par
dernière mise à jour le

L’exposition Les mondes de Colette à la BnF qui se tiendra du 23 septembre 2025 au 18 janvier 2026 promet d’être l’événement culturel de l’automne. La Bibliothèque nationale de France consacre une grande exposition à Sidonie Gabrielle Colette (1873-1954), cette figure emblématique de la littérature française née à Saint-Sauveur-en-Puisaye dans l’Yonne.
Avec plus de 350 pièces exceptionnelles, cette exposition intitulée « Les mondes de Colette » offre un regard inédit sur une femme aux multiples visages : romancière, journaliste, critique, comédienne de music-hall et même… esthéticienne.
Cette exposition arrive à point nommé, en 2025, année où l’œuvre de Colette entre dans le domaine public. L’occasion rêvée de redécouvrir une autrice qui a su construire une œuvre novatrice, audacieuse, parfois transgressive, mais toujours d’une étonnante actualité.
Les mondes de Colette, un parcours thématique en cinq sections
L’exposition s’organise autour de cinq grandes sections thématiques qui croisent habilement la chronologie des publications et celle de la vie de Colette. Cette approche permet de saisir la relation étroite qui s’est toujours nouée chez l’autrice entre l’écriture et l’existence.
« Souvenirs sensibles » plonge le visiteur dans l’univers de l’enfance et de la Puisaye. Cette région qui a tant marqué Colette trouve ici sa place légitime. Le jardin de l’enfance, ce « paradis perdu » évoqué dans « La Maison de Claudine », devient le creuset d’une mémoire des sens qui nourrit toute l’œuvre.
« Le Monde » explore l’univers saturé en sensations que décrit Colette, du « grand monde » au « demi-monde ». Elle révèle son regard de sociologue amateur sur la comédie humaine, à la manière de Balzac.
« S’écrire » interroge la relation complexe entre fiction et autobiographie chez une autrice pionnière de l’autofiction. « Le Temps » témoigne de l’activité journalistique intense de Colette, tandis que « La Chair » aborde les questions du désir, de l’amour et de la condition féminine.
Des manuscrits inédits de l’écrivain Colette révèlent les secrets de création

L’exposition dévoile des manuscrits exceptionnels qui éclairent le processus créatif de Colette. Les cahiers de « Claudine en ménage » (1902), « Claudine s’en va » (1903) et « Minne » (1904) permettent de comprendre sa collaboration avec son premier mari Willy et sa singulière entrée en littérature.
Le manuscrit de « La Naissance du jour » (1928) constitue un autre joyau de l’exposition. Il montre comment Colette reprend et transforme les lettres de sa mère Sido pour écrire ce livre autobiographique.
Une correction particulièrement symbolique mérite d’être soulignée. Dans le manuscrit du texte « Le Miroir », Colette écrit d’abord « Vous êtes Claudine, et je ne suis que Colette » avant de barrer la négation pour retenir « et je suis Colette ». Cette modification révèle son émancipation progressive du personnage de Claudine et de l’ombre de Willy.
Un dialogue entre littérature et arts visuels

L’exposition ne se contente pas de présenter des manuscrits et des livres. Elle croise cette documentation littéraire avec un riche dispositif visuel composé de photographies, d’estampes et de peintures.
Les œuvres d’André Dunoyer de Segonzac, Raoul Dufy, Émilie Charmy, Charles Camoin, Luc-Albert Moreau et Louise Hervieu dialoguent avec les textes de Colette, particulièrement autour de ses descriptions de la nature et de la faune.
L’exposition présente également des extraits de films et d’entretiens, des projections sur grand écran et la réinterprétation d’un costume de scène. Ces éléments multimédia permettent de saisir la dimension spectaculaire de la personnalité de Colette, qui fut aussi une artiste de music-hall accomplie.
Colette journaliste : une plume au service de son époque
Un aspect moins connu de Colette trouve sa place dans cette exposition : son intense activité journalistique. Près de 1200 articles de presse, plusieurs chroniques suivies dans différents journaux, des critiques théâtrales, musicales et cinématographiques témoignent d’une écrivaine engagée dans son époque.
L’exposition révèle une Colette reporter, envoyée spéciale au Maroc ou à New York, chroniqueuse judiciaire couvrant les grands procès de son temps. Cette facette méconnue dévoile une femme curieuse de la modernité, attentive aux évolutions sociales et techniques.
Une exposition pour redécouvrir un territoire littéraire
Pour les visiteurs déjà familiers de l’univers de Colette, cette exposition offre l’opportunité de préparer ou prolonger une découverte de la Puisaye, cette région de l’Yonne qui a façonné l’imaginaire de l’écrivaine.
L’exposition présente notamment des documents liés aux autres demeures de Colette : la maison de Rozven en Bretagne et la villa de la Treille Muscate près de Saint-Tropez. Ces résidences, véritables « miroirs d’un jardin perdu », offrent d’autres vues sur la faune, la flore et les amitiés qui ont nourri l’œuvre.
Informations pratiques
Lieu : BnF François-Mitterrand, Galerie 2
Dates : Du 23 septembre 2025 au 18 janvier 2026
Horaires : Mardi au samedi de 10h à 19h, dimanche de 13h à 19h
Tarifs : Plein tarif 10€, tarif réduit 8€
Un catalogue de 240 pages coédité par la BnF et Gallimard accompagne l’exposition (35€). Une programmation associée propose des tables rondes, des lectures et des projections.
Cette exposition constitue un événement majeur pour tous les amateurs de littérature française. Elle révèle une Colette multiple, moderne et étonnamment actuelle, soixante-dix ans après sa disparition.
Laisser un commentaire