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Le déclin des pollinisateurs représente aujourd’hui un défi écologique majeur, menaçant tant la biodiversité que notre sécurité alimentaire. Face à cette situation préoccupante, des solutions émergent localement pour recréer et enrichir leurs sources de nourriture. L’apiforesterie – cette approche qui associe la santé des abeilles et autres insectes pollinisateurs à celle des écosystèmes arborés – s’impose comme une réponse pertinente et durable.
Le Groupement des Apiculteurs Professionnels des Savoie (GAPS) contribue activement à cette démarche et publient deux jolis guides d’apiforesterie et de semences mellifères.
Merci à Romaric Vincent, consultant en agroécologie et relecteur technique, de me les avoir fait découvrir !
Le GAPS : un collectif au service des abeilles et de l’environnement
Né en 1998, le GAPS réunit aujourd’hui une soixantaine d’apiculteurs professionnels en Savoie et Haute-Savoie. Ce syndicat professionnel cultive un fort esprit collectif, particulièrement précieux dans un métier souvent solitaire. Leurs actions s’articulent autour de trois axes principaux :
- La défense et la promotion de l’apiculture professionnelle
- La mise en œuvre d’initiatives environnementales en faveur des pollinisateurs
- Le partage des connaissances et l’entraide entre membres
Pourquoi refleurir nos territoires ?
Des pollinisateurs en danger, une nature menacée
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : environ 78% des espèces végétales en zones tempérées dépendent des insectes pollinisateurs pour leur reproduction. Leur contribution à l’agriculture française est estimée entre 2,3 et 5,3 milliards d’euros. Pourtant, leur déclin s’accélère, avec des pertes annuelles de colonies d’abeilles atteignant parfois 30%.
Les causes de cette hécatombe sont multiples :
- L’utilisation massive de pesticides
- La transformation et l’artificialisation des paysages
- L’intensification des pratiques agricoles
- La diminution des ressources alimentaires due aux changements climatiques
- L’apparition de nouveaux parasites et maladies
Pour les pollinisateurs, nectar et pollen constituent l’unique source d’alimentation. Augmenter la quantité, la diversité et la disponibilité des ressources florales devient donc vital pour leur survie.
Des solutions concrètes pour agir
Le sursemis : une technique simple et efficace
Le guide du GAPS met en avant le sursemis comme méthode privilégiée pour enrichir la flore des espaces non agricoles sans détruire le couvert existant. Cette technique permet d’introduire des plantes mellifères dans des zones où les mélanges de graminées dominent habituellement.
Pour réussir un sursemis, voici les étapes essentielles :
- Préparation du terrain : faucher ou broyer très court le couvert végétal (environ 4 cm)
- Création de micro-zones nues : herser de façon agressive pour obtenir au moins 10% de sol nu
- Semis ciblé : déposer les graines sur les zones dénudées, à 1 cm de profondeur maximum
- Finition : rouler le terrain pour favoriser le contact sol-graines
- Entretien initial : réaliser une fauche précoce (10 jours après) pour limiter la concurrence
Le timing idéal ? Juste avant une période pluvieuse. Pour l’entretien à long terme, il faut laisser les plantes accomplir leur cycle complet et grainer avant de faucher, idéalement pas avant le début d’automne.
Choisir les bonnes plantes : le local a du sens
Une plante mellifère produit nectar et/ou pollen en quantité suffisante et accessible aux insectes butineurs. Le guide propose une liste détaillée de ces végétaux précieux pour les pollinisateurs.
Les semenciers proposent des mélanges « prêts à l’emploi » qui assurent un étalement des floraisons tout au long de la saison. Cependant, le guide encourage également à créer ses propres compositions à partir de fleurs indigènes.
C’est là qu’intervient la marque Végétal local. Ces plantes labellisées, issues de collectes en milieu naturel, possèdent des adaptations génétiques qui les rendent particulièrement résistantes et adaptées à leur environnement d’origine. Elles contribuent à la fonctionnalité écologique des écosystèmes tout en soutenant des filières de production locales non délocalisables. La marque Végétal local est une marque collective de l’Office français de la biodiversité créée en 2015 à l’initiative des Conservatoires botaniques nationaux, l’Afac-Agroforesteries et Plante & Cité.
Apiforesterie et agroforesterie : deux concepts complémentaires
L’apiforesterie établit un lien direct entre les abeilles, les arbres et l’intégration paysagère. Cette approche rejoint naturellement l’agroforesterie, qui associe arbres, cultures et/ou élevage sur une même parcelle agricole. Ces deux pratiques partagent un objectif commun : créer des écosystèmes diversifiés et résilients.
Les arbres et arbustes mellifères jouent un rôle essentiel dans ces systèmes. Ils offrent :
- Des ressources alimentaires diversifiées pour les pollinisateurs
- Des abris et sites de nidification
- Des corridors écologiques favorisant les déplacements de la faune
- Une protection contre les aléas climatiques
L’aménagement des bords de chemins, talus et autres espaces interstitiels avec des végétaux mellifères complète parfaitement cette approche globale d’une agriculture en harmonie avec le vivant.
Comment participer au refleurissement ?

Chacun peut contribuer à cette dynamique positive, que ce soit :
- En sensibilisant autour de soi à l’importance des pollinisateurs
- En choisissant des plantes mellifères pour son jardin : bourrache, consoude, coquelicot…
- En pratiquant le sursemis dans les espaces verts publics ou privés
- En intégrant des haies et arbres nectarifères dans les paysages agricoles
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