La montagne de Lure, paysage lunaire et spectacle grandiose de la nature

Le sommet de la montagne de Lure

La montagne de Lure est un massif des Préalpes de Haute-Provence, située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. Elle s’étend sur 42 kilomètres de long et culmine à 1826 mètres.

Elle s’élève dans le paysage de Provence et offre un spectacle grandiose où la nature, l’histoire et la culture se rencontrent. Ce massif calcaire s’étend sur près de 19150 hectares et abrite une biodiversité exceptionnelle. Des hêtraies profondes aux crêtes alpines, Lure est un espace préservé, un site Natura 2000.

C’est aussi un lieu de mémoire, façonné par l’homme au fil des siècles et célébré par des écrivains tels que Jean Giono, Pierre Magnan, André Bucher.

la montagne de Lure © Benoît Pupier

Géographie et géologie de la montagne de Lure

Un relief structurant des Préalpes Provençales

La montagne de Lure s’élève à 1 826 mètres d’altitude, formant une crête orientée est-ouest sur 42 km entre la vallée du Jabron et celle de la Laye. Cette structure géologique particulière résulte du plissement alpin ayant soulevé les calcaires jurassiques il y a 10 millions d’années. L’érosion différentielle a sculpté des combes étroites et des valats caractéristiques, visibles sur les versants sud exposés à l’adret méditerranéen.

La variété lithologique (calcaires marmoréens, marnes oxfordiennes) explique la diversité des sols, depuis les rendzines des pentes arides jusqu’aux sols bruns forestiers des ubacs.

La montagne de Lure marque une séparation nette entre la Provence et le Dauphiné. Plus qu’une simple frontière, elle constitue un univers à part entière, avec une biodiversité riche et des panoramas exceptionnels

Diversité des paysages

la montagne de Lure

Versant Nord (Ubac): abrupt, avec des falaises surplombant la vallée du Jabron. On y trouve des boisements de hêtres et des reboisements de conifères.

vue sur la vallée du Jabron depuis la montagne de Lure © Benoît Pupier

Versant Sud (Adret): doux et ondulé, il descend vers le bassin de Forcalquier et le Plateau d’Albion. Ce versant est parsemé de bories et de jas, témoins d’une tradition pastorale.

Crêtes et pelouses sommitales : des paysages de pierriers, de pelouses alpines et de landes balayées par le vent.

Une biodiversité remarquable sous protection européenne

Habitats prioritaires et espèces endémiques

Le site Natura 2000 couvre 4941 hectares répartis sur 10 communes, dont Saint-Étienne-les-Orgues et Cruis.

Classé en zone spéciale de conservation (ZSC) depuis 2010, le site abrite 21 types d’habitats d’intérêt communautaire. Jusqu’en 2022, cette ZSC avait été animée par la commune de Saint-Vincent-sur-Jabron avec le Conservatoire d’espaces naturels (CEN PACA).

Le site Natura 2000 de la Montagne de Lure est situé sur 10 communes des Alpes de Haute-Provence. Il comprend les crêtes et une partie des forêts de cette montagne emblématique de la Provence. Les communes ont confié au Parc naturel régional du Luberon l’animation de ce site depuis 2022.

Les hêtraies du Cephalanthero-Fagion couvrent 11,19% de la surface avec une évaluation « excellente » pour leur conservation. Les landes à genêts épineux (Genista pulchella subsp. villarsii), habitat prioritaire, occupent 55 hectares sur les versants ensoleillés.

Le Genêt radié, l’Ancolie de Bertoloni et le Sorbier de Legré constituent la flore remarquable de Lure.

Parmi les 37 espèces protégées recensées, la vipère d’Orsini (Vipera ursinii) présente une population estimée entre 1000 et 10000 individus, l’une des plus importantes de France. Les chiroptères comme le Murin de Capaccini (Myotis capaccinii) utilisent les anciennes bergeries comme gîtes d’estivage. La tourterelle des bois est une autre espèce importante présente sur le site.

Un étagement altitudinal prononcé

Le gradient climatique varie de 800 à 1826 mètres, créant des conditions uniques en Basse-Provence :

  • étage montagnard inférieur (chênaies pubescentes)
  • étage montagnard supérieur (hêtraies-sapinières)
  • étage subalpin (pelouses à seslérie bleue)

Ce microclimat explique la présence d’espèces relictes glaciaires comme le Chardon bleu des Alpes (Eryngium spinalba), coexistant avec une flore méditerranéenne.

Un laboratoire scientifique à ciel ouvert

La montagne de Lure accueille depuis 1965 un programme de conservation génétique du sapin écotype Lure, référence pour les reboisements en zone méditerranéenne. Les études sur la vipère d’Orsini ont permis de développer un protocole national de suivi télémétrique.

Le Parc naturel régional du Luberon y teste depuis 2021 des techniques de génie écologique pour restaurer les éboulis à Thlaspi (Thlaspietea rotundifolii), habitat prioritaire dégradé par l’érosion.

« C’est une curiosité, c’est une petite merveille, à la fois géologique et du savoir-faire quand même des gens qui ont vécu dans ces endroits, on retrouve des équivalents en montant sur la montagne de Lure mais c’est plutôt des borilles et des bergeries, alors que là, tu as pu remarquer, on en voit quasiment pas de borilles, d’abris, il y a ce truc là, c’est complétement différent de la montagne de Lure, là on appelle ça des clapiers, c’est à dire des emplacements un peu comme des parcs, les bergers dans le temps ils mettaient leurs brebis là, en général, sur les sommets, sur les estives avec un point d’eau, là c’est une curiosité, surtout en adrets, d’avoir une sorte de résurgence d’eau, qui remonte par capillarité et donc ça a du attirer l’attention du berger, puisqu’ils ont, et tu verras en t’approchant, ils ont maçonné une sorte de puits, les géologues se sont penchés sur la question, parce que tout le plateau d’Albion, la montagne de Lure, c’est un immense réservoir d’eau, on sait que la forêt c’est un château d’eau mais en même temps, ça dépend aussi du sol, on appelle ça des sols de quartz, quartziques, et toute l’histoire géologique prouve que c’est comme un immense gruyère, où l’eau de déversement des bassins versants, des eaux de pluies et des sources qui existent, alimentent en fait la fontaine du Vaucluse, en bas, après Apt, donc toute l’eau viendrait de ce massif, autant côté sud, que côté nord, curieusement il y a plus d’eau versant sud que versant montagneux, il y a toujours de l’eau à peu près au même niveau, même là où l’eau est à son étiage le plus bas, l’eau affleure environ à un mètre cinquante, donc c’est ce qu’on peut appeler la source mère des captages que j’ai fait moi à 1200 m, là on est à 1460 c’est la source mère et on voit la veine (…) »

Conversation avec André Bucher, 2012, dans le documentaire André Bucher, entre terre et ciel de Benoît Pupier

Les cahiers botaniques de Marjorie Soulhol au cœur de la montagne de Lure

flore de la montagne de Lure

Marjorie Soulhol est paysanne herboriste installée à Mareuil-en-Périgord (L’Herbe Folle).

Au cours de sorties sur le sentier des cueilleurs à Forcalquier et au cœur de la montagne de la Lure, avec Vincent Blondel (guide naturaliste) et Laurence Chaber (ethno-botaniste), elle a dessiné des cahiers botaniques.

cahiers botaniques au cœur de la montagne de Lure © Marjorie Soulhol

« Des notes sur la flore prises sur le terrain au cours de sorties sur le sentier des cueilleurs à Forcalquier et au cœur de la montagne de la Lure.

Sur le sentier des colporteurs, je me souviens d’avoir croisé un vénérable noyer. Je n’en avais jamais vu un si beau.

Il règne une ambiance particulière, une énergie spéciale. Là-bas, dans la montagne de Lure, je me suis sentie accompagnée. »

Marjorie Soulhol, Linkedin, 10 mars 2025

Aménagement du territoire de la montagne de Lure : enjeux, conflits et perspectives

Un équilibre délicat entre protection et usages

Le Document d’Objectifs (DOCOB) approuvé en 2005 encadre les activités humaines sur 65% du territoire domanial. Les principales menaces identifiées incluent

  • la fermeture des milieux par abandon pastoral (14% de landes menacées)
  • le dérangement lié aux sports motorisés sur les crêtes
  • la fragmentation des habitats par les plantations résineuses

Des mesures agri-environnementales maintiennent le pâturage ovin sur 180 hectares de pelouses calcicoles, tandis que l’ONF applique une sylviculture irrégulière dans les hêtraies.

Le conflit autour de la construction d’une centrale photovoltaïque

Le projet de construction d’une centrale photovoltaïque sur la montagne de Lure a cristallisé les tensions entre les impératifs de la transition énergétique, la lutte contre le réchauffement climatique, l’application des scénarios Net Zéro, le respect des procédures et la préservation de la biodiversité. Les débats ont porté sur l’impact visuel, la destruction potentielle d’habitats naturels et les risques pour certaines espèces.

La justice administrative met un frein au développement des parcs photovoltaïques sur la montagne de Lure

En estimant que la société Boralex n’avait pas suffisamment cherché de « site alternatif » pour son parc solaire de Cruis, dans les Alpes-de-Haute-Provence, la décision de la cour d’appel de Marseille fragilise les autres projets en cours.

(…) Vendredi 31 mai, la cour administrative d’appel de Marseille a annulé la dérogation accordée en janvier 2020 par le préfet de ce département à la société Boralex. Une dérogation qui a permis au géant canadien du photovoltaïque de lancer les travaux d’un parc de 16,7 hectares sur la commune de Cruis, sans se soumettre aux interdictions de destruction, de perturbation intentionnelle ou de dégradation de spécimens et d’habitats d’espèces animales protégées, contenues dans le code de l’environnement. (…)

Le Monde, 31 mai 2024

Patrimoine culturel et activités touristiques

Entre traditions pastorales et tourisme durable

Seulement 10 habitants permanents peuplent ce territoire où la transhumance perdure. Les jas en pierre sèche, comme celui de la Font de l’Orme, témoignent de cinq siècles d’agropastoralisme.

Les randonnées thématiques (GRP tour de Lure) traversent des sites emblématiques :

  • la chapelle Notre-Dame-de-Lure (XIIe siècle)
  • les vestiges de l’observatoire astronomique du XVIIIe siècle
  • les anciens parcours de transhumance classés « chemins de la laine »

La Route Jean Giono est un itinéraire touristique et littéraire de 152 km autour de la montagne de Lure, célébrant l’œuvre et la vie de l’écrivain Jean Giono. Empruntant des petites routes, elle traverse les Alpes de Haute-Provence, le Vaucluse et la Drôme, offrant des paysages grandioses et des villages pittoresques. Les sites emblématiques incluent le village de Banon, le plateau du Contadour, et le château de La Gabelle. Les visiteurs peuvent découvrir la maison de Giono à Manosque et explorer les lieux qui ont inspiré ses romans comme Regain et Le Hussard sur le toit.

L’hiver, le domaine nordique de Lure propose 45 km de pistes de ski de fond, alternative écoresponsable aux stations alpines surfréquentées.

La montagne de Lure, terre d’écrivains

« Là-haut sur Lure, quand le vent crie, les arbres ont une jolie voix. »

André Bucher, écrivain et poète

La montagne de Lure a toujours inspiré les artistes et les écrivains, qui ont su saisir son âme et la traduire en mots. Jean Giono y puisait une vision panthéiste du monde, célébrant la simplicité de la vie rurale et la communion de l’homme avec la nature. Pierre Magnan, autre grand nom de la littérature provençale, a puisé dans l’histoire de la montagne pour créer des intrigues captivantes.

la montagne de Lure

André Bucher pouvait voir la montagne de Lure, tous les jours, depuis sa ferme d’altitude dans la vallée du Jabron, sur les hauteurs de Montroc.

vue sur la montagne de Lure depuis la ferme d’André Bucher © Benoît Pupier

la montagne de Lure

« Moi je dis qu’est-ce qui va se passer dans 25 ans. Dans 25 ans… la moyenne d’âge à l’heure actuelle est de plus de 50 ans, qu’est-ce-qui va se passer, ce pays, il retournera de là d’où il vient, il retournera au tombeau, comme disait Magnan, il parle de Lure, il dit que Lure retourne au tombeau parce que c’est truffé de grottes et d’aveines, mais c’est pas faux parce que la montagne de Lure il n’y a plus qu’un troupeau qui y passe de temps en temps, ici c’est pareil tu prends le département des Alpes-de-Haute- Provence après la Lozère et la Creuse c’est le moins peuplé de France. Pourquoi il est avant les départements de la Lozère et de la Creuse ? Parce qu’il y a Manosque, Digne et Sisteron, trois, quatre villes et Forcalquier, si tu vois sur la carte 12 habitants au kilomètre carré, oui avec ces villes qui font tampon, et quand tu viens ici que tu as 18 communes pour 1800 habitants tu es où là, sur des kilomètres et des kilomètres carré de superficie tu as un habitant au kilomètre carré, un virgule trois, c’est pas tellement le un qui me fait soucis, c’est le virgule trois, parce que je ne sais pas trop à qui l’affecter le virgule trois… Dans ces cas-là il faut garder un sens assez acéré de l’humour, ça peut aider ! »

Conversation avec André Bucher, 2012, dans le documentaire André Bucher, entre terre et ciel

route de la montagne de Lure © Benoît Pupier

Sources scientifiques

Parc naturel régional du Lubéron

Inventaire National du Patrimoine Naturel, fiche FR9301537

Atlas des paysages des Alpes de Haute-Provence, DREAL PACA

André Bucher, entre terre et ciel, documentaire de Benoît Pupier, 2013

FAQ

Quelle est l’altitude de la montagne de Lure ?

L’altitude maximale de la montagne de Lure est de 1826 mètres.

Que peut-on voir depuis le sommet de Lure ?

Accessible par la D113 ou la D53, le Signal de Lure permet d’admirer les sommets alpins, les montagnes drômoises, la vallée du Jabron et le Mont Ventoux. Les crêtes de la montagne de Lure offrent des panoramas magnifiques sur le pays de Forcalquier, le Luberon et la vallée de la Durance.

Comment se rendre au Signal de Lure depuis Saint-Étienne-les-Orgues ?

En voiture : depuis Saint-Étienne-les-Orgues, prenez la D113 en direction de la Station de Lure. La route serpente sur environ 15 km avec un dénivelé progressif. Vous pouvez stationner à la station de ski, située à environ 1 600 mètres d’altitude.
A pied : depuis le parking de la station, suivez le sentier balisé (GR ou itinéraires locaux) qui mène au Signal de Lure. L’ascension finale est relativement facile et offre des vues panoramiques exceptionnelles sur les crêtes.

Quelle est la structure géologique de la montagne de Lure ?

La montagne de Lure est formée par un grand pli rocheux qui s’étire d’est en ouest, créé il y a des millions d’années lors des mouvements de la croûte terrestre. Ce pli est surtout composé de roches calcaires très anciennes, déposées il y a environ 150 millions d’années. La montagne a deux versants : un versant sud plus doux et arrondi, et un versant nord plus raide et escarpé. Cette configuration donne à Lure ses paysages variés. Sous la surface, il y a aussi des cavités et des grottes creusées par l’eau, caractéristiques des massifs calcaires. La montagne fait partie d’un groupe géologique avec le mont Ventoux voisin.

Quelles activités de plein air peut-on faire sur la montagne de Lure ?

Voici les activités de plein air que vous pouvez pratiquer sur la montagne de Lure :
Trail : Parcours pour les coureurs.
Randonnée pédestre : sentiers variés pour tous les niveaux.
Cyclisme : routes sinueuses avec vues spectaculaires.
VTT : Parcours techniques et d’initiation.
Ski de fond et raquettes : Itinéraires balisés en hiver.
Luge : espace sécurisé pour s’amuser.
Astronomie : observations des étoiles dans un ciel pur.
Randonnée équestre : découverte à cheval.