Les idées-clés du rapport de l’IPBES sur l’état de la biodiversité

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Rapport IPBES sur la biodiversité

La biodiversité mondiale est en chute libre, et nous sommes à un point critique où nos actions détermineront l’avenir de notre planète. Le rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) lance un appel clair : un changement transformateur est non seulement nécessaire, mais urgent.

En résumé

L’IPBES, véritable GIEC de la biodiversité, dresse un constat alarmant sur l’érosion des écosystèmes et ses impacts sur nos sociétés. Ses rapports mettent en lumière les causes directes de la perte de biodiversité (pollution, changement climatique, exploitation des ressources, déforestation…) ainsi que les facteurs indirects liés à nos modes de consommation et de production. Comprendre les travaux de l’IPBES, c’est saisir pourquoi la préservation de la biodiversité est essentielle à notre avenir et découvrir les solutions proposées pour inverser la tendance.

Pourquoi un changement transformateur est-il vital ?

Le rapport IPBES ne laisse aucune place au doute : retarder l’action pour atteindre la durabilité mondiale coûte beaucoup plus cher que d’agir maintenant. Depuis les années 1970, notre empreinte écologique dépasse constamment la biocapacité de la planète. En d’autres termes, nous consommons plus que ce que la Terre peut régénérer.

Les chiffres sont alarmants :

  • Plus de la moitié du PIB mondial (58 billions de dollars en 2023) provient d’activités économiques fortement dépendantes de la nature.
  • Entre 1,4 et 3,3 billions de dollars de subventions publiques directes soutiennent des secteurs qui nuisent activement à la biodiversité.
  • Le déficit annuel de financement pour la gestion durable de la biodiversité se situe entre 598 et 824 milliards de dollars.

Nous risquons de franchir plusieurs points de bascule irréversibles, comme la disparition des récifs coralliens ou le dépérissement de la forêt amazonienne, avec des conséquences en cascade sur tous les écosystèmes et sur notre bien-être.

Les racines du problème : trois causes sous-jacentes majeures

Le rapport identifie trois causes fondamentales de la perte de biodiversité :

  1. La déconnexion et la domination sur la nature et les personnes : nous avons perdu le lien qui nous unissait à la nature, la considérant comme une simple ressource à exploiter plutôt que comme un système dont nous faisons partie intégrante.
  2. La concentration du pouvoir et de la richesse : les inégalités économiques et politiques perpétuent des systèmes qui favorisent l’exploitation non durable des ressources naturelles.
  3. La priorisation des gains à court terme, individuels et matériels : notre course aux bénéfices immédiats nous empêche de considérer les conséquences à long terme de nos actions sur la planète.

Ces causes sapent l’efficacité de tous nos efforts de conservation, même les mieux intentionnés.

L’agriculture au cœur des enjeux

L’agriculture est à la fois victime et moteur de la perte de biodiversité. Le rapport IPBES la place parmi les secteurs contribuant le plus fortement au déclin de la nature, tout en soulignant sa vulnérabilité face à ce même déclin.

Les agriculteurs ont reçu environ 630 milliards de dollars par an en subventions néfastes pour l’environnement entre 2020 et 2022. Ces aides financières encouragent souvent des pratiques qui dégradent les écosystèmes plutôt que de les préserver.

Mais le rapport met aussi en lumière des solutions prometteuses comme l’agroécologie. Cette approche redéfinit nos systèmes alimentaires vers des pratiques biodiversifiées et équitables. Par exemple :

  • Les systèmes de riziculture intégrée en Asie qui combinent riz, poisson, canards et arbres.
  • Les techniques « push-pull » en Afrique de l’Est utilisant des plantes pour repousser les ravageurs et attirer leurs prédateurs naturels.

Ces pratiques ne sont pas nouvelles. Elles s’inspirent souvent des connaissances autochtones et locales, démontrant que les solutions existent déjà si nous savons où regarder. L’agroforesterie et le pâturage tournant dynamique sont des exemples de pratiques vertueuses.

Vers un changement transformateur : quatre principes directeurs

Pour guider ce changement transformateur, le rapport propose quatre principes essentiels :

L’équité et la justice

Garantir que les bénéfices et les coûts de la transformation sont partagés équitablement entre tous les membres de la société. Cette équité doit aussi s’étendre aux générations futures.

Le pluralisme et l’inclusion

Valoriser et intégrer diverses perspectives, connaissances et systèmes de valeurs, y compris les savoirs autochtones et locaux, pour enrichir notre compréhension et nos solutions.

Des relations homme-nature respectueuses et réciproques

Reconnaître notre interdépendance avec la nature et développer des relations basées sur le respect et la réciprocité plutôt que sur l’exploitation.

L’apprentissage et l’action adaptatifs

Adopter une approche flexible qui nous permet d’apprendre de nos expériences et d’ajuster nos actions en conséquence.

Cinq stratégies clés pour un changement transformateur

Le rapport propose cinq stratégies concrètes pour accélérer le changement :

Conserver et régénérer les espaces naturels

Il ne s’agit pas seulement de préserver ce qui reste, mais aussi de restaurer activement les écosystèmes dégradés. Cette stratégie nécessite une vision à long terme et une collaboration entre différents acteurs.

Transformer les secteurs à forte empreinte écologique

L’agriculture, la pêche, la foresterie, les infrastructures, l’exploitation minière et les combustibles fossiles doivent opérer une transition vers des modèles qui respectent les limites planétaires. Cette transformation sectorielle est cruciale et urgente.

Repenser nos systèmes économiques

Nos modèles économiques actuels favorisent souvent la surexploitation des ressources. Nous devons développer des systèmes qui valorisent la nature et favorisent l’équité, notamment en réformant les subventions néfastes et en déployant des outils économiques et fiscaux innovants.

Réformer la gouvernance

Des systèmes de gouvernance inclusifs, responsables et adaptatifs sont essentiels pour conduire le changement. Ils doivent impliquer toutes les parties prenantes dans la prise de décision.

Changer nos visions et valeurs sociétales

Nous devons reconnaître et prioriser notre interdépendance avec la nature, en utilisant des récits culturels, en modifiant les normes sociales et en facilitant l’apprentissage transformateur.

Les responsabilités relationnelles : un concept clé pour l’avenir

Le rapport introduit le concept de « responsabilités relationnelles« , qui représente un changement profond dans notre façon de percevoir notre place dans le monde naturel.

Ces responsabilités découlent de la reconnaissance de notre interdépendance avec la nature. Elles impliquent :

  • Des devoirs de soin, de respect et de réciprocité envers le monde naturel
  • L’opposition à la domination et à l’exploitation de la nature
  • La valorisation des relations harmonieuses entre humains et nature

Ce concept, déjà présent dans de nombreuses cultures autochtones, offre un cadre éthique pour guider nos actions vers un avenir plus durable.

Mobilisation sociale : un potentiel encore sous-exploité

Le rapport révèle que seulement 19% des mobilisations sociales environnementales entre 1992 et 2023 ont abouti à des résultats transformateurs. Plus préoccupant encore, 27% ont eu des résultats régressifs.

Ces chiffres soulignent l’importance de renforcer et de soutenir les mouvements citoyens en faveur de l’environnement. Le changement ne viendra pas uniquement d’en haut, mais aussi de la mobilisation de tous les acteurs de la société.

Entre 2012 et 2022, environ 2000 défenseurs de l’environnement ont été tués, dont un tiers étaient des peuples autochtones. Ces statistiques tragiques rappellent les risques encourus par ceux qui se battent en première ligne pour protéger la biodiversité.

Que pouvons-nous faire concrètement ?

Face à ces défis, quelles actions pouvons-nous entreprendre à notre échelle ?

Informez-vous et partagez

Comprendre les enjeux est la première étape. Partagez ces connaissances avec votre entourage pour sensibiliser davantage de personnes.

Soutenez l’agriculture durable

Privilégiez les produits issus de l’agroécologie et des circuits courts. Chaque achat est un vote pour le type d’agriculture que vous souhaitez encourager. Voir l’exemple de Hugues Barrey, éleveur bio en Puisaye, qui participe à l’entretien d’une zone humide, les marais du Bressus.

Engagez-vous localement

Rejoignez ou soutenez des initiatives locales de conservation et de restauration de la biodiversité. Voir la proposition actuelle de Sécurité sociale de l’alimentation.

Interpellez vos représentants

Demandez des politiques qui favorisent la transition vers des modèles plus durables et la réforme des subventions néfastes.

Réexaminez votre relation avec la nature

Puisaye

Prenez le temps de reconnecter avec le monde naturel et de réfléchir à votre place au sein de celui-ci. La littérature est une approche sensible de cette question. En particulier celle qui concerne l’écriture de la nature.

étang des Barres, Puisaye © Benoît Pupier

Le moment d’agir est maintenant

Malgré l’ampleur des défis, le rapport IPBES nous rappelle que le changement transformateur est possible. Il se caractérise par la qualité et la direction du changement plutôt que par son échelle. Des actions à petite et grande échelle peuvent contribuer à ce changement lorsqu’elles s’attaquent aux causes sous-jacentes de la perte de biodiversité.

La transformation nécessaire ne se fera pas du jour au lendemain, mais chaque pas dans la bonne direction compte. En travaillant ensemble, guidés par des principes d’équité, de pluralisme, de respect de la nature et d’apprentissage continu, nous pouvons créer un avenir où humains et nature prospèrent en harmonie.

Source scientifique

Cet article est une présentation synthétique du rapport d’évaluation thématique sur les causes sous-jacentes de la perte de biodiversité, les enjeux du changement et les options pour atteindre la Vision 2050 pour la biodiversité de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques.

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