Un troupeau de montagnes couchées, bossues

Vue des Alpes depuis le col de Perty

Conversation avec André Bucher, hiver 2012

Val Triste, Beau Regard… Les paysages de montagnes du roman sont-ils réels, imaginaires ? Quelle est la part d’invention dans un récit ? Comment travaille un écrivain ? Comment transforme-t-il la matière documentaire ? Conversation avec André Bucher à propos des lieux de Fée d’hiver, hiver 2012, tournage du documentaire.

Nous avions pris la route de la vallée du Jabron, traversé Séderon, Eygalayes, fait une halte au col Saint-Jean. Nous avions pris un café au bistrot de Laborel. Puis nous étions montés au col de Perty. L’ami-écrivain avait raconté le jeu de construction de ses histoires, la transformation des lieux réels en lieux du roman.

André Bucher, col de Perty
André Bucher, col de Perty, janvier 2012 © Benoît Pupier

« Et Beau Regard ça n’existe pas ici, c’est moi qui est… parce que quand je suis arrivé ici je connais une ferme qui est juste un peu plus bas et pour moi elle est située sous un beau regard, donc voilà pourquoi je l’ai appelée comme ça, et le Val Triste c’est par rapport à Rimbaud. Il n’y a pas de nom à Laborel qui s’appelle le Val Triste, par contre Sainte-Colombe oui, ça ça existe. Et là c’est bien parce que c’est un troupeau de montagnes, de montagnes couchées bossues avant la chaîne. »

« – Dans Fée d’hiver, en arrivant à Laborel, Vladimir s’immobilise “devant une statue en fonte représentant une biche, au milieu d’un pré aménagé en aire de jeux”. Elle existe pour de vrai ou vous l’avez inventée ? L’art qui représente, transpose, imagine le réel, c’est aussi une aire de jeux. Vladimir sculpte à son tour des totems. Il donne vie à une fée à tête de biche et au corps de sirène.

– Je l’ai inventée. Un jour, en passant, je me suis dit, il manque quelque chose ici. Entre la part du réel et la part du jeu, parfois je renonce à démêler… J’aime bien me laisser envahir. »

Benoît Pupier et André Bucher, « Confidences de l’oreille blanche », Revue critique de fixxion française contemporaine [En ligne], 11 | 2015, mis en ligne le 15 décembre 2015

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