Cochon qui s’en dédit : un documentaire sur l’élevage porcin hors-sol

Un regard cru sur l’élevage industriel en Bretagne

L’homme c’est Maxime, éleveur de porcs en Bretagne. Nous sommes en 1979, Jean-Louis Le Tacon filme en  Super 8 et enregistre les commentaires de Maxime sur un magnétophone. Plus besoin de terres pour élever des bêtes, c’est un élevage hors sol, industriel, monstrueux. Les bêtes sont parquées. Elles n’ont pas d’autodéfense. Il faut leur injecter antibiotiques, minéraux, vitamines. Saillie, sevrage, sélection, rendement. Cinq, six portées et la truie termine à l’abattoir ou à l’équarrissage. La merde déborde. L’homme à peau de porc est broyé par la machine de mort du Capital. Les visites techniques sont impitoyables, l’emprunt bancaire écrasant. Obsession de la merde. Obsession de révolte. Élevage qui explose. Étreintes porcines. Maxime nomme ses fantasmes inavouables. C’est un « élevage concentrationnaire », dit-il. Des scènes oniriques organisent la collision. Maxime pousse la merde, balaie, lave avec un jet sous pression pour chasser moisissures, germes, vérole. Il castre les nouveaux nés. Il coupe les dents et les queues pour éviter les cas de cannibalisme. Solitude et misère de l’homme à peau de porc, qui ne peut même plus se défaire de l’odeur.

Jean-Louis Le Tacon, dans la lignée de Jean Rouch

Jean-Louis Le Tacon s’inscrit en 1979 dans la lignée de Jean Rouch, de l’anthropologie partagée et des films militants des années 68. L’éleveur, obsédé par son travail, participe à la fabrication du film. A partir des propos enregistrés, Le Tacon propose des scènes que Maxime discute avant de les jouer ou des les vivre pour des glissements oniriques. Le cinéaste explique le dispositif dans De l’art ou du cochon, dialogue avec Patrick Leboutte, essayiste. Il cite Pasolini. Pour que ces scènes puissent avoir lieu, pour créer la collision avec un monde imaginaire, Le Tacon a d’abord filmé le geste de l’éleveur avec une précision méticuleuse, descriptive. C’est de cette densité du réel (corps souillé, cadavres pestiférés, élevage industriel et blême…) que nait la sensation de malaise. Filmer ce qui arrive, mais aller au delà des apparences. Une danse bretonne, un visage féminin. Et Maxime, l’homme-cochon, victime et tortionnaire.

Un DVD aux éditions Montparnasse, collection Le geste cinématographique

Date de réalisation : 1979.

Ce film a reçu le prix Georges Sadoul en 1980.

Date de parution DVD : 2010 

Durée du film : 37 minutes

Durée du DVD : 100 minutes

Prix : 10 euros

Genre : documentaire

Compléments : 

Bretonneries pour Kodachrom

Jean-Louis Le Tacon, 1974, Super 8, couleur, 13 minutes

Quand on ne peut s’offrir un safari photo au Kenya, rien de tel que de filmer en Super 8 les us et coutumes de la Bretagne. Une satire grinçante de la société du spectacle, réalisée par Jean-Louis Le Tacon.

L’Homme-cochon, 20 ans plus tard

Jean-Louis Le Tacon, 2000, vidéo, 11 minutes

Jean-Louis Le Tacon retrouve Maxime Duchemin dans les ruines de sa porcherie, dévorée par les ronces et les orties. Vingt ans après, qu’est devenue sa vie ?

De l’art et du cochon

Patrick Leboutte, Jean-Louis Le Tacon, 2010, DVCam, 39 minutes

Lors d’un atelier à l’EESI de Poitiers, Jean-Louis Le Tacon invite l’essayiste Patrick Leboutte à commenter avec lui Cochon qui s’en dédit.

Cette chronique du DVD a été publiée la première fois en février 2011 sur le site Parutions.com.

Pour aller plus loin : découvrir un élevage bio vertueux de bovins en Puisaye.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *