrètement, la SSA dans l’Yonne prend la forme d’associations locales (comme SoliCagnole) qui mettent en place une caisse destinée à redistribuer chaque mois une somme, comprise entre 10 € et 100 € (ou plus, selon les cotisations de chacun), à tous les cotisants. Cette somme, versée en monnaie locale, ne peut être dépensée que chez des partenaires — producteurs, magasins bio, épiceries sociales et indépendantes. Le principe : chacun cotise selon ses moyens, mais tous bénéficient du même montant à dépenser, assurant ainsi une égalité d’accès à une alimentation de qualité.

Caisses Locales d’Alimentation Solidaire de SoliCagnole :

Un test est en cours sur Joigny. La Convergence des Possibles lance une pré-expérimentation d’une première sécurité sociale de l’alimentation dans le Jovinien.

Qu’est-ce que la sécurité sociale de l’alimentation et quels principes la commandent ?

C’est permettre aux personnes en situation de précarité, mais pas seulement, de pouvoir manger sainement et durablement. C’est autre chose que l’aide alimentaire (Restos du Cœur…), nécessaire, mais qui est devenue trop dépendante de la grande distribution qui écoule des produits de piètre qualité. Il y a trois principes : l’universalité du droit à l’alimentation, la cotisation sociale et la gouvernance démocratique. Plusieurs expériences sont menées à travers toute la France, l’une des plus connues étant à Montpellier.

Claude Grosset, membre de la collégiale et président de C3V, L’Yonne républicaine, 6 avril 2025

Le soutien de la CAF de l’Yonne

Pour la première fois, la CAF de l’Yonne s’engage en 2025 à soutenir ce projet, notamment sur plusieurs territoires d’intervention : la Communauté de Communes de Puisaye-Forterre, la CC Vanne et Pays d’Othe, Saint-Clément et le Sénonais. Cet appui institutionnel marque une étape clé vers la reconnaissance de l’alimentation comme droit fondamental et de la SSA comme solution durable contre la précarité alimentaire.

Réponse aux urgences sociales et économiques du territoire

Plusieurs constats motivent la création de la SSA dans l’Yonne :

  • Hausse de la précarité alimentaire liée à l’inflation et aux difficultés de nombreux ménages.
  • Fragilité des petits producteurs bio locaux, affectés par la hausse des coûts et la difficulté à se labelliser.
  • Nécessité d’ancrer l’économie locale dans des circuits courts, éthiques et durables.

Le projet s’inscrit également dans un mouvement national, encouragé par une proposition de loi discutée à l’Assemblée nationale en 2025, visant à expérimenter ce type de caisse dans plusieurs territoires pilotes. Elle a été notamment portée par le député écologiste, Boris Tavernier. Issu de la société civile, il est cofondateur du réseau Vrac (Vers un réseau d’achat en commun).

Dans un entretien à Reporterre, il défendait ce projet. La SSA repose sur trois piliers : 150 euros par mois sur la carte Vitale, une cotisation universelle et un conventionnement démocratique local pour choisir l’agriculture et l’alimentation. Boris Tavernier critique l’aide alimentaire actuelle, dénonçant un « business du pauvre » marqué par le gaspillage et la mauvaise qualité des produits. Il met en avant l’augmentation des inégalités en France, où des millions de personnes dépendent de l’aide ou se nourrissent mal, malgré la richesse du pays. Malgré les défis politiques à l’Assemblée, il voit dans la SSA le « plus enthousiasmant » projet pour transformer la société et réduire les inégalités. La SSA vise à redonner de la dignité, créer du lien social et prévenir une crise sanitaire liée à la mauvaise alimentation, en promouvant le « faire ensemble« .

Une gouvernance transparente et participative

La gestion de la caisse locale SSA est assurée par une association dédiée et démocratique, où les bénéficiaires participent aux grandes décisions. Ce mode de gouvernance vise à garantir la transparence, la proximité et l’adaptation aux besoins réels du territoire.

Quels impacts pour les habitants ?

  • Accès garanti à une alimentation durable et locale pour tous, notamment les plus fragiles.
  • Soutien direct à l’agriculture et aux commerces de proximité.
  • Renforcement du lien social et du pouvoir d’agir citoyen autour de la question alimentaire.

L’Yonne, laboratoire d’une alimentation plus juste

Avec ce projet pionnier soutenu par des associations, des partenaires publics et des acteurs agricoles, l’Yonne prend position à l’avant-garde des expérimentations pour une sécurité sociale de l’alimentation en France, dans la lignée d’autres initiatives locales déjà existantes dans le pays.

La Ferme Vivante 89.10 engagée pour une agriculture respectueuse du vivant

La Ferme Vivante 89.10 travaille dans l’Yonne en bio et en agriculture de conservation. Elle est engagée dans le projet de Sécurité Sociale de l’Alimentation de l’Yonne et organise des ventes directes de produits locaux sur Saint-Clément (89100) et Bagneaux (89190).

Le couple a opéré son virage à 180° vers le bio en 2015. « Nous avons été sensibilisés aux dangers présentés par les ingrédients chimiques sur la santé humaine, explique Mélanie, ingénieure agricole. Cette prise de conscience a coïncidé avec la naissance de nos enfants auxquels nous voulions transmettre le meilleur en matière de santé. »

L’Yonne républicaine, 27 décembre 2018 (L’Yonne Républicaine est le quotidien de référence dans le département de l’Yonne)

Pascal de SoliCagnole avait organisé à Fleury-la-Vallée en 2023 une projection de mon documentaire Hugues Barrey, jardinier-éleveur. Nous avons continué la conversation autour des enjeux de la transition, de la lutte contre le changement climatique, du soutien à une agriculture résiliente et respectueuse du vivant. Il m’a suggéré d’aller visiter Mélanie à La Ferme Vivante 89.10. C’est un lieu d’expérimentations et d’observations agronomiques. Nous avons commencé la réalisation d’un documentaire.

Ferme Vivante 89.10

Mélanie Petit, agricultrice et Romaric Vincent, consultant en agroécologie, visitent ici une haie plantée en bord de champs. L’agroforesterie est une pratique agricole innovante qui combine intentionnellement arbres, cultures et/ou élevage sur une même parcelle. Cette approche ancestrale connaît un regain d’intérêt face aux défis environnementaux et agricoles actuels.

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