Paris vu par le cinéma d’Hollywood : clichés, glamour et photos cultes

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Paris vu par Hollywood

Ce livre dirigé par Antoine de Baecque explore comment Hollywood a représenté Paris au fil du temps : d’abord comme un décor fantasmé rempli de clichés glamour, puis comme un lieu de liberté face à l’Amérique puritaine, jusqu’aux détournements contemporains où la ville devient un terrain de jeu pour le cinéma d’action ou d’animation.

Le film d’Hollywood sur Paris, un genre cinématographique

Hollywood a d’abord filmé Paris sans y mettre les pieds (décors en studios) et transformé la ville réelle en jolie farandole de clichés : tour Eiffel, terrasses de café, Montmartre, Arc de triomphe, quais de Seine, quartier Latin, Champs-Élysées, glamour de la femme parisienne, vie de bohème, champagne… Le film sur Paris devient un genre en soi, à la Paramount dans les années 30, à la MGM dans les années 50, et c’est d’abord un art du faux repris par Woody Allen dans Minuit à Paris (2011). Danielle Darrieux, Maurice Chevalier, Leslie Caron, Audrey Hepburn en seront des figures marquantes.

Paris filmé par Hollywood : comédie sentimentale & marivaudage chic

Paris, ville éternelle, multiple, arrogante, sans tabous, belle et libre face à la puritaine Amérique, est le lieu de la comédie sentimentale et du marivaudage chic. Chez Lubitsch on flirte chez Maxim’s. Filmer le désir à Paris c’est déjouer les codes de la censure. Hollywood s’entiche aussi de la Belle Époque, du french cancan, des impressionnistes, du Moulin rouge, de Toulouse-Lautrec : Un Américain à Paris (1951), Gigi (1958), Moulin rouge (1952)… Entre nostalgie d’une époque défunte et héritage revendiqué d’un art populaire qui invente de nouvelles formes visuelles. Paris est ville d’histoire : 50 films américains sur la révolution française montrant souvent des personnages débauchés. Ce continent sans passé juge le vieil empire corrompu. A travers l’image des foules révolutionnaires manipulées par des meneurs apparaît la peur du bolchevisme (Deux orphelines, Griffith, 1921). Paris joue le rôle d’intermédiaire entre le regard américain et l’Amérique elle-même.

Quand Hollywood réinvente Paris au cinéma

La Nouvelle Vague secoue Hollywood avec son influence réaliste. Paris devient un espace de jeu et de libertéRoman Polanski détourne l’image glamour de Paris pour introduire anxiété, corruption, malaise urbain (Le Locataire (1976), Frantic (1988)). Martin Scorsese rend hommage à Méliès avec Hugo Cabret (2011). Chez Disney Ratatouille (2007) montre DS, 2 CV, vespas, estafettes et Parisiens en bérets ! Le Bossu de Notre-Dame (1996) inspiré de Hugo, Manet, Doré, Viollet-le-Duc est plus réaliste avec poussière et saleté. Le cinéma d’action américain détourne lieux communs et stéréotypes. Team America, police du monde (2004) : des justiciers yankee tombent du ciel pour détruire un terroriste avec dommages collatéraux : Montmartre, Louvre, Arc de Triomphe, tour Eiffel explosés ! G. I. Joe, la Vengeance du Cobra (2009) : nouvelle destruction de la tour Eiffel (écho au sort des tours du World Trade Center).

Paris vu par Hollywood, sous la direction d’Antoine de Baecque, a été publié en 2012 chez Skira Flammarion.

Cette chronique a été publiée la première fois dans Le Bulletin des lettres en octobre 2012.

Antoine de Baecque, historien du cinéma, critique et écrivain, a marqué le paysage cinéphile français par son passage aux Cahiers du cinéma, revue de référence qu’il a dirigée en tant que rédacteur en chef de 1997 à 1999. Il a publié de nombreux ouvrages – sur la Nouvelle Vague, Truffaut, Godard, Éric Rohmer – tout en poursuivant une réflexion originale sur la pratique de la marche, notamment dans La Traversée des Alpes. N’ayant jamais dissocié démarche critique, engagement intellectuel et expérience sensorielle, il incarne une posture d’écrivain-marcheur où la traversée des paysages naturels, à l’image de la montagne, prolonge la traversée intellectuelle des œuvres et des formes, avec la même exigence et curiosité.



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